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Bulletin Quotidien Europe N° 10845
Sommaire Publication complète Par article 38 / 38
SUPPLÉMENT / Europe/document n° 2571

La crise à Chypre, une opportunité pour la réunification de l'île ?

dossier réalisé à Chypre par Camille-Cerise Gessant

1. Les négociations sur la réunification de l'île pourraient être relancées

Si Chypre fait la une des médias en raison de sa crise financière, l'île connaît depuis les années 70 une autre crise. En réponse à un putsch, la Turquie envahit l'île en juillet 1974, qui est depuis divisée entre la République de Chypre au sud, et la République turque de Chypre du Nord (RTCN), reconnue uniquement par Ankara. Depuis, les communautés chypriotes grecque et turque ont, à plusieurs reprises, essayé de trouver une solution à la division de l'île, dont le plan « Annan » de 2004, sans succès.

Malgré la crise financière, la République de Chypre souligne que la réunification est sa première priorité. Attendant que le plan d'aide qu'elle a demandé soit bien en place, elle souhaite engager cet été ou à l'automne un nouveau processus de négociations pour une solution à la division de l'île. Le 29 mai, les dirigeants des deux communautés se rencontreront pour en discuter lors d'un dîner, mais le conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies pour Chypre, Alexander Downer, a déjà prévenu le 30 avril que « des négociations entre eux ne sont pas prévues. Les choses doivent avancer progressivement ». Les Chypriotes grecs considèrent que mener de front la gestion de la crise et les négociations pour une résolution est trop lourd pour ce petit pays. Pour le président chypriote grec, Nicos Anastasiades, « nous ne pouvons pas mettre l'accent sur la question des négociations à l'heure actuelle. Nous le ferons, je l'espère, cet automne, parce que maintenant, notre priorité est de faire face à la situation économique et apporter des réponses aux préoccupations des gens ». Que ce soient les dirigeants ou l'universitaire Andreas Theophanous, ils précisent que ce n'est pas parce que la République de Chypre est en crise qu'elle va faire plus de concessions. Pour la communauté chypriote turque, la crise économique n'est pas une excuse, et elle s'inquiète du risque que la crise économique renforce le nationalisme. Pour un représentant chypriote turc: « On peut gérer les deux en même temps, ces deux choses peuvent être exécutées parallèlement. » Et la communauté chypriote turque place davantage d'espoir dans M. Anastasiades - qui était en faveur du plan Annan - qu'ils n'en avaient dans l'ancien président, Dimitris Christofias.

Le temps presse. Des élections générales sont prévues dans la partie nord en 2014, ce qui empêchera vraisemblablement des avancées l'an prochain et retardera encore le processus. Et plus les années passent, moins les communautés sont prêtes à faire des concessions. « Nous acceptons des choses que les jeunes générations ne sont pas prêtes à accepter », soulignent des membres des deux communautés, qui reconnaissent pourtant, tout comme la Commission européenne, que le statu quo n'est pas tenable. Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a plaidé, le 10 mai, lors d'une rencontre avec le ministre chypriote des Affaires étrangères, Ioannis Kasoulides, pour le « dégel » du « conflit » chypriote, espérant « être en mesure de progresser vers son règlement ».

Les deux communautés chypriotes sont favorables à une fédération bicommunautaire, mais la question porte sur ce que l'on entend par fédération et sur son fonctionnement. Et si toutes deux expriment leur volonté de négocier, de trouver une solution et considèrent que la méthode actuelle de dialogue ne permet pas d'avancer, elles font montre de divergences sur les modalités du dialogue ou les véritables points à régler.

Le poids de la Turquie

Les Chypriotes grecs souhaitent que la Turquie soit impliquée tôt dans le processus, considérant que les représentants chypriotes turcs prennent leurs ordres d'Ankara et que son rôle est essentiel, alors que pour les Chypriotes turcs la Turquie, comme la Grèce, devraient intervenir à un stade ultérieur des négociations. « Il n'y aura pas de solution avant le retrait des troupes (turques) de l'île », souligne M. Theophanous, ajoutant que le principal aspect est « l'expansionnisme de la Turquie » sur l'île, avec de nombreux « colons turcs ». Pour le secrétaire permanent du ministère des Affaires étrangères de la République de Chypre, Andreas Mavroyiannis, si la Turquie se retirait de Chypre, même en ne faisant rien concernant la ligne de démarcation, « ce serait une question complètement différente ». Le vice-président exécutif de la compagnie nationale d'hydrocarbone, Kretyk, Solonas Kassinis, est « sûr que (le Premier ministre turc) M. Erdogan peut résoudre le problème, il n'y a pas de différences principales », mais pour cela « il doit changer d'état d'esprit ».

