Luxembourg, 25/10/2012 (Agence Europe) - Les ministres de l'Intérieur de l'UE réunis à Luxembourg jeudi 25 octobre ont souhaité mettre la pression sur les pays des Balkans dont ils déplorent les agissements de certains de leurs ressortissants en matière de demandes d'asile abusives et menacé ces pays de suspendre les régimes de libéralisation si les autorités ne coopéraient pas suffisamment. Arrivé à Luxembourg, alors que certains de ses homologues comme le ministre français de l'Intérieur, Manuel Valls, ont été empêchés d'atterrir à cause du brouillard et ont dû faire demi-tour, le ministre suédois de l'Intérieur, Tobias Billström, a été très ferme, indiquant que « tout le monde doit faire ses devoirs avant d'adhérer à l'Union européenne » et « l'un de ces devoirs est d'améliorer le sort des minorités », rapporte l'AFP, le ministre faisant allusion au sort des Roms, qui arrivent en grand nombre dans l'UE grâce aux dispositifs sans visas.
Cinq pays des Balkans se sont vu octroyer entre 2009 et 2010 des régimes sans-visas, la Serbie, la Macédoine, l'Albanie, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine, un geste d'ouverture vis à vis de ces pays appelés peut-être à rejoindre un jour l'UE. Problème: comme l'ont rappelé six ministres de l'Intérieur, début octobre, dans un courrier à la commissaire Cecilia Malmström et à la Présidence chypriote, de plus en plus de voyageurs dotés d'un visa de court-séjour pour l'espace Schengen déposent des demandes d'asile, une source européenne ayant parlé mercredi d'une augmentation de 60 % de demandes d'asile de la part des ressortissants de ces 5 pays depuis le début de l'année. Et pour l'Allemagne et son ministre Hans-Peter Friedrich, qui l'a rappelé jeudi dans une interview au Figaro avec le Français Manuel Valls, la Serbie et la Macédoine sont les deux pays les plus problématiques.
Alors que la Commission européenne avait temporisé et estimé fin août dans son 3ème rapport de suivi de ces régimes de libéralisation que les demandes d'asile « abusives » restaient un phénomène limité géographiquement et se traduisant par des pics saisonniers, le ton a changé ces dernières semaines. La Commission évoque désormais une situation préoccupante qui s'est aggravée depuis cet été. Selon les chiffres donnés par le porte-parole Michele Cercone, près de 5 000 demandes d'asiles ont été déposées en Allemagne par des ressortissants des cinq pays visés depuis le début de l'année 2012, la plupart de ces demandes étant par ailleurs jugées infondées. Selon le ministre Friedrich, les demandes des citoyens serbes avaient triplé en septembre par rapport à août, tandis que le nombre de dossiers déposés par des Macédoniens avait lui augmenté de 70 %.
Pour une source européenne, l'un des motifs d'inquiétude tient également au fait que se mettent en place dans ces pays de véritables filières, notamment via 'des bus' acheminant dans l'UE des ressortissants souvent d'origine Rom. C'est aussi ce qu'ont pointé du doigt les deux ministres allemand et français dans leur interview commune, les deux responsables appelant les autorités de ces pays à insérer leur population Rom et à lui fournir de quoi rester sur place.
« Nous avons besoin de toutes nos capacités d'asile pour ceux qui ont vraiment besoin de notre aide », a pour sa part renchéri jeudi le secrétaire d'État allemand à l'Intérieur Ole Schröder, présent lui à la réunion. « Je pense surtout à la situation en Syrie, je pense aux gens d'Afghanistan. Il est inacceptable que nous ayons deux fois plus de demandeurs d'asile venus de Serbie que d'Afghanistan. Cela montre l'absurdité de la situation, d'autant plus que la Serbie est candidate à l'adhésion à l'UE », a ajouté le représentant allemand. La Commission européenne a proposé en mai 2011 une clause de sauvegarde permettant de suspendre provisoirement ces régimes sans-visas si des abus systématiques devaient être constatés. Les ministres de l'Intérieur ont déjà adopté leur position en décembre 2011 et n'attendent plus que l'avis du Parlement européen, qui n'est pas opposé sur le principe à cette clause de sauvegarde mais souhaite aborder aussi le sujet de la réciprocité en matière de visas. Les ministres de l'Intérieur veulent en tout cas pouvoir disposer de cet instrument de rétorsion d'ici à la fin 2012. (SP)