Bruxelles, 11/10/2012 (Agence Europe) - Parmi les idées du rapporteur du Parlement européen sur la réforme de la Politique commune de la pêche (PCP) figure une mesure visant à contraindre les États membres à fermer à la pêche 10 à 20 % de leurs eaux en l'espace de trois ans. Selon une étude présentée lundi 8 octobre en commission de la pêche du PE, la création de tels sanctuaires (une idée qui va plus loin que ce que ne préconise la Commission européenne) serait coûteuse, en raison des contrôles à effectuer, mais elle apporterait des bénéfices très importants pour la reconstitution des stocks et la protection des habitats. Selon le rapporteur, Ulrike Rodust (S&D, allemande), cette mesure peut être utilisée pour protéger les habitats sensibles, mais aussi contribuer à augmenter la productivité des stocks de poissons jeunes, par exemple lorsque des zones de frai sont fermées à la pêche. Cette mesure est particulièrement efficace, selon elle, pour les zones dans lesquelles la gestion des stocks laisse jusqu'à présent à désirer ou pour lesquelles on ne dispose pas de données suffisantes.
Mme Rodust ainsi que Guido Milana (S&D, italien) et Kriton Arsenis (S&D, grec) ont soutenu dans les grandes lignes la mise en place d'un réseau de zones de reconstitution des stocks de poissons. Ces zones, à l'intérieur desquelles les activités de pêche seraient interdites, permettront aux stocks exploités commercialement de se restaurer. Les pêcheurs pourront compter sur des quantités plus grandes de poissons. Les professionnels devraient être impliqués dans le choix des zones ; selon ces parlementaires. L'expert qui a présenté l'étude recommande des réserves de pêche de 20% et estime que la fermeture doit être totale (si l'on rouvre ces zones au mauvais moment, on en perdrait tous les bénéfices). Carmen Fraga Estévez (PPE, espagnole) reconnaît que les réserves marines ont donné de bons résultats, notamment en Espagne. L'inconvénient de cette mesure, ce sont les contrôles qui coûtent cher, a-t-elle dit. Elle a remis en question la fixation de pourcentages précis. « Ce n'est pas pratique de parler de pourcentages, car dans certaines zones on aura besoin de davantage de réserves marines et dans d'autres moins. La situation est différente entre les Pays-Bas et Malte ». En outre il convient selon elle d'avoir une approche écosystémique en régulant toutes les activités économiques (pas seulement la pêche) qui ont une influence sur les zones du littoral où il y a des habitats vulnérables. Comment surmonter la résistance probable des pêcheurs vis-à-vis de ces mesures, s'est interrogé Chris Davies (ADLE, britannique), qui demande aussi quels sont les coûts d'une telle mesure. Pour Kriton Arsenis, la baisse des stocks et la hausse du prix du carburant font que le métier de pêcheur n'est « pas durable ». Cette proposition sur les réserves marines permettrait d'infléchir cette tendance et de créer un écosystème sain. Le pourcentage devrait être plus proche de 20% (que de 10%), d'après lui. Isabelle Thomas (S&D, française) est d'accord sur le fait que ces zones fermées à la pêche sont un instrument « important ». Elle juge nécessaire d'envisager avec les professionnels et les scientifiques une approche « beaucoup plus locale ». Mme Rodust ne souhaite pas remettre en cause le principe, mais elle souhaite que cela soit viable. « Si on réclamait 20% de fermeture de la Belgique, cela représenterait presque toute la côte du pays ». Il faudra un soutien financier pour mettre en œuvre un tel outil. Raül Romeva I Rueda (Verts/ALE, espagnol) salue cette étude qui explique pourquoi de telles réserves sont si importantes. Si beaucoup de députés sont d'accord sur le principe, nous ne sommes pas d'accord sur la manière dont on doit mettre en œuvre cette action, a-t-il souligné. Il faut un appui financier pour convaincre les gens affectés par ces réserves. Guido Milana estime que cette mesure est un premier acte qui rendra à la PCP sa capacité à planifier les choses. Il faut avoir le courage de soutenir une thèse de ce genre, a-t-il ajouté. Il s'agit de « financer l'espace d'absence de pêche et peu à peu on va diminuer le temps de non pêche », a-t-il fait valoir. Ian Hudghton (Verts/ALE, britannique) est d'avis qu'il n'y aura pas assez d'argent dans le nouveau fonds européen pour la pêche et les affaires maritimes pour faire face aux conséquences de telles zones obligatoires dans certaines régions. Il redoute aussi que ces zones fermées à la pêche (d'une durée suggérée de cinq ans par l'expert) deviennent permanentes. Il s'est opposé à la prise de mesures « contraignantes » de manière « centralisée » et à ce que ces zones s'appliquent dans la limite des 12 milles marins.
En réponse aux questions, l'expert a précisé: - établir de telles zones aura un coût, mais sera compensé par les bénéfices engrangés en termes de pêche et de tourisme (pêche de loisir, plongée sous-marine). On peut s'attendre selon lui à ce que les coûts diminuent et les avantages augmentent ; - dans les trois premières années, la situation est difficile pour les pêcheurs (ils doivent trouver de nouvelles zones de pêche) et les avantages de la reconstitution des stocks mettent un peu plus de temps avant de se manifester. En effet, il y aura à terme plus de possibilités de pêche aux endroits proches de ces zones de reconstitution ; - les pourcentages sont assez vagues dans ma proposition, ils pourraient représenter 10 ou 20% (la communauté scientifique encourage même 30%). Actuellement, les zones de protection ne représentent qu'un dix millième de la mer. « Il faut élargir ces petites zones de reconstitution si vous voulez que l'industrie bénéficie de ces mesures », a-t-il indiqué. Il recommande de passer à 10% de la mer qui constituerait une zone protégée ; - tous les pays doivent contribuer à cette politique, mais aucun pays ne devrait être plus désavantagé (20% de la Belgique, c'est la même chose que 20% de l'Écosse ou du Danemark !). « Si ces États ne mettent pas en œuvre ce type de zones, ils ne pourront pas bénéficier de ces retombées locales », a dit l'expert ; - ces mesures permettraient d'augmenter « de 2 à 4% année après année » les possibilités de pêche ; - il s'agit d'un bon investissement en fonds publics. En Californie, la zone de protection qui couvre 16% des eaux coûte 37 millions de dollars sur dix ans. C'est « un investissement de taille », mais qui permet des résultats exceptionnels en termes de zones protégées. (LC)