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Bulletin Quotidien Europe N° 10748
Sommaire Publication complète Par article 35 / 35
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 983

*** GIULIO DE LIGIO (sous la dir. de): Raymond Aron, penseur de l'Europe et de la nation. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Euroclio », n° 66. 2012, 160 p., 32,10 €. ISBN 978-90-5201-826-3.

Il est des livres que le chroniqueur aborde par devoir plus que par envie. Celui-ci en fait partie. C'est que Raymond Aron ne reste pas dans les mémoires pour sa contribution au chantier ouvert par Schuman et Monnet. Il en fut tout au contraire le contradicteur opiniâtre, Giulio De Ligio rappelant d'emblée qu'il resta étranger à ce qu'il appela, dans un passage de Paix et guerre entre les nations (publié en 1962) consacré à la fédération européenne, « la grande illusion de notre temps, c'est-à-dire l'espoir que l'interdépendance sociale puisse dévaloriser les autonomies nationales », à savoir les nations. Et cet historien de la pensée politique de préciser dans la foulée que « c'est la nation qui est assumée par Aron comme le point de départ inévitable ou l'étalon raisonné de sa méditation sur l'Europe à l'aube de l'histoire universelle », ce qui n'incitait pas à faire preuve de davantage d'enthousiasme. Et pourtant…

Et pourtant, ce livre - qui réunit les actes d'une journée d'études organisée en juin 2011 à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris - a été dévoré goulument. Il a été médité chapitre après chapitre, page après page, les marges annotées témoignant des pistes de réflexion ouvertes et des commentaires suscités par sa lecture. Faut-il s'en étonner ? Peut-être, mais pas vraiment: un grand intellectuel est toujours à revisiter, fut-il « critique invétéré de l'aventure européenne » (Joël Mouric) et l'austère penseur réaliste de « l'action juste et prudente ». Avec un minimum de bonne foi, même les enfants de Mai 68 reconnaîtront aujourd'hui - et les contributions éclairantes réparties dans les trois parties de l'ouvrage y invitent - que Raymond Aron avait une puissance et une rigueur intellectuelles impressionnantes. C'est si vrai qu'il faut même pousser désormais l'honnêteté jusqu'à se demander si, in fine, ce n'était pas ce personnage un peu ennuyeux, un peu rabat-joie qui avait… un peu raison sur le plan européen.

Aron a-t-il été la Cassandre du mythe grec, cette fille de roi qui voyait très clairement l'avenir mais n'était systématiquement pas crue, suite au courroux d'un dieu éconduit ? Telle est la question qui s'impose au sortir de cet ouvrage montrant que certaines analyses du philosophe et politologue disparu en 1983 entrent curieusement - et malheureusement… - en résonance avec l'atmosphère européenne ambiante. La frilosité que manifestait Aron à propos de la construction européenne s'explique par le primat qu'il accordait au politique et, ainsi que l'explique Agnès Bayrou, par le fait que l'Europe portée sur les fonts baptismaux par Jean Monnet n'était « pas (ou pas ouvertement) un projet politique, dans la mesure où elle » n'était « pas non plus l'objet d'une dispute politique claire et honnête ». En clair, elle répondait à ses yeux par la négative à la question de savoir si un « peuple européen » pourrait émerger d'une démarche économico-technocratique, tant il est vrai, constatait-il en 1964, que « les vieilles nations vivent encore dans le cœur des hommes, et l'amour de la nation européenne n'est pas encore né - en supposant qu'il paraisse jamais ». Depuis 2008, l'oppressante montée des récriminations contre l'Europe et la remontée des sentiments nationaux ne lui donnent-ils pas d'une certaine manière raison sur ce point ? Ce qui se passe ne confirme-t-il pas que l'Europe reste à flots « grâce à la volonté des gouvernants », ceux-ci l'instrumentalisant à des fins nationales dans l'indifférence et l'incompréhension - légitime - des peuples. En clair, la technique de l'engrenage conduisant de l'économique au politique n'aurait-elle pas échoué, comme le pressentait Aron dès les années 50 ?

