Bruxelles, 07/12/2012 (Agence Europe) - L'UE et l'Algérie ont réuni, jeudi 6 décembre, la 7ème session de leur Conseil d'association dans un contexte bilatéral marqué par la crise économique et budgétaire, la recherche pressante d'une coopération en matière d'énergie et surtout, au plan régional, de la crise malienne et du risque d'affrontements armés à la frontière saharienne. En dépit de ce contexte, l'Algérie a réaffirmé son intention d'approfondir la coopération avec l'UE, ce qui confirme le tournant pris par Alger depuis près d'une année alors qu'elle n'admettait pas devoir s'engager par un « plan d'action » comme ceux convenus avec tous ses voisins dans le cadre de la politique de voisinage.
Le rappel de contexte fait par les Algériens est partagé par la partie européenne qui enregistre avec intérêt le relatif « dégel » de l'attitude de ce partenaire méditerranéen sourcilleux et jusqu'à présent réticent à l'approfondissement de la coopération, en particulier vis-à-vis de la politique de voisinage et des engagements à y prendre, à forte tonalité politique.
La réunion a, selon un communiqué européen, « confirmé l'évolution positive et la nouvelle dynamique des relations bilatérales instaurées en 2011 entre l'Algérie et l'UE pour développer une relation forte, fondée sur le respect réciproque et la solidarité ». L'UE souligne que « l'Algérie est un partenaire important qui joue un rôle-clé au sein de l'espace euro-méditerranéen et du Partenariat Afrique-UE ».
Au cours d'une conférence de presse commune, la Présidente en exercice du Conseil de l'UE, Erato Kozakou-Marcoullis, ministre des Affaires étrangères de Chypre, et le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, avec à leurs côtés le commissaire européen Stefan Füle (voisinage), ont loué le « bon esprit » dans lequel se sont déroulés leurs entretiens formels et moins formels. Ces derniers au titre d'un dialogue politique nourri et centré aussi bien sur le Maghreb, le Proche-Orient (Palestine et Syrie) et, surtout sur la sécurité dans la région du Sahel voisine du Maghreb. Sur ce point, l'Algérie a réitéré sa position réservée quant à l'option militaire mais se place sous couvert d'une décision du Conseil de sécurité de l'ONU.
La session a surtout permis de faire le point sur les dix-huit mois d'action depuis la dernière réunion conjointe et qui ont permis d'engranger des résultats appréciés aussi bien à Bruxelles qu'à Alger. Il a été question des « progrès » enregistrés par l'Algérie dans ses réformes politiques, économiques et administratives auxquels la Commission va accroître son soutien à travers le « plan d'action » que le partenaire accepte de négocier après une longue hésitation (programme de « jumelage », sorte de coaching dans la gouvernance administrative et réglementaire). L'UE note positivement aussi que le « travail accompli par la Mission d'observation électorale de l'UE en Algérie en mai 2012, l'usage des recommandations de celle-ci et la bonne coopération avec les autorités algériennes ont été soulignés ».
L'UE a réitéré sa disposition à appuyer ce processus algérien, notamment à travers la négociation d'un premier Plan d'Action dans le cadre de la Politique européenne de voisinage. Au plan technique, l'Algérie accepte de parler de tous les sujets qu'elle évitait jusqu'à présent: son adhésion au système pan-euroméditerranéen des règles d'origine, de la coopération énergétique et un accord est officiellement en prévision et à négocier début 2013 avec la signature d'un 'MOU' (un mémorandum d'entente), un accord de coopération scientifique déjà contracté et des négociations commerciales approfondies qui devraient permettre à l'Algérie d'accéder à l'OMC et à commencer par un accord bilatéral avec l'UE sur les accès réciproques aux marchés. Deux sujets semblent ne pas être englobés pour l'instant dans l'expression de la satisfaction générale fruit du « bon esprit » nouveau: la mobilité et la politique des visas et, de l'autre, les règles contraignantes imposées par Alger aux entreprises étrangères (la règle des « 49/51 » parts maximum qu'un investisseur peut détenir dans une société implantée en Algérie). Aucun rapprochement des points de vue n'est signalé mais le ton au sujet de ces deux sujets sensibles semble adouci et en tout cas n'est plus accusateur.
Les droits de l'Homme
En préparation de ce Conseil paritaire, le Réseau Euro-Méditerranéen des droits de l'Homme (REMDH), la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), le Collectif des Familles de Disparus en Algérie (CFDA), la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l'Homme (LADDH), le Syndicat National Autonome du Personnel de l'Administration Publique (SNAPAP), le Réseau d'Avocats pour la Défense des Droits de l'Homme (RADDH) et l'association Agir pour le Changement Démocratique en Algérie (ACDA) demandent à l'Union européenne de « faire du respect des droits de l'homme une priorité ». (FB)