Pour la partie chypriote turque, le problème réside dans le fait que leurs concitoyens grecs ne veulent pas partager le pouvoir.

Les deux parties souhaiteraient cependant que des négociateurs (pour les chypriotes grecs) et des experts techniques (pour les chypriotes turcs) soient au premier plan, plutôt que directement les dirigeants politiques. Chypriotes grecs et turcs sont d'accord sur un point: les négociations doivent avoir lieu sous les auspices des Nations unies, et non avec l'UE, trop impliquée dans la question car la République de Chypre est un de ses États membres.

De l'eau dans le gaz, ou l'inverse

Et la découverte de gaz, dans les eaux autour de Chypre, de la possible manne financière qu'il représente, risquent aussi de compliquer la donne, surtout en temps de crise. Selon M. Mavroyannis, les quantités, tout comme l'exploitabilité des ressources, ne sont pas encore connues. « On sait qu'il y a des gisements importants, mais il faut beaucoup de travail, ce n'est pas pour demain », ajoute-t-il. Sans vouloir donner de chiffres, M. Kassinis précise que le gaz chypriote sera « très compétitif et pourra servir l'UE ». Selon des estimations, le bloc 12, au sud de l'île, contiendrait 226,5 milliards de mètres cubes, pour une valeur estimée à 100 milliards d'euros.

Chypriotes grecs et turcs espèrent qu'une coopération sera possible même si elle semble compliquée. Pour un représentant de la communauté chypriote turque, « le revenu de l'hydrocarbone pourrait être utilisé de manière optimale face à la crise mais pour être optimal, il est nécessaire de coopérer avec la partie turque ». Une coopération sur les questions d'eau (en provenance de la Turquie) et de gaz, « peut contribuer à l'unification s'il y a une coopération sur ces aspects », selon le Premier ministre de la République turque de Chypre du Nord, Ýrsen Küçük. « Si on trouve des niches de coopération tant mieux. Si la diplomatie de l'énergie et du pétrole contribue à la solution du problème, c'est encore mieux. Mais on ne voit pas du jour au lendemain un changement fondamental. Au contraire, il y a une complication », explique M. Mavroyannis. La Turquie a déjà menacé la République de Chypre de représailles si elle exploitait les ressources découvertes dans ses eaux territoriales exclusives. « On se base sur la loi internationale, nous n'avons volé les droits de personne », souligne M. Kassinis.

Les tensions entre Nicosie et Ankara compliquent donc l'exploitation de ce gaz. Si l'utilisation des gazoducs turcs est considérée comme moins coûteuse, elle n'est pour l'instant pas une option. « Ce n'est pas envisageable de travailler avec les Turcs pour être sujet au chantage de la Turquie. Dans d'autres conditions évidemment ce serait idéal et beaucoup plus économique. Sur le plan économique c'est beaucoup plus rentable, mais cela présuppose un changement complet de l'attitude de la Turquie vis-à-vis de Chypre et le règlement du problème chypriote », explique M. Mavroyannis. Mais pour M. Kassinis, le choix de la liquéfaction a une raison technique et non politique. Il souligne par exemple que joindre le futur gazoduc Nabucco n'est pas matérialisable. L'usine de liquéfaction devrait être prête pour 2019, permettant à Chypre d'exporter son gaz dans le monde entier, sans passer par la Turquie.

La question énergétique, doublée de la crise économique, n'est pour l'instant pas à même de contribuer à l'apaisement de la région, et risque de peser sur la résolution de la crise politique.

2. La République de Chypre veut de nouvelles modalités de négociations

Pour le secrétaire permanent du ministère des Affaires étrangères de la République de Chypre, Andreas Mavroyannis, la crise financière n'est pas une opportunité pour trouver une solution à la division de l'île. Si Chypre souhaite reprendre les négociations cet été, il considère que les modalités actuelles ne fonctionnent pas.

Agence Europe (AE) - La crise est-elle une bonne opportunité pour trouver une solution à la division de l'île ?