En réalité, peut-être Raymond Aron a-t-il eu partiellement raison, mais la fin de l'histoire n'est pas écrite. Il n'a pas connu l'Union européenne, il n'a pas connu l'euro, il n'a pas connu la crise actuelle. Peut-être jugerait-il que celle-ci débouche, comme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sur « une situation exceptionnelle » propice à « une entreprise aussi révolutionnaire que la création d'un lien fédéral entre des États, depuis des siècles souverains et souvent ennemis », qui partagent la monnaie unique. Pour le penseur français, l'Europe politique ne pouvait être qu'affaire de volonté. Or, parce qu'ils sont désormais acculés au bord du précipice, cette volonté, certains commencent à la manifester. A raison: envisageant l'Europe comme le « tiers continent du XXIe siècle », Nicolas Baverez explique que le déclin européen, non content de menacer le développement du continent, « peut compromettre demain sa liberté ». Nous en sommes là, constate avec amertume et colère cet économiste et historien qui accuse: « La crise est économique et financière, mais surtout politique, liée à l'incapacité des États à faire face à la gestion des risques et à construire un projet pour l'Europe dans la mondialisation. Jamais depuis les années 1930, la politique n'a été aussi nécessaire face aux transformations du système mondial et au choix du fédéralisme qu'impose la survie de l'euro ; rarement elle a été aussi défaillante, bredouillant le retour aux recettes du passé sous la forme d'une renationalisation des politiques au lieu d'inventer l'avenir »… Et Nicolas Baverez de lancer ce cri de révolte: « L'Europe ne peut plus être le bouc émissaire de l'impuissance des gouvernements nationaux ; elle doit être repensée, assumée et ancrée dans la conscience des citoyens comme le responsable de la gestion des risques systémiques ». Étant un réaliste, Aron n'aurait-il pas fait sienne cette ode à une Europe vraiment politique ?

Michel Theys

*** Elan. Cahiers du FEC. FEC (17 place Saint-Etienne, F-67081 Strasbourg. Tél.: (33-3) 88353620 - fax: 88379983 - Courriel: fec.strasbourg@wanadoo.fr - Internet: http://www.fec-strasbourg.org ). Juin 2012, 32 p., 7,50 €. Abonnement annuel: 29 €.

L'Europe est le thème central de ce numéro de la publication du Foyer de l'étudiant catholique fondé par le Frère Ménard, toujours présent dans les mémoires à Strasbourg. En prévision du 50ème anniversaire du Traité de l'Élysée, l'ancien journaliste (puis haut fonctionnaire européen) Paul Collowald y remet notamment les pendules à l'heure: non, ce n'est pas le 22 janvier 1963 que, par ce Traité signé par Charles de Gaulle et le chancelier Adenauer, a été amorcée la réconciliation, pas plus que ce n'est avec les Traités de Rome qu'ont été creusées les fondations de la construction européenne. Et cet Européen de la première heure de rappeler avec opiniâtreté que tout a commencé, n'en déplaise à certains, avec la Déclaration Schuman du 9 mai 1950 ! Il sort un lapin de sa poche sous la forme d'un propos du président français tenu lors d'une visite à Metz et rapporté dans un article du Figaro du 3 juillet 1961: « Le chef de l'État - et ceci est très remarqué - rend un hommage particulier à Monsieur Robert Schuman dont il dit, à propos de l'unité européenne: c'est vous qui avez commencé. Et nous avons poursuivi votre œuvre ». Au-delà de cette « petite leçon d'histoire », Etienne Troestler constate dans l'éditorial que seule une unité européenne « complète et sincère », qui soit fondée sur un dépassement du concept d'État-nation, pourra éviter à l'Europe de « se faire vassaliser », que ce soit par la Chine (pays auquel un long article est consacré) ou « par quelque autre pays rentier du pétrole et si peu démocratique ». Et le responsable de la publication d'inviter en conclusion les citoyens à ne plus se satisfaire d'une « Commission trop bureaucratique », d'une politique économique « naïvement libérale », d'une citoyenneté « pas encore assez réelle » et d'une « Europe sociale inexistante ». (MT)

