Les produits haut de gamme ne connaissent pas la crise. - En ces temps de crise économique, l'industrie du luxe ne s'est jamais aussi bien portée, révèle l'étude annuelle du cabinet de conseil Bain & Company sur le marché du luxe. Pour 2011, les statistiques confirment un engouement pour les produits haut de gamme, particulièrement en Asie. Le marché a atteint l'an dernier 191 milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit un bond de 10% après une année 2010 en croissance de 13%. Cette année-là, l'attentisme engendré par la crise financière a pris fin, générant un rebond spectaculaire de la consommation. La hausse de 2011 serait essentiellement nourrie par la croissance constante de la demande dans la région Asie-Pacifique, s'élevant à 25% pour 2011 dont 29% pour la « Grande Chine » (Chine, Hong Kong, Macao et Taiwan). En comparaison, les demandes américaines et européennes augmenteraient, respectivement, de 8 et 7%. Le marché japonais, pour sa part, devra se contenter d'une légère croissance de 2% alors qu'une baisse était à craindre. Une croissance due à un euro faible par rapport au yen. Selon Bain & Company, les Chinois auraient dépensé en 2011 plus de 35 milliards d'euros en produits de luxe, dont 23,5 milliards sur leur marché interne et entre 12 et 15 milliards en externe. À eux seuls, les Chinois représentent désormais 20% de la consommation mondiale, un pourcentage qui ne va nullement baisser en 2012 malgré les tentatives du gouvernement qui essaie de contenir cet attrait pour le luxe en censurant les publicités. Le pays compte à présent plus de 2,7 millions de personnes à la tête d'un patrimoine supérieur à 720 000 euros et 63 500 Chinois au patrimoine supérieur à 12 millions d'euros, selon le China Luxury Consumer White Paper 2012. Ces millionnaires sont jeunes (âge moyen de 41 ans) et leur soif de consommer des produits de luxe est grand. Ils achètent beaucoup et de tout à l'étranger: surtout des montres (pour 65% d'entre eux), des accessoires et des vêtements (49%), des articles en cuir (48%), des bijoux (45%) et des produits cosmétiques (43%). Les Chinois ne sont pas les seuls à aimer le luxe. C'est le cas aussi des Russes et des Brésiliens qui se ruent, à l'étranger, sur les parfums et les cosmétiques soumis chez eux à de très fortes taxes douanières. Pour les années à venir, l'industrie du luxe devra fidéliser sa clientèle. La croissance du marché chinois était jusqu'ici alimentée par l'ouverture de nouveaux magasins de luxe mais le marché commence à être saturé. Par ailleurs, les enseignes de luxe ne devront pas faire l'erreur de négliger les marchés américain et européen qui ont représenté à eux deux 66% du marché mondial en 2011. Selon Bain & Company, le marché américain pourrait redevenir attractif, avec encore de nombreux segments à fort potentiel qui n'ont été que fort peu exploités. Pour 2012, Bain & Company pronostique encore une excellente année pour les produits de luxe, avec une progression de 10% pour faire grimper le marché à 200 milliards d'euros. Pour 2014, il pourrait atteindre les 230 milliards. - Les chiffres de quelques grands groupes de luxe en 2011 - Au premier trimestre 2011, le numéro un mondial du luxe LVMH (Louis Vuitton, Dior, Dom Perignon) a vu ses ventes augmenter de 13%, ce qui lui a permis de dépasser la barre des 10 milliards d'euros sur six mois. Au troisième trimestre elles ont grimpé de 17,6%. Le groupe continue sur sa lancée en 2012, avec 14% de croissance enregistré sur les trois premiers mois. PPR (Yves Saint Laurent, Gucci, Balenciaga) a réalisé à peu près les mêmes performances et affiche déjà une croissance de 17,8% au premier trimestre 2012 (+33% pour Yves Saint Laurent uniquement). Le sud-africain Richemont (Cartier, Montblanc, Lancel) a enregistré une hausse de 29% entre avril et août 2011. Hermès, qui a carrément doublé ses recettes par rapport à 2005 est pour sa part confronté à une éventuelle rupture de stocks tellement l'engouement pour ses produits est devenu grand. L'enseigne a enregistré une hausse de 21,5% de son chiffre d'affaires au premier semestre 2011, due à une forte demande aux États-Unis. Prada a vu ses résultats augmenter de 74% au premier semestre 2011. Armani et Burberry se portent également à merveille. Dans le secteur automobile, Porsche a annoncé une augmentation d'un tiers de ses ventes pour les premiers mois de 2012. Quant à Audi et BMW, ils se disputent désormais la place de plus gros vendeur d'automobiles haut de gamme du monde. (IL)