Andreas Mavroyannis (AM) - Non ! Au contraire. (Il ne faut pas) croire que puisqu'on est dans une période de crise on va faire un rabais sur les demandes minimales de la communauté chypriote grecque pour la solution. Au contraire, les gens ont l'impression que puisque certains le pensent, ce que l'on va nous servir sera très mauvais. Les gens sont très réticents, très sceptiques, ce qui réduit d'une manière incroyable la marge de manœuvre du président de la République. Tout accord doit passer par un référendum et on risque, si on ne fait pas attention, d'avoir des pourcentages de rejet encore plus importants que la fois précédente (lors du plan Annan en 2004: ndlr).

AE - Travaillez-vous sur un nouveau plan pour une solution ?

AM - On travaille sur une relance du processus de recherche d'une solution. On ne veut surtout pas répéter les mêmes modalités que par le passé, qui n'ont rien donné. On tourne en rond sur le problème chypriote. On a besoin de faire des pas décisifs vers la solution alors on travaille beaucoup pour changer un peu le jeu. On essaie de placer le problème dans une perspective à la fois plus étroite, à l'intérieur du pays, et plus large, dans le contexte géopolitique de la région, en engageant tous les acteurs, y compris la Turquie. Nous savons tous que la clé de la solution est à Ankara. On discute avec M. Eroglu (le président de la RTCN), dans des discussions intercommunautaires, qui n'ont plus aucun sens, c'est une formalité. Je ne dis pas que ça n'a pas de grande importance (…). Mais cela n'a pas de véritable chance de produire une solution parce que l'acteur principal et responsable de la non-solution n'est pas autour de la table. C'est la Turquie qui prend les décisions mais nous discutons avec des gens qui n'ont pas la capacité de s'engager vraiment.

L'essentiel est de changer un peu le contexte à l'intérieur duquel on évolue et on cherche une solution. D'où l'idée de nommer des négociateurs de part et d'autre qui doivent avoir les pleins pouvoirs pour négocier, des gens qui représentent vraiment les intérêts des deux communautés. Ils doivent avoir plein accès là où il faut, c'est-à-dire que le négociateur chypriote grec doit pouvoir aller à Ankara, discuter avec les gens qui prennent des décisions.

Par le biais des négociateurs, on pourra surmonter les difficultés (de reconnaissance) pour trouver un moyen qui sera beaucoup plus efficace afin d'aboutir rapidement à une masse critique qui rendra le processus irréversible. Et ce n'est qu'à ce moment-là qu'on va s'occuper de détails, tels que la constitution, l'organisation des structures de l'État… Des questions très importantes, mais on ne peut pas éternellement se cantonner à des discussions byzantines autour de petits détails en ne faisant rien à propos des questions fondamentales comme la sécurité, la véritable indépendance de Chypre, le problème des colons de la Turquie. Il faut s'attaquer aux vrais grands problèmes. Il faut le faire très rapidement, avant qu'il ne soit trop tard.

En même temps, on est quand même submergé par la crise. Le président de la République et son équipe ne peuvent pas se focaliser vraiment sur la question. On passera un certain temps à la préparation, puis on va engager un processus à part entière en été ou après l'été, il faut un minimum de temps. On ne va pas résoudre les problèmes économiques du jour au lendemain, mais (…) quand on va commencer la réalisation et la mise en œuvre (du plan d'aide) on pourra déplacer le centre de notre attention vers le règlement du problème. Ce n'est pas pour autant que la question chypriote n'est pas notre première priorité, elle l'a toujours été, l'est, et le restera. Nous n'allons jamais abandonner les efforts. Mais c'est une question de séquençage.

AE - Pensez vous que la Turquie serait favorable à ce genre de négociation ?

AM - La Turquie donne des signaux qui sont positifs: elle dit qu'elle est prête à s'engager. Mais avec elle cela a toujours été le cas. Elle dit toujours qu'elle est en faveur d'un règlement mais quand on en vient à des questions plus spécifiques, il n'y a rien. J'espère que cette fois-ci elle sera beaucoup plus sérieuse, plus constructive. Ce n'est que dans la pratique qu'on pourra le dire.

AE - Voyez-vous un assouplissement de sa part, du fait qu'elle veut devenir membre de l'UE ?