*** SYLVAIN SCHIRMANN, SARAH MOHAMED-GAILLARD (sous la dir. de): Georges Pompidou et l'Allemagne. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Georges Pompidou - Archives », n° 6. 2012, 408 p., 44,80 €.. ISBN 978-90-5201-058-8.

À travers une large sélection de documents et de verbatim issus des archives de la présidence de la République française, le Pr. Schirmann (directeur de l'Institut d'études politiques de l'Université de Strasbourg et spécialiste reconnu des relations franco-allemandes) et l'historienne Sarah Mohamed-Gaillard éclairent les relations qui ont été nouées par le président Pompidou avec les responsables politiques allemands de l'époque, en particulier le chancelier Brandt et Helmut Kohl qui n'allait pas tarder à la devenir. Sont passés en revue les affaires bilatérales, notamment la coopération industrielle et économique (Airbus, Agence spatiale européenne, nucléaire…), l'attitude de la France pompidolienne par rapport à l'Ostpolitik, les questions internationales et stratégiques de l'époque, mais aussi et surtout les approches des deux pays à propos de l'Europe telle qu'elle était à construire à l'époque. Ainsi que le résume le Pr. Schirmann, la confirmation est ainsi donnée, preuves à l'appui, que Georges Pompidou, en digne successeur immédiat du général de Gaulle, restait fondamentalement « attaché à la logique confédérale, celle d'une Europe des États nations, alors que Brandt était plutôt favorable à l'approche supranationale », ce dont témoignèrent ses désirs de renforcer le Parlement européen par son élection au suffrage universel, ce qui eut à attendre le pensionnaire suivant de l'Élysée, Valéry Giscard d'Estaing. L'ouvrage montre aussi que Pompidou restait pleinement réservé à l'égard d'un renforcement des pouvoirs de la Commission, lui qui « ne concevait à terme un gouvernement de l'Europe que comme la réunion des responsables suprêmes des pays-membres ». Soit autant de dossier - et de blocages - qui restent toujours d'actualité… (MT)

*** Futuribles. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Novembre 2012, n° 390, 100 p., 14 €. Abonnement annuel: 115 € (France), 120 € (étranger). ISBN 978-2-84387-403-1.

Ce numéro de la revue mensuelle créée en 1974 par Hugues de Jouvenel s'ouvre sur un éditorial intitulé « Le pari européen », en référence au titre d'un ouvrage publié en… 1968 par Louis Armand et Michel Drancourt. Président de la Commission de la Communauté européenne de l'énergie atomique en 1958 et 1959, Louis Armand y invitait avec son complice les six États membres d'alors à accepter « que l'Europe prenne nettement conscience des impératifs de l'époque et qu'elle accepte une novation dans son organisation ». Et d'ajouter: « Le temps n'est plus, pour l'Europe, de se demander si son rôle peut encore s'inscrire dans le cadre de ses traditions ou s'il doit se définir dans un cadre nouveau. Elle doit s'employer à construire ce cadre nouveau … et établir des liens fédéraux ». Rien de nouveau sous le soleil d'Europe, donc. Et Hughes de Jouvenel ne s'y trompe pas, lui qui invite la France à saisir la proposition d'intégration politique renforcée lancée par la chancelière Merkel. Mais, jugeant irréaliste que les Vingt-sept puissent y souscrire, l'éditorialiste formule une proposition concrète sous forme de question: « (…) le président François Hollande n'aurait-il pas aujourd'hui une opportunité extraordinaire de s'imposer comme un des principaux fondateurs d'une Europe politique si, d'aventure, il avait l'audace de prendre au mot nos amis allemands pour jeter les bases d'une Europe fédérale, peut-être simplement à cinq ou sept, qui serait suffisamment puissante pour entraîner dans son sillon les autres États membres ? ». Les autres ? D'autres suffiraient déjà… (MT)

