Bruxelles, 11/10/2012 (Agence Europe) - Sous la menace d'enquêtes antidumping et antisubventions de l'UE, Huawei et ZTE sont soupçonnés de porter atteinte à la sécurité en Amérique du Nord.
La diffusion en début de semaine aux États-Unis d'un projet de rapport de la Commission de renseignement du Congrès se prononçant contre les relations d'affaires entre les opérateurs américains et les équipementiers de réseaux chinois ZTE et Huawei, et pour leur exclusion du marché américain, a mis le feu aux poudres, multipliant les craintes contre les deux géants chinois des télécommunications. Produit d'une enquête de près d'un an, ce rapport avertit que les technologies de Huawei et ZTE pourraient être utilisées pour saper la sécurité des États-Unis. La commission parlementaire y indique ne pas avoir la garantie que les deux équipementiers chinois de télécommunications sont réellement indépendants du gouvernement chinois, comme ils l'affirment, et avoir obtenu des affirmations jugées crédibles dénonçant des pratiques de corruption et des violations de brevets. Son rapport préconise en conséquence que Huawei et ZTE ne puissent plus signer de contrats ou faire des acquisitions aux États-Unis.
Depuis, les craintes au sujet des deux géants chinois des télécoms se multiplient. Le Canada affiche lui aussi sa méfiance quant à la participation du groupe Huawei à un marché public pour la construction d'un réseau de communication gouvernemental sécurisé, indiquait jeudi 10 octobre l'agence Reuters.
Huawei est le numéro deux mondial des équipements télécoms derrière le Suédois Ericsson, ZTE pointe au cinquième rang derrière le Finlandais Nokia Siemens Networks et le Français Alcatel-Lucent.
S'ils ne sont pas en odeur de sainteté en Amérique du Nord et en Australie, les deux équipementiers chinois, qui se sont hissés au top de la hiérarchie mondiale avec des prix défiants toute concurrence, sont aussi observés avec circonspection en Europe. ZTE et Huawei restent sous la menace du lancement d'enquêtes antidumping et antisubventions, que la Commission a pour le moment reporté faute de preuves solides.
Dans un mouvement visant à durcir la capacité de riposte européenne contre les pratiques déloyales de pays émergents qui adossent leur développent économique à du capitalisme d'État, le commissaire Karel De Gucht a proposé en mai que la Commission puisse, dans le cadre d'un arsenal de défense commerciale plus moderne, porter plainte de sa propre initiative en lieu et place d'entreprises exposées au risque de représailles lorsqu'elles opèrent dans des pays tiers dont les entreprises nationales verraient leurs produits visés par des mesures antidumping. Une initiative contre ZTE et Huawei en deviendrait le premier exemple.
Plusieurs sources diplomatiques et industrielles citées par les médias parlent d'un répit jusqu'à la mi-2013 pour les deux équipementiers de télécoms chinois. La collecte de preuves par l'exécutif européen serait ralentie par le fait qu'aucun fabricant européen ne souhaite porter plainte. Les équipementiers européens seraient réticents à se couper du marché chinois, où la demande pour les équipements de télécommunications est en pleine croissance. (EH)