Bruxelles, 25/10/2012 (Agence Europe) - Le Parlement européen a exprimé, jeudi 25 octobre, sa plus vive inquiétude à propos de l'avenir du programme d'échange Erasmus et appelé les États membres à respecter leurs engagements pour le financement du programme en 2012. Erasmus est un programme emblématique et ne doit en aucun cas subir les aléas de la crise financière car l'éducation et la mobilité sont indispensables pour sortir de la crise, ont insisté les députés. Tous les groupes politiques ont fermement défendu le programme et exhorté le Conseil des ministres à assurer sa viabilité à long terme, à l'exception du groupe « Europe de la liberté et de la démocratie » qui a appelé purement et simplement à sa suppression.
Le commissaire au Budget, Janusz Lewandowski, a fait le point, devant les députés du Parlement, sur les insuffisances de crédits relatifs à Erasmus, et sur sa proposition de budget rectificatif pour assurer le financement du programme pour la totalité de l'année 2012, soit 90 millions d'euros sur les 180 millions demandés pour l'ensemble des programmes « Éducation et formation tout au long de la vie ». Lors du débat du lundi 22 octobre sur le budget 2013, de nombreux députés s'étaient inquiétés d'une possible répétition, en 2013, d'un manque de financement du programme Erasmus, au cas où les États membres s'en tiendraient aux coupes budgétaires proposées dans leur projet de budget 2013, présenté en avril. Outre Erasmus et les programmes d'éducation et de formation tout au long de la vie, d'autres programmes sont en danger comme le 7ème programme-cadre pour la recherche et le développement et le Fonds social européen.
« La mobilité dans l'Union européenne est extrêmement importante (…) L'éducation est un point central de notre politique, pour lutter contre le chômage (…) Ce qui est en jeu, c'est l'avenir du programme pour 2014-2020 », a affirmé Janusz Lewandowski. Le président de la commission budget au PE, Alain Lamassoure (PPE), a tiré la sonnette d'alarme en avertissant des dangers qui planent sur la viabilité d'Erasmus, 99 % des crédits prévus pour 2012 ayant déjà été utilisés par les agences nationales des 33 pays participant au programme, alors que le programme atteint sa vitesse de croisière et que des demandes supplémentaires seront encore adressées par plusieurs pays, a poursuivi le commissaire. « Notre tâche est de veiller à une bonne application d'Erasmus. Si rien ne vient en plus, on rencontrera une accumulation de problèmes en 2013 », a averti le commissaire.
Dans leurs interventions, les députés ont dénoncé l'attitude des États membres qui, d'un côté affirment vouloir donner la priorité à l'éducation et à l'emploi, et de l'autre sapent toute tentative de traduire ces promesses en actes dès qu'il est question de financement. « C'est inacceptable », ont souligné à maintes reprises les députés, en brandissant le spectre d'une Europe à deux vitesses. Pour la présidente de la commission de l'éducation et de la culture du PE, Doris Pack (PPE, allemande), « les États membres doivent répondre à leurs engagements, ce qu'ils ne font pas ». Alors qu'ils ont souscrit aux objectifs en faveur de la mobilité d'ici 2020, les gouvernements n'arrivent pas à donner leur soutien aux 5 % d'étudiants participant à Erasmus, a dénoncé la députée. Erasmus favorise la mobilité des étudiants et leur permet d'acquérir une dimension européenne, c'est cela que les États membres mettent en danger, souligne Hannes Swoboda (S&D, autrichien), en appelant la Présidence chypriote à mettre la pression sur le Conseil. Pour Morten Lokkegaard (ADLE, danois), « les factures doivent être payées (…) Ce programme, le plus populaire et concret, ne peut pas être pris en otage par un jeu de tactique entre les institutions ». Au nom du groupe des Verts/ALE, Helga Trüpel (allemande) a affirmé: « Comment peut-on être aussi myopes et irresponsables ? (…) On sabote totalement la crédibilité de l'Europe », en déclarant qu'il valait mieux faire des économies sur les subventions accordées à la culture du tabac. « On est tous préoccupés (…) Le Conseil doit tout faire pour que les financements ne manquent pas », a confirmé Marek Henryk Migalski (polonais) pour le groupe des Conservateurs et réformistes. Alors que l'éducation est un secteur dans lequel il faut, au contraire, investir plus, « c'est une honte de montrer un portefeuille vide devant les citoyens », a déclaré le député. « Inadmissible » a confirmé Willy Meyer (espagnol), au nom de la Gauche unitaire. Avec Erasmus, c'est le secteur même de l'éducation qui est en danger. « L'éducation est un droit universel », a-t-il rappelé, alors que l'endettement des étudiants, en particulier dans les pays du sud de l'Europe, n'a jamais atteint un tel niveau. Maintes fois pris à partie, le ministre chypriote des Affaires européennes, Andreas Mavroyiannis, s'est voulu rassurant: « J'ai pris note de vos préoccupations et je les transmettrai. Je peux vous assurer qu'on partage l'idée qu'Erasmus est une clé pour les générations futures. » Pour la période 2014-2020, « les discussions sont en cours, on ne peut pas préjuger, mais on a le sentiment qu'Erasmus n'est pas menacé, on est trop engagés (dans ce programme) ». (IL)