*** JOACHIM GAUCK: Freiheit. Ein Plädoyer. Kösel Verlag (2 Flüggenstrasse, D-80639 Munich. Tél.: (49-89) 17801-0 - fax: 17801-111 - Courriel: kundenservice@randomhouse.de - Internet: http://www.koesel.de ). 2012, 64 p., 10,30 €. ISBN 978-3-466-37032-0.

Le discours repris dans cet ouvrage a été prononcé par Joachim Gauck lors de la réception de nouvel an de l'Académie évangélique Tutzing en janvier 2011, soit avant qu'il ne soit élu président de la République d'Allemagne. Celui qui a été pasteur protestant dans l'ancienne Allemagne de l'Est et qui a joué un rôle non négligeable dans la chute du mur y délivre ses pensées intimes sur la liberté. Il considère celle-ci comme l'alpha et l'oméga du vivre en communauté, comme ce qui donne substance, culture et contenu à notre existence. En réalité, il distingue deux sortes de liberté: d'abord, une liberté libertaire, anarchiste, qui se libère des contraintes et est comparable à celle qui est vécue lors de la puberté ; ensuite, une liberté plus réfléchie qui, apportée par des philosophes et par l'éducation, ne devient effective que lorsque la personne s'engage et arrive à assumer ses responsabilités. L'engagement est la meilleure médecine contre l'insatisfaction liée au consumérisme et la meilleure façon de découvrir la richesse du quotidien, explique en substance l'auteur en rappelant son parcours personnel d'habitant de l'Allemagne de l'Est devenu citoyen de la République fédérale. Certains y verront sans nul doute un prêche. C'est en tout cas le rappel qu'il ne faut pas en rester aux seuls défauts et manques de la liberté à l'occidentale, mais aussi voir ses mérites et autres aspects positifs que nous envient bien des opprimés dans le monde. Une interrogation aussi: n'est-ce pas les responsables politiques d'Europe centrale et orientale qui, ayant vécu la négation de la liberté sous le régime communiste, devraient être les premiers à prêcher que l'Europe telle qu'elle se construit est un havre de paix et de démocratie sans pareil ? (LT)

*** Causeur. Causeur.fr (10 rue Michel-Chasles, F-75012 Paris. Tél.: (33-1) 47207430 - Courriel: causeur2@causeur.fr - Internet: http://www.causeur.fr ). Octobre 2012, n° 52, 64 p., 6,50 €. Abonnement: 66 € (numérique: 34,90 €).

Ce numéro d'une revue qui aime piquer intellectuellement où l'on ne s'y attend pas consacre un très riche dossier à la question de savoir si l'on a (encore) le droit de critiquer l'islam et, partant, à la problématique du blasphème. On y trouve des points de vue qui s'opposent, mais toujours s'appuyant sur des arguments sérieux qui, tous, méritent d'être médités. Il y a, par exemple, le rapprochement que fait le scientifique Ghaleb Bencheikh entre le propos de Gramsci selon lequel, « lorsque le passé se meurt et que le futur n'est pas encore advenu, c'est dans le clair-obscur que peuvent surgir les monstres » et le temps présent où une « grande vigilance est requise pour ne pas se laisser dévorer par les monstres idéologiques et les fanatiques salafistes ». Pour sa part, le philosophe Pascal Bruckner estime que ce n'est point « la force de l'islam qui est inquiétante mais notre faiblesse par rapport à une religion qui, à l'image du catholicisme sous l'Ancien Régime, est intransigeante et prétend régenter l'ensemble des consciences humaines ». Et sans doute ne sera-t-il pas le seul à penser que les seuls véritables « islamophobes », portant gravement atteinte à l'image de l'islam, sont les islamistes… (MT)

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