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Bulletin Quotidien Europe N° 10746
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Considérations sur le prix Nobel de la paix à l'UE et sur la coopération entre l'UE et les pays du sud-est méditerranéen dans le domaine de l'énergie

Signification réelle d'un prix Nobel à l'UE. Lundi prochain, le prix Nobel de la paix sera attribué aux représentants officiels de l'Union européenne. Plus ce jour approche, plus les mesquineries et les déclarations insensées se multiplient. La motivation de ce prix est parfois déviée par mauvaise foi ou par ignorance ; les protestataires soutiennent que l'UE ne le mérite pas car elle n'empêche pas les conflits et les cruautés qui pullulent ailleurs dans le monde, comme si elle en était responsable !

En fait, cet hommage à l'Europe adresse aussi un avertissement au reste du monde. L'UE, dans ses différentes dénominations successives, a eu la capacité et le mérite de réunir les pays qui, par leurs rivalités et haines historiques, avaient été auparavant à l'origine des deux guerres les plus cruelles et meurtrières de l'histoire de l'humanité. La motivation du prix Nobel est claire: il est attribué à l'UE pour son œuvre en faveur de « la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l'homme en Europe ». C'est un exemple pour tous. Et l'Europe n'est pas responsable si ailleurs les conflits, les haines et la cruauté subsistent.

Par ce prix, l'Europe est en même temps indirectement invitée à subordonner son élargissement futur au respect des mêmes principes par les pays candidats à l'adhésion. Ils doivent en être conscients.

Ceux qui protestent contre la désignation de l'Europe, quel que soit leur rôle, se comportent comme des ignorants, souvent de mauvaise foi. Ils devraient eux aussi considérer que l'Europe est, de ce point de vue, un modèle pour tous qui doit, pour être pleinement digne du prix, rejeter les adhésions des candidats qui ne partagent pas son principe d'effacement du passé.

Énergie: un volet négligé et compliqué. Cette rubrique a laissé de côté, dans ses analyses récentes sur les problèmes énergétiques, l'aspect des ressources maritimes de pétrole et de gaz, qui impliquent la coopération de l'UE avec les autres pays riverains. Or, une rencontre au niveau ministériel a été annoncée (voir notre bulletin n° 10743) pour la semaine prochaine à Nicosie. Elle réunira en principe la Présidence du Conseil de l'UE et les représentants de Turquie, Égypte, Israël, Jordanie, Liban et Autorité palestinienne (la Syrie étant absente pour des raisons évidentes), sur le thème délicat de la collaboration des forages en mer.

La situation est complexe, non seulement du point de vue technique et juridique, mais aussi sur le plan politique: y participeraient ensemble Israël et l'Autorité palestinienne, avec d'autres pays plus ou moins en conflit, mais aussi la Turquie. Ce pays a, en pratique, suspendu toute négociation avec le Conseil de l'UE pendant la durée de la présidence chypriote, en raison du conflit à propos de la partie nord de Chypre ; la situation sur le terrain s'améliore grâce à la collaboration croissante entre les deux parties de l'île, mais le conflit politique subsiste. Il est vrai que la collaboration entre l'UE et la Turquie voit des développements politico-militaires, mais ils se déroulent dans le cadre de l'OTAN. Est-ce en tenant compte de ces évolutions que la Turquie accepte de participer à la réunion sur les activités pétro-gazières offshore ? Sera-t-elle effectivement présente ? À quel niveau ?

Les problèmes en discussion sont délicats, car l'UE et la Turquie sont en désaccord sur le point de savoir à qui appartient une partie de la zone maritime dont on va discuter. Il ne faudra pas s'attendre à des décisions significatives la semaine prochaine ; la réunion consisterait dans un échange de vues sur les questions de principe: sécurité des activités pétrolières et gazières dans la région, infrastructures et interconnexions appropriées, perspectives de coopération (voir notre bulletin déjà cité).

Il est compréhensible que les autorités chypriotes aient souhaité que ces questions soient discutées avant que leur présidence du Conseil expire ; les Présidences futures auront d'autres priorités (mais la Grèce aussi est intéressée à ce dossier). En tout cas, si les participations annoncées se confirment, cette première prise de contact pourrait avoir une signification économique et politique considérable, aussi bien du point de vue de la politique de l'énergie (de grandes quantités de gaz naturel ont été découvertes dans la mer Méditerranée orientale), que du point de vue politique, ce qui signifie notamment: évolution des relations de l'UE avec la Turquie et effort visant à lancer une coopération concrète entre des pays dont les relations sont actuellement, dans certains cas, largement conflictuelles.

(FR)

 

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