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Bulletin Quotidien Europe N° 10748
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) climat

Doha ne sauvera pas la planète, mais l'honneur est sauf, selon l'UE

Bruxelles, 10/12/2012 (Agence Europe) - Signe qu'en période de crise financière la lutte contre le changement climatique ne fait plus recette ? Avec 24 heures de retard, la conférence climatique onusienne de Doha (COP 18) s'est achevée samedi au Qatar sur une maigre moisson amplement décriée par les défenseurs de la planète et des pays les plus pauvres qui se trouvent être les plus exposés à la menace de changements climatiques catastrophiques. L'accord minimaliste obtenu in extremis sur une deuxième période d'engagement du protocole de Kyoto qui débutera le 1er janvier 2013, sur quelques promesses individuelles de financement (du Royaume-Uni et de la France notamment) et sur la tenue d'un autre sommet pour tenter de progresser vers un accord mondial à conclure en 2015 sauve l'honneur à défaut de sauver la planète en maintenant la hausse de la température moyenne en dessous de deux degrés Celsius (par rapport à l'ère préindustrielle). Mais l'Union européenne, critiquée par les ONG pour n'avoir pas joué son rôle de chef de file, a choisi de regarder le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide, ce qui lui permet de saluer un accord sur une passerelle évitant l'écueil du vide juridique entre l'expiration de la première période d'engagement du Protocole de Kyoto au 31 décembre 2012 - seul instrument international contraignant pour lutter contre le réchauffement - et le futur système global.

L'accord de Doha garantit une prolongation du Protocole de Kyoto après 2012 - c'est là la principale avancée de la COP 18 - , certes, mais sans les États-Unis qui n'en ont jamais été partie, et sans la Russie, le Canada, la Nouvelle Zélande et le Japon qui lui ont tourné le dos. Il s'agit donc d'un Protocole de Kyoto réduit à sa plus simple expression, puisqu'il n'engage que l'Union européenne et une quinzaine d'États contribuant tous ensemble à 15% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, soit la portion congrue. Un amendement ratifiable établit les règles qui présideront à cette deuxième période de huit ans pendant laquelle l'utilisation des excédents de crédits d' « air chaud » (les UQA ou AAU en anglais) sera autorisée. L'UE a d'ores et déjà décidé de mettre en œuvre cet amendement au 1er janvier 2013 sans en attendre la ratification formelle par les institutions européennes et par les États membres - processus qui devrait prendre un an.

« À Doha nous avons franchi le cap entre l'ancien système climatique et le nouveau système. Nous sommes désormais sur la voie de l'accord global de 2015. Ce ne fut ni facile ni une promenade de santé, mais nous avons réussi à franchir le rubicon. Des négociations très intenses nous attendent. Ce qu'il faut maintenant c'est accroître notre ambition et accélérer le mouvement », a déclaré Connie Hedegaard, commissaire européenne à l'Action pour le climat.

Sofoclis Aletraris, ministre chypriote de l'Agriculture, des ressources naturelles et de l'environnement qui, à Doha, a négocié en tandem avec la commissaire, au nom de l'UE, estime pour sa part que le paquet de décisions prises à Doha « fournit une base solide pour accroître le niveau d'ambition de l'action globale contre les émissions d'ici à 2015 ». Matthias Groote (S&S, allemand), président de la commission Environnement du Parlement européen, qui conduisait la délégation du PE à Doha, salue « le fait qu'une deuxième période d'engagement et que le principe des 'pertes et dommages' dues au changement climatique' - principe qui ouvrira la voie à une compensation future pour les pays en développement - aient été sécurisées », dans le compromis final. « Toutefois, l'objectif des 2 degrés Celsius est plus que jamais esquivé», déplore-t-il. Karl-Heinz Florenz (PPE, Allemagne), vice-président de la délégation ajoute que « l'UE doit être mieux préparée pour la prochaine conférence » en déplorant qu'au cours des négociations « des divisions soient apparues entre les États membres qui auraient dû être réglées plus tôt ». Pour les eurodéputés du groupe Verts/ALE qui se sont rendus au Qatar, Doha est un 18ème sommet pour rien ou presque. « On attendait peu de chose, mais on espérait être surpris.

Le Sommet de Doha est la démonstration d'une rencontre internationale dont on sort avec le sentiment d'un rendez-vous manqué, d'un sommet pour rien ou presque en attendant 2015. Qualifiée d'étape de 'consolidation' par les principaux négociateurs, Doha est l'une des plus mauvaises COP de l'histoire. Le document final du Sommet invite les parties à revoir leurs engagements en 2014. l'Union européenne n'est pas parvenue à construire de nouvelles alliances avec les pays les plus pauvres et vulnérables au dérèglement climatique en refusant presque toutes les demandes faites par ces pays », déplore Sandrine Bélier (Verts/ALE, France). De l'avis de Satu Hassi (Verte, Finlande) « les négociations climatiques continuent de déraper et la diplomatie climatique de l'UE bégaie à cause de l'obstruction de la Pologne qui a empêché l'UE d'accroître son niveau d'ambition » pour passer à un objectif de 30% pour la réduction de ses émissions à l'horizon 2020.

Les ONG n'ont pas de mots assez durs. Oxfam vilipende la « sécheresse dans l'action climatique qui risque d'accroître la faim dans le monde ». Greenpeace jette la pierre aux politiciens qui ont accepté une deuxième période de Kyoto « pleine d'échappatoires ». « Sur quelle planète êtes-vous ? Ni sur la planète où les gens meurent sous les tempêtes, les inondations et les sécheresses, ni sur la planète où la part des énergies renouvelables croît rapidement », déclare Jumi Naidoo, de Greenpeace International. (AN)

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