Chengdu, 12/09/2012 (Agence Europe) - Face aux mégalopoles côtières -Beijing, Shanghai et Guangzhou- qui voient leur croissance s'essouffler quelque peu, Chengdu, capitale de la province du Sichuan, au centre-ouest de la Chine, se veut un nouvel eldorado pour l'investissement étranger. Bénéficiant d'une main d'œuvre meilleur marché que dans l'Est chinois comme de ressources humaines qualifiées, Chengdu, dont l'industrie repose majoritairement sur les TIC, est devenue une large plateforme logistique pour l'économie chinoise. La ville bénéficie aussi d'une planification optimisée par le gouvernement local, qui dispose de plusieurs leviers pour attirer l'investissement étranger. Une opportunité à saisir pour le business européen.
Un nouveau centre névralgique. Bordant le tronçon sud de la Renmin road, le grand axe qui coupe la ville de nord en sud, le Global Center, monstre de verre abritant une superficie de 1,5 millions de m2 de locaux, symbolise la démesure des projets de développement de la nouvelle mégalopole de l'ouest chinois. L'inauguration, début 2013, du plus grand bâtiment du monde braquera les projecteurs sur la nouvelle cité phare de l'économie chinoise. Après avoir accueilli, début septembre, la 3ème édition du Forum mondial de l'automobile, Chengdu sera l'hôte, début juin 2013, du réputé Fortune Global Forum.
Forte de 14 millions d'habitants, Chengdu abrite sur une superficie de 12 390 m2 plus de 15% de la population du Sichuan, la région la plus peuplée de Chine. En 2010, son PIB a dépassé les 555 milliards de dollars US, et la somme de ses exportations et importations - respectivement 11,2 et 8,9 milliards USD - en ont fait le centre névralgique de l'Ouest chinois. Si son industrie repose sur les technologies de l'information et de la communication (TIC), la médecine biologique, les machines, l'aviation, et la logistique moderne, Chengdu, qui abrite déjà plus de 150 établissements bancaires, compagnies d'assurance, et autres institutions de valeurs mobilières, entend devenir un centre financier majeur d'ici 2015.
La ruée vers l'Ouest. Tandis que la croissance économique chinoise s'essouffle, la mégalopole du centre-ouest assure un taux de croissance de près de 15%, notamment stimulé par un investissement étranger déjà bien présent. Devant la montée des coûts dans l'Est chinois, plusieurs firmes multinationales étrangères ont entamé la ruée vers l'Ouest. Ainsi les américains IBM, Cisco, General Electrics et Dell, les allemands SAP et Siemens, le japonais NEC, le néerlandais Philips et le français Ubisoft côtoient le chinois Huawei au sein du Tianfu Software Park, une immense zone high-tech au sud de la ville. Déjà parmi les 10 plus grandes bases chinoises de l'industrie des logiciels, le Tianfu Software Park, qui abrite 40 000 employés d'un âge moyen de 27 ans, est appelé à se développer davantage au sein de la quatrième zone high-tech chinoise, d'où s'élèvera d'ici 2020 l'un des dix gratte-ciel les plus hauts du monde.
Des constructeurs automobiles étrangers se sont aussi implantés dans la région, tels le nippon Toyota, l'allemand Volkswagen et le suédois Volvo, qui ont rejoint la zone de développement économique et technologique de Chengdu, d'où devraient sortir près de 1,2 million de véhicules par an à l'horizon 2020. De même que le constructeur aéronautique européen Airbus, qui y a établi une usine de sa filiale française Aerolia, où sont fabriqués des éléments des cockpits d'avion avant assemblage à Tianjin, sur la côte est. Le Taïwanais Foxconn avait amorcé le mouvement en implantant à Chengdu en 2010 une immense usine de fabrication d'iPad. À ce jour, Chengdu a déjà attiré 207 entreprises du Fortune 500.
Une ville plus vivable et 'fun'. Cette forte attractivité de la mégalopole du centre-ouest chinois s'explique en grande partie par une main d'œuvre meilleur marché qu'à Beijing, Shanghai ou que dans les villes de la province du Guangdong, mais aussi qualifiée, Chengdu abritant une cinquantaine d'universités d'où sortent plus de 100 000 diplômés par an, 90% d'entre eux restant ensuite dans la région. « Ils choisissent Chengdu pour nos talents », assure la présidente du Tianfu Software Park, Christine Du. L'environnement extérieur propice, en comparaison à celui des grandes cités de l'Est, est également un facteur d'attractivité. Au cœur d'une région qui abrite les pandas géants dans les montagnes de sa partie nord, dans les contreforts de l'Himalaya, et dans un centre de recherche dédié à leur reproduction, en marge de la ville, Chengdu est réputée tant pour sa qualité de vie plus détendue, permise par une atmosphère urbaine moins polluée et regorgeant de nombreux espaces verts, que pour sa bruine venue des montagnes du Nord, sa délicieuse cuisine pimentée et son héritage historique et culturel. « Chengdu est une ville très vivable, très fun. Elle offre le bon équilibre entre le travail et la vie personnelle », insiste Mme Du. La mégalopole du centre-ouest chinois a d'ailleurs été élue ville la plus joyeuse de Chine 2009 et 2010, selon le Oriental Outlook.
