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Bulletin Quotidien Europe N° 10687
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Signification de la séparation des banques de la zone euro en deux catégories

Une mesure technique qui influencera l'euro. Pendant que l'Europe de l'euro est saisie de dossiers qui influenceront sa nature et son existence même, j'estime utile de clarifier quelques points qui, sans être liés à l'actualité immédiate, influenceront directement le fonctionnement et la gestion de la monnaie commune.

J'évoque aujourd'hui la question controversée de la scission des banques en deux catégories, qui fait l'objet de discussions acharnées, sans perspectives de concrétisation rapide au niveau européen, mais avec la possibilité de décisions nationales dans l'un ou l'autre pays de l'euro. Cette rubrique a déjà évoqué ce sujet, qui mérite d'être approfondi car le gouvernement d'un État membre, la Belgique, en discute publiquement et c'est la vice-Première ministre, Mme Onkelinx, qui soutient le projet avec acharnement. Dans une interview publiée dans Le Soir du 7 septembre, elle a dénoncé « l'arrogance des banquiers » et demandé non seulement de séparer banques de dépôts et banques d'affaires, mais aussi de lancer des bons d'État sans passer par les banques et de plafonner les rémunérations des banquiers. Voici les passages plus éloquents de son interview:

Arrogance: « On a retrouvé l'arrogance habituelle des grands banquiers. J'étais déjà au gouvernement quand certains d'entre eux sont venus nous voir lors du crash de 2008. Ils étaient des agneaux ! Certains avaient les larmes aux yeux. Maintenant, c'est à nouveau l'arrogance. »

Urgence: « Il y a urgence économique à réguler le monde bancaire. Il y va de la protection des épargnants-consommateurs et c'est une condition pour le retour de la croissance. Chercher du crédit pour des investissements, c'est devenu extrêmement difficile. Il faut pouvoir financer des projets. »

Séparation: « Les épargnants n'ont pas à payer les risques pris dans des opérations spéculatives. On doit travailler à la séparation entre banques d'affaires et banques de dépôt. »

Au niveau européen ? « J'ai entendu certains soutenir qu'il faut faire ça au niveau européen, alors il n'y aura rien du tout… La Banque Nationale nous remettra un rapport en décembre. Je dis: 'Avançons'. »

Déjà en 2013: « L'accord de gouvernement belge prévoit d'agir immédiatement. Dès 2013, évidemment. »

Mesures à prendre: « Aux banquiers on demande l'humilité. La situation dans laquelle on est, ce sont eux qui nous ont mis dedans. L'accord de gouvernement prévoit de mettre fin à l'arrogance dans les rémunérations dans les banques aidées par l'État. Il faut plafonner les rémunérations, les bonus, les parachutes dorés… Et faire en sorte que les acquisitions de bons d'État puissent se faire par ordinateur, sans passer par les banques. »

Pour conclure, Mme Onkelinx a invité à ne pas tenir compte des réactions qui prétendent que la séparation des banques n'est pas une mauvaise idée mais n'est pas simple, que le contexte européen et international… et blablabla: « Ce sont des discours qui commencent sérieusement à me gonfler ! Avançons. Un accord de gouvernement existe, je demande la loyauté. »

Contre les objections. Je rappelle que l'interview de la vice-Première belge avait été précédée par une prise de position de Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, en faveur de la scission des banques. Il avait démoli la situation actuelle dans laquelle les banques prennent des risques avec l'argent des épargnants ; si tout va bien les profits sont pour les banquiers, mais en cas de pertes l'État qui garantit les dépôts, doit y faire face. M. De Grauwe estime que les objections ne sont qu'une « campagne de désinformation du monde bancaire », auxquelles il a réagi par les réponses suivantes:

Opération techniquement trop complexe ? « Nous avons connu la séparation pendant des décennies. Ce ne sera pas toujours facile, mais si la volonté existe, on peut le faire. »

Un pays peut-il le faire de manière isolée ? « Certains banquiers vont reconnaître que l'idée est bonne, mais ils vont dire qu'il faut attendre que tous les États membres soient d'accord ; ce qui signifie qu'on ne le ferait jamais ! Un exemple: le Canada a maintenu la séparation et a ainsi évité la crise bancaire qui a ravagé les États-Unis. »

Perte de compétitivité ? « Il n'y a aucune raison. Le succès d'une banque de dépôts est fondé sur la confiance. Elle fait en moyenne moins de profits qu'une banque d'affaires, mais ses profits sont plus stables. »

Frein à la croissance économique ? « Affirmation ridicule. Nous avons connu la plus forte croissance quand la scission des banques était un fait. Depuis la fusion des deux types de banques, la croissance n'a cessé de diminuer, les banques se lançant de plus en plus dans des activités spéculatives. »

Le professeur De Grauwe reconnaît que la tâche du gouvernement belge sera ardue, car le lobby banquier mobilisera des ressources considérables: « Il lui faudra du courage, je lui souhaite le succès ».

(FR)

 

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