Raison de la modération budgétaire. Les efforts que les États membres acceptent, avec plus ou moins d'élan, pour réduire leurs déficits budgétaires nationaux, imposent aussi la rigueur aux dépenses communautaires. Ce principe semble raisonnablement partagé. Des divergences sérieuses subsistent en ce domaine entre les institutions européennes, mais elles concernent la couverture des déficits du passé et les réformes des politiques communes ; l'enveloppe globale pour le septennat qui commence l'année prochaine n'est pas en elle-même contestée. Le cadre financier pour la période 2014-2020 tient compte de la modération nécessaire.
Il faut à mon avis avoir à l'esprit ce contexte pour évaluer la tentative de relancer l'Assemblée euro-méditerranéenne, l'outil parlementaire de l'Union pour la Méditerranée (UpM), le premier et le plus endormi des instruments créés au cours des années, pour gérer et approfondir les liens entre l'UE et les autres pays de cette mer. L'initiative était généreuse mais inefficace (voir cette rubrique d'hier). Insister sur la relance de cette Assemblée signifierait gaspiller des ressources que le Parlement européen pourrait consacrer à des initiatives moins spectaculaires mais plus utiles. Déjà, le maintien à Barcelone du siège prestigieux de l'UpM, d'un groupe présidentiel dont l'utilité politique est douteuse et d'une bureaucratie qui produit un nombre raisonnable de documents peu lus, peut susciter quelques perplexités.
Coopération énergétique théorique. Il est vrai que la réunion de l'Assemblée parlementaire de l'UpM avait été précédée par une journée de débats sur la collaboration énergétique, avec la participation, à côté des parlementaires, d'experts et d'opérateurs publics et privés (voir notre bulletin n° 10826). Mais ce débat n'a rien apporté de nouveau ; il a rappelé ce qui existe ou est en cours entre l'UE et quelques pays de la rive Sud et a confirmé qu'en décembre prochain une conférence réunira les ministres de l'Énergie des pays concernés. C'est un pari sur l'avenir, a dit M. Pierre Vimont, secrétaire général du SEAE, pari qui impliquera un certain nombre de pays, mais pas l'UpM elle-même. Et on sait que les relations en ce domaine entre l'UE et les pays de la rive Sud sont plutôt conflictuelles.
Un exemple officiel. Sur un plan général, cette rubrique a souvent critiqué les gaspillages de ressources budgétaires européennes dans l'un ou l'autre État membre ; mais les gaspillages dont seraient responsables les institutions communautaires elles-mêmes sont tout aussi critiquables. Je ne me réfère pas à des enquêtes journalistiques, ni aux désaccords résultant de divergences politiques, mais aux constatations des organismes européens qui ont la responsabilité du contrôle.
Cet exemple n'a rien à voir avec les polémiques, très vives au sein du Parlement européen et dans le cadre du Conseil, relatives à la réforme de la PAC et à la répartition de ses financements ; c'est tout simplement, selon le rapport de la Cour des comptes, un gaspillage de ressources budgétaires de l'UE.
Pour une surveillance généralisée. Certes, l'exemple cité n'a qu'un poids secondaire, aussi bien pour l'ampleur plutôt modeste du gaspillage dénoncé, que du point de vue politique. Au sein même du PE on entend parfois des critiques d'une tout autre envergure. Je me rappelle que le mois dernier Jean-Pierre Audy (groupe PPE) avait suggéré de confier à la Cour des comptes européenne et aux 27 Cours des comptes nationales la tâche d'établir ensemble un rapport sur la rationalisation de certaines dépenses communautaires et sur l'utilisation nationale des subventions européennes. M. Audy avait cité des gaspillages de grande envergure, provoqués par la dispersion des ressources: absence de coordination ; programmes de recherche sur le même sujet financés 10 à 15 fois, chaque pays agissant pour son compte ; centaines de missions diplomatiques séparées et dispersées sur toute la planète…
Il est vrai que des efforts de rationalisation des dépenses sont en cours, mais les gaspillages subsistent et toute action en faveur de leur réduction est la bienvenue.
(FR)