Un marché régional prometteur. Devenue une base arrière logistique pour certaines industries du pays, comme en témoigne l'implantation dans le Tianfu Software Park des activités 'back office' du transporteur maritime danois, le numéro 1 mondial, Maersk, Chengdu permet aussi de rapprocher le business étranger d'un marché intérieur en plein expansion. En outre, les perspectives démographiques de la ville, dont la population pourrait atteindre 20 millions de personnes, et de la province du Sichuan, qui abrite 90 millions d'habitants, en font « un marché local prometteur », assure Astrid Schröter, de la Chambre allemande du Commerce en Chine, dont l'antenne locale se situe dans un des bâtiments bordant la South Renmin road, aux côtés du Global Center, et devant lequel trône une réplique de l'arche parisienne de La Défense.
L'appui de l'EUPIC. Dans les mêmes locaux siège le Europe Project Innovation Center, devenu en 2010 une antenne locale de la branche couvrant l'Ouest de la Chine - les provinces du Sichuan, Chongqing, Yunnan, Guizhou, Xinjiang, Tibet, Qinghai, Gansu, Ningxia et Shaanxi - pour le réseau Europe Entreprise Network, géré par la DG Entreprise de la Commission européenne. Avec un soutien financier de départ de 300 000 euros au titre du Asia Invest II Project, l'EUPIC assure depuis 2006 un « soutien continu » à près de 200 entreprises européennes, des PME comme des grandes sociétés. Plateforme complète de promotion du commerce, de l'investissement et de la coopération technique entre l'UE et la Chine, soutenu à la fois par la Commission, le ministère chinois des Sciences et des Technologies, et par les gouvernements de la province du Sichuan et de la ville de Chengdu, l'EUPIC favorise l'innovation technologique et le transfert de technologie entre les entreprises, les universités, les parcs scientifiques et technologiques, les clusters et les organisations gouvernementales. Il assure l'atterrissage en douceur des entreprises européennes en Chine, et dans le même temps, soutient les stratégies d'internationalisation des entreprises chinoises. Depuis sa création, l'EUPIC a soutenu l'implantation dans la région de plus de 50 entreprises européennes, accueilli plus de 3 000 visiteurs à Chengdu, des fonctionnaires européens et des délégations d'entreprises et d'organisations professionnelles, et organisé plus de 100 rencontres de jumelage entre l'UE et les entreprises chinoises.
Un fort soutien des autorités locales. « Il ya beaucoup de dynamisme ici grâce à l'investissement du gouvernement local », reconnaît la directrice de l'EUPIC, Segree Dai, qui rejoindra en novembre Bruxelles, où sera implantée une antenne européenne du centre. « Le gouvernement local donne la stimulation pour l'économie », confirment des représentants de Maipu Communication, une entreprise locale de 1 000 salariés, fondée en 1993, fournissant des équipements de communication et des solutions d'application informatique. Taxes à l'implantation ou aux revenus des entreprises allégées, subventions à la formation, bas loyers et faibles factures d'énergie et autres incitations diverses, les autorités locales disposent de nombreux leviers pour attirer l'investissement étranger. Les entreprises peuvent bénéficier ici d'un « régime réglementaire spécial pour le développement de l'Ouest », confirme la directrice du Tianfu Software Park, Mme Du. « L'administration efficiente du gouvernement local est une clé pour attirer l'investissement, les talents et la technologie », insistent de leur côté les services du bureau d'information de la ville de Chengdu.
Faible risque d'investissement. Bonne qualité des services administratifs et charge bureaucratique réduite, le Tianfu Software Park est l'exemple d'une planification optimisée pour faciliter le développement économique des entreprises, nationales ou étrangères. En outre, si elles sont pour le moment dominantes au sein du parc au high-tech de Chengdu, dont les infrastructures appartiennent à l'État, les grandes entreprises vont, à terme, laisser la place aux PME pour ensuite s'établir dans leurs propres locaux, promet Mme Du. Du côté de la Chambre française de Commerce pour l'Ouest de la Chine, on confirme aussi que les autorités de la ville de Chengdu et de la province du Sichuan sont bien plus ouvertes aux investissements étrangers que le sont celles des régions de l'Est, assurant qu'ici, une entreprise étrangère n'est pas contrainte de créer une 'joint venture' avec un partenaire local pour s'implanter dans la région. « On cherche à attirer toujours plus d'entreprises européennes », insiste la présidente du Tianfu Software Park, Mme Du. Ville chinoise avec le plus faible risque d'investissement, Chengdu est aussi la première ville modèle en Chine pour la protection de la propriété intellectuelle, un nombre limité de plaintes ayant été déposées depuis 2007. (EH)