AM- De manière plutôt positive, nous avons beaucoup investi sur la marche de la Turquie vers l'adhésion pour jouer un rôle de catalyseur pour la solution. Cela n'a pas marché pour l'instant, cela ne veut pas dire pas que ça ne va peut être pas être le cas dans l'avenir. (…) Nous ne demandons pas à nos partenaires au sein de l'Union d'accepter la Turquie parce que nous voulons résoudre nos problèmes.

AE - L'UE devrait-elle jouer un rôle plus important dans la recherche d'une solution ?

AM - Pour les États membres de l'UE et pour l'UE en tant qu'organisation, il est essentiel de s'assurer que la République de Chypre demeure un partenaire fiable, sérieux, responsable, qui joue pleinement son rôle et qui n'est pas neutralisé. Maintenant, il ne s'agit pas de remplacer les Nations unies par l'UE. Chypre est un État membre. Alors, par définition, l'UE est partie des partenaires indispensables pour la solution du problème. On est loin de cette expérimentation d'il y a une dizaine d'année où la Commission disait « écoutez, mettez-vous d'accord et on va s'arranger ». Il faut que le règlement du problème chypriote soit conforme (aux règles européennes), peut-être avec une période transitoire pour la mise en œuvre, mais l'idée est d'avoir un État ordinaire au sein de l'UE et non pas un État qui soit comme le cheval de Troie d'un État non membre (la Turquie: ndlr).

AE - Avez-vous peur que les jeunes générations soient moins impliquées dans la recherche d'une solution ?

AM - Je fais beaucoup confiance aux jeunes générations, je pense qu'elles veulent une solution mais avant tout elles veulent que cette solution soit un rétablissement de la normalité. Elles ne sont pas prêtes à payer le prix de ce qui s'est déroulé dans le passé. Les générations plus anciennes sont beaucoup plus prêtes à accepter un régime un peu dérogatoire mais pas les jeunes. Ils n'acceptent pas de voir leurs relations bafouées et bloquées par des histoires du passé. Quand je vois les jeunes qui ont cette exigence, je suis très heureux. Même si cela place la barre très très haut.

AE - Cela complique encore l'obtention d'une solution…

AM - C'est vrai que cela complique beaucoup la situation mais est ce qu'on peut leur en vouloir pour cela ? Est-ce que vous accepteriez un régime dérogatoire, qu'on vous dise qu'il faut qu'il y ait 30% de députés musulmans, que vous ne pouvez pas rentrer dans les services publics car il y a trop de filles et qu'il faut mettre un garçon ? Si on veut construire une société, il faut ouvrir ses horizons, pas les lui fermer. Il faut avoir en tête des sociétés ouvertes où les gens peuvent opérer en tant que citoyens qui ont les mêmes droits, indépendamment de leur origine ethnique et communautaire. (…) Il s'agit de maintenir l'unité de l'État chypriote. On a été beaucoup plus loin, on a accepté l'idée d'une fédération, mais il faut garder quelque part la notion de citoyens.

AE - L'île est divisée depuis 1974. Pourquoi n'y a-t-il toujours pas de solution ?

AM - C'est très clair, il y a une invasion de la Turquie. Vous pouvez dire qu'il y a des hommes politiques chypriotes qui sont plus durs que d'autres, qui cherchent des idées, qui sont plus disposés à faire des concessions ou à vivre avec les Chypriotes turcs… Tout cela est vrai mais cela ne change rien au fait que nous vivons une situation d'occupation d'une partie de notre territoire. Si la Turquie se retirait de Chypre, même en ne faisant rien quant à la ligne de démarcation ce serait une question complètement différente.

AE - Une séparation entre les deux parties de Chypre est-elle inenvisageable ?

AM - C'est inimaginable. Nous ne nous ferons jamais à cette idée, et nous allons continuer à travailler pour la réunification de l'île. Ce n'est pas une option. Le vrai problème à Chypre, ce n'est pas de trouver la distribution des pouvoirs entre les communautés. Le vrai problème, c'est la Turquie qui croit avoir des droits sur Chypre. Je ne peux pas accepter qu'il y ait deux États à Chypre, les Chypriotes turcs sont mes compatriotes et je dois réfléchir et construire mon avenir avec eux, sans aucune discrimination sur le plan personnel et en faisant tout ce qu'il faut sur le plan collectif. Il faut des arrangements viables qui permettent aux deux communautés de vivre ensemble, et même l'une à côté de l'autre s'il le faut. Mais dans le cadre d'une réunification de l'île.

