Bruxelles, 07/12/2012 (Agence Europe) - Buenos Aires avait devancé la plainte formelle de Bruxelles et Washington à l'OMC contre ses restrictions à l'importation en déposant plus tôt dans la semaine une plainte contre les obstacles à l'entrée de son biodiesel en Espagne, et de ses citrons et de sa viande aux États-Unis.
Le différend commercial opposant l'Argentine à l'UE, aux États-Unis et au Japon s'est durci cette semaine avec des demandes d'arbitrage coup sur coup à l'OMC contre des mesures jugées protectionnistes. Un conflit qui illustre les tensions économiques entre des puissances développées qui cherchent un second souffle sur les marchés mondiaux, et des nations émergentes qui leur livrent une concurrence féroce, en s'appuyant parfois sur un capitalisme d'État qui dans certains pays d'Amérique latine, a donné lieu à des expropriations de compagnies espagnoles - le pétrolier Repsol en avril dernier en Argentine, qui a d'ailleurs mis le feu aux poudres dans son conflit actuel avec l'UE (EUROPE n° 10596, 10600, 10601, 10610 et 10621) et l'électricien Red Electrica en Bolivie (EUROPE n° 10606) - ou occidentales au Venezuela (EUROPE n° 10669).
Avant la plainte déposée le 6 décembre à l'OMC par l'UE, les États-Unis et le Japon, visant la liste de licences d'importation et les coûteuses procédures d'approbation imposées par Buenos Aires à des centaines de produits importés (EUROPE n° 10746), l'Argentine avait pris les devants en déposant, la veille, une plainte officielle contre l'UE relative au blocage de ses exportations de biodiesel en Espagne (EUROPE n° 10672), et contre les obstacles des États-Unis sur ses exportations de citrons et de viande.
Selon un spécialiste du média économique Abeceb, cité par l'AFP, l'Argentine veut enrayer la baisse actuelle de son excédent commercial, qui repose en grande partie sur ses exportations de produits agricoles et de matières premières. Buenos Aires, qui fait déjà face à une fuite des capitaux, trouve dans son excédent commercial sa seule source de financement en l'absence de crédit depuis le défaut de paiement sur sa dette en 2001. L'Argentine a ainsi généralisé en 2012 des restrictions à l'importation qui étaient plus spécifiques en 2011. Abeceb mentionne aussi des mesures imposant aux compagnies étrangères d'importer des produits argentins ou d'investir dans le pays pour ne pas risquer de voir leurs produits bloqués à la douane argentine.
De son côté, la présidente argentine Cristina Kirchner conteste les accusations de protectionnisme. « C'est comme s'il y avait un protectionnisme légal, celui des pays développés, et un protectionnisme populiste, celui des pays émergents », a-t-elle déclaré récemment. (EH)