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Bulletin Quotidien Europe N° 10708
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CONSEIL DE L'EUROPE / (ae) dÉmocratie

La démocratie, ingrédient de la coopération transfrontalière ?

Strasbourg, 11/10/2012 (Agence Europe) - Pour l'un de ses carrefours « Démocratie au XXIème siècle » - espaces de parole dédiés aux échanges de bonnes pratiques -, le Forum mondial de la démocratie s'est déplacé du Conseil de l'Europe au Conseil général du Bas-Rhin mercredi 10 octobre. La rencontre intitulée « Démocratie sans frontière » se prêtait à cette délocalisation puisqu'en matière de coopération transfrontalière, Strasbourg et l'Alsace font figure de laboratoire européen particulièrement significatif. « Mise en œuvre entre la France, l'Allemagne et la Suisse, cette coopération se déploie dans l'espace où est né l'humanisme rhénan au XVIème siècle », a signalé Guy-Dominique Kennel, président du Conseil général, et elle a été lancée dans l'idée d'approfondir une « vraie démocratie ».

Eurodistrict, chaîne de télévision franco-allemande avec ARTE et l'EuroAirport Bâle-Mulhouse figurent parmi les nombreuses expériences innovantes dans une région dont la capitale, Strasbourg, accueille depuis 1949 le siège du Conseil de l'Europe puis celui du Parlement européen. Mais le propos du Forum est mondial et ce sont donc des intervenants venus d'horizons divers qui ont pris la parole lors de la table ronde. Des expériences venues d'Irlande, de Serbie, d'Azerbaïdjan, d'Afrique occidentale, de France et de Suisse furent croisées avec, parmi les questions évoquées, celle de savoir si la démocratie était une condition à la coopération transfrontalière. La démocratie est un facilitateur en la matière, le nier serait absurde et l'Irlandais Andy Pollak, directeur du centre des études transfrontalières de Dublin a bien précisé que la coopération transfrontalière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord avait été un élément important du processus de paix favorisé par le fait que « l'on avait eu affaire à deux démocraties ». Pour la Serbe Nadia Cuk, directrice adjointe du bureau du Conseil de l'Europe à Belgrade, la démocratie est indispensable à une vraie coopération transfrontalière. « Cette dernière n'a pu se mettre véritablement en place dans les années 1990 car il n'y avait pas de démocratie véritable dans mon pays, a-t-elle dit, aujourd'hui avec l'adhésion de la Hongrie à l'Union européenne et la candidature de la Serbie, des choses sont possibles. » Ilgar Mammadov, directeur de l'École politique de Bakou en Azerbaïdjan était plus nuancé lorsqu'il a déclaré que « si la décision était prise au niveau de l'État central, cela pouvait fonctionner ». Selon lui, « la démocratie améliore le processus de coopération transfrontalière mais ne peut être une condition sine qua non. L'exiger en préalable rendrait toute évolution impossible ». L'exemple de l'Afrique occidentale exposé par l'Ougandais Hassan Shire Sheikh, directeur exécutif du « Projet des défenseurs des droits humains de l'Afrique de l'Est et de la Corne de l'Afrique » apportait de l'eau au moulin de ce point de vue. « La coopération fait baisser les tensions », a-t-il dit, « les problèmes de sécurité peuvent parfois être réglés par les échanges commerciaux. Il s'agit d'aller au-delà du cessez-le-feu ». Chargé de tirer les conclusions de la matinée de travail, le diplomate français Michel Foucher, directeur d'études et de recherches à l'Institut des hautes études de défense nationale, a insisté pour sa part sur le fait « qu'une démocratie doit être efficace ». « Tout le monde s'est insurgé contre le coup d'État au Mali, a-t-il dit, mais personne n'a critiqué le régime au pouvoir qui avait perdu préalablement le contrôle de la moitié de son territoire. Face aux forces négatives, il faut employer la force. Les démocraties d'Afrique ne peuvent pas être naïves. La culture transfrontalière ne doit pas devenir un irénisme, en Somalie c'est d'ailleurs l'armée kényane qui vient de chasser les groupes islamistes Al-Chabab de la ville de Kismayo. »

Un Conseil de l'Europe trop discret et sous-utilisé

Revenant sur le rôle du Conseil de l'Europe à l'occasion des débats de ce mercredi, Michel Foucher a souligné le rôle de celui-ci après la chute du Mur de Berlin. « Je me souviens de discussions avec Catherine Lalumière alors secrétaire générale », a-t-il dit. Celle-ci s'interrogeait: « Faut-il attendre la résolution de la question démocratique par les pays d'Europe centrale et orientale ou accepter leur adhésion pour les faire passer dans 'sas de décontamination' ? » Catherine Lalumière a préféré la seconde voie et elle a eu raison. De son point de vue, le Conseil de l'Europe est donc bien un « laboratoire de la démocratie » mais, ajoute-t-il, il souffre depuis les années 1990 de la concurrence de l'Union européenne et de l'OSCE sur le terrain de la voix politique. Une voix qui, selon lui, aurait dû se faire entendre lors de la crise de 2008 entre la Géorgie et la Russie au sujet de l'Ossétie du Nord. « Le secrétaire général du Conseil de l'Europe aurait alors dû demander la suspension de ces deux pays en guerre. » Autre handicap de l'institution strasbourgeoise aux yeux de Michel Foucher: sa sous-utilisation politique par Paris.

Programme, vidéos et discours du Forum mondial de la démocratie sur http://www.coe.int/fr . (VL)

 

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