3. Pour le Premier ministre de Chypre du Nord, 2013 est cruciale pour les pourparlers

Pour le Premier ministre de la République turque du Nord de Chypre (RTNC), Ýrsen Küçük, dont la République est uniquement reconnue par la Turquie, le principal obstacle à une solution est l'absence de volonté des Chypriotes grecs de partager le pouvoir. Tout en précisant que les modalités de discussion ne fonctionnent pas, il a souligné à EUROPE que 2013 est une année cruciale pour les négociations, en raison des élections générales en RTNC en 2014 (interview réalisée en anglais avec une traduction vers et à partir du turc).

Agence Europe - La crise financière en République de Chypre est-elle une opportunité pour trouver une solution à la division de l'île ?

Ýrsen Küçük - Les questions économiques et financières doivent toujours être considérées comme séparées de l'aspect politique de la question chypriote. Le problème chypriote, qui a un demi-siècle d'histoire, est une question politique. Les problèmes économiques et les aspects politiques du problème de Chypre ne devraient pas être liés.

AE - Pourquoi sommes-nous toujours dans l'attente d'une solution ?

IK - La chose fondamentale est que les Chypriotes grecs contrôlent tout Chypre. Le principal problème est qu'ils ne veulent pas partager la gouvernance du pays, entrer dans un véritable partage du pouvoir avec nous. Les problèmes liés aux questions de parlement ou de gouvernement sont problématiques. Il va sans dire qu'il y a des problèmes de propriété, mais le cœur du problème est le partage du pouvoir et la volonté de la partager avec nous. L'accord conclu en 1960 (lors de l'indépendance de Chypre: ndlr) était un partenariat. Il n'a été possible que pour trois ans car la partie chypriote grecque a immédiatement voulu changer la constitution et diminuer les droits de partenariat des Chypriotes turcs. C'est l'essence du problème d'une certaine façon (…) ce qui explique pourquoi nous sommes toujours en attente d'une solution.

AE - Êtes-vous prêts à rouvrir les négociations ?

IK - Bien sûr, c'est une priorité. Le problème de Chypre est mené sous les auspices des Nations unies. En ce qui concerne le genre de processus, il est maintenant évident que la méthode actuelle des négociations n'est pas propice à obtenir un résultat désiré. Jusqu'à présent, les deux dirigeants se sont assis, ont étudié et discuté, même des détails de chaque petit aspect, ce qui prolonge les pourparlers. C'est pourquoi tout le monde devrait élaborer une approche nouvelle et créative, plus pratique. Des experts techniques peuvent fournir des idées. Et en se fondant sur leurs accords, leurs conclusions et leurs convergences, les dirigeants peuvent monter en puissance afin d'accélérer le processus. Et ensuite, nous pouvons également demander aux autres acteurs concernés d'arriver à un stade ultérieur. Donc d'abord avec les Chypriotes turcs et Chypriotes grecs sous l'auspice de l'ONU et puis au cours d'une réunion plus large où les États garants joueraient également leur rôle.

AE - Quel pourrait être le rôle de la Turquie dans les négociations ?

IK - La Turquie et la Grèce peuvent venir à un stade ultérieur, mais s'il y a des questions où un soutien de la Grèce et de la Turquie est vraiment nécessaire, elles peuvent peut-être aider les dirigeants à faire preuve de courage en prenant des grandes décisions politiques.

AE - Plus le temps passe moins il sera facile de trouver une solution ?

IK - Certainement, c'est pour cela que 2013 est une année très importante, nous devons faire le plus possible en 2013 car en 2014 nous aurons des élections. Cette année est donc cruciale. Si un cadre peut être dessiné et conçu avant la fin de l'année, il pourra peut-être être complété en 2014, ce qui est un grand pas en avant positif.

AE - Êtes-vous confiant ?

IK - Si les deux côtés généralement et politiquement ont la volonté de le faire, cela peut être possible.

AE - Pensez-vous que la question du gaz pourrait aider à la réconciliation ou serait-ce un autre sujet de conflit ?

IK - La question du gaz va venir, c'est une ressource, mais c'est une question importante. La question de l'eau en provenance de Turquie est une chose factuelle plus réaliste. Ces deux facteurs vont certainement contribuer positivement à l'économie de l'île si elles sont utilisées dans une bonne direction. Cela peut contribuer à l'unification s'il y a une coopération sur ces aspects.

4. La présence d'observateurs chypriotes turcs au Parlement européen fait débat

Le Parlement européen comptera-t-il, après 2014, deux observateurs chypriotes turcs ? Si, lors de la session plénière du 18 avril 2013, les députés européens, lors du vote sur le rapport de progrès sur la Turquie, ont rejeté les amendements des verts et des libéraux qui proposaient la représentation des Chypriotes turcs, le président du S&D, Hannes Swoboda, veut que la question soit discutée au sein de la conférence des présidents. « Une solution doit être trouvée pour que (…) la population chypriote turque puisse être représentée au sein du PE sous la forme d'observateurs ou sous une autre forme », a-t-il expliqué. Il demande que le président du Parlement européen, Martin Schulz, et le président de la République de Chypre, Nicos Anastasiades, trouvent « une solution adéquate ».

« Il n'est plus acceptable qu'un groupe de citoyens européens ne soit pas représenté », a-t-il ajouté. En effet, si l'île de Chypre dispose de six sièges au PE, en raison de la division de l'île, ils sont dans les faits pourvus par des Chypriotes grecs. Les 170 000 Chypriotes turcs, citoyens européens, peuvent voter et se présenter pour les élections européennes, en venant dans la partie sud de l'île car aucun bureau de vote n'est présent au nord le jour des élections, ce qui complique leur participation.

Les Chypriotes du nord souhaitent ainsi avoir une meilleure représentation. Sans aller jusqu'au droit de vote dans l'hémicycle, plusieurs députés de Chypre Nord souhaitent que leurs représentants, qui seraient choisis parmi l'assemblée de la RTCN, puissent s'exprimer plus facilement qu'actuellement, et participer aux commissions parlementaires. Selon eux, alors qu'ils ont accepté le plan Annan, les Chypriotes turcs sont « punis d'avoir dit oui » et les Chypriotes grecs, élus par toute l'île, ne représentent pas leurs intérêts. Précisant bien que la présence de ces observateurs ne serait pas une reconnaissance de la RTCN, les députés chypriotes turcs rappellent que la RTCN possède des observateurs au Conseil de l'Europe. Ils soulignent aussi que les Chypriotes turcs sont de moins en moins en faveur de l'UE, et que s'ils restent isolés de l'UE, ils risquent de se détourner du 'Vieux continent' au profit de la Turquie.

Le Premier ministre de la RTNC, Ýrsen Küçük, estime que si le Parlement européen est capable de permettre la participation de la partie nord de l'île, son gouvernement fera « tout ce qui est nécessaire » pour tenir les élections européennes en même temps que leurs élections générales de 2014, « sous le statut d'observateur ou le modèle trouvé ».

La République de Chypre sceptique

De son côté, la République de Chypre est méfiante. Pour le secrétaire permanent du ministère des Affaires étrangères, Andreas Mavroyannis, « d'un point de vue juridique la situation est très claire, nous sommes un État membre, nous organisons des élections européennes, tous les citoyens chypriotes qu'ils soient grecs, turcs ou autres ont le droit de participer aux élections et de se porter candidats ». « Je ne vois pas ce que nous pouvons faire de plus et je ne comprends pas pourquoi il faut ajouter quelque chose qui ne soit pas cohérent avec le mode de fonctionnement de l'UE pour simplement faire plaisir à un régime illégal », ajoute-t-il. Selon lui, il ne s'agit pas de permettre une « présence » ou « la voix des Chypriotes turcs », mais « une représentation » d'un régime illégal. « Si on parle de trouver un moyen dans la légalité pour en faire un peu plus, on peut en discuter. Mais une représentation séparée d'une entité condamnée par l'ONU, on ne veut pas l'accepter. Si cela nous était imposé, nous ferions tout de suite un recours devant la Cour de justice et nous sommes 100% sûrs de gagner », prévient-il.

De son côté, tout en précisant que la décision appartient au Parlement européen, la Commission européenne souligne qu'elle est « en faveur de mesures visant à accroître la confiance et l'ancrage de la communauté chypriote turque proche de l'Union européenne ».

Si la demande de M. Swoboda est bien parvenue au cabinet du Président du PE, il est encore tôt pour savoir à quel moment elle sera à l'ordre du jour de la conférence des présidents, a indiqué à EUROPE le porte-parole du PE.

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