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Bulletin Quotidien Europe N° 10646
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le succès du Conseil européen ne doit pas faire oublier que tout reste à faire

Lorsque les divergences ont un effet positif. Le mécanisme des concessions réciproques au sein du dernier Conseil européen a permis l'équilibre des engagements: aucun État membre ne pouvait obtenir ce qui était pour lui prioritaire, sans concéder en échange ce qui était essentiel pour le voisin. Il en est résulté une avancée globale et équilibrée de la zone euro, allant même au-delà des attentes de la veille. Je parle de zone euro et non de l'UE comme ensemble, car les effets des résultats atteints pour la cohésion de l'UE dans son ensemble sont discutables: selon les uns (dont je fais partie), il en dérive un pas supplémentaire vers l'Europe à deux vitesses ; d'autres observateurs y voient une consolidation de l'UE comme telle. Cette rubrique reviendra sur cet aspect, en faisant état d'opinions significatives.

Je reviens au point de départ: la réciprocité des concessions dans des domaines différents a été le moteur rendant possible l'accord d'ensemble. Aucun pays n'a obtenu ce qu'il recherchait, sans accepter, d'une manière ou l'autre, ce qui était indispensable pour le voisin. Les polémiques et les critiques qui ont accompagné l'une ou l'autre orientation sous-entendent souvent la défense d'intérêts particuliers.

Le résultat global est quand même la relance de la construction européenne. Les effets sont souvent positifs pour les pays à qui des efforts s'imposent, car ils entraîneront la suppression d'abus et de gaspillages qui pèsent lourdement sur les dépenses publiques et rendront plus ferme et efficace la guerre contre la spéculation financière. Certains effets concrets sont rapides ; par exemple, la France va ratifier le Traité sur la discipline budgétaire (dit Fiscal compact), ayant obtenu le parallélisme avec le programme de relance.

Surtout des projets pour l'avenir. Il ne faut toutefois pas oublier que la plupart des décisions prises et des orientations retenues ne sont pas d'application immédiate: les accords de principe concernent surtout des orientations et le lancement de projets qui restent à concrétiser. Le « rapport des quatre » (MM. Van Rompuy, Barroso, Draghi et Junker) doit se traduire en propositions opérationnelles d'ici la fin de l'année. La taxe sur les transactions financières doit se concrétiser en un projet entre les États membres participants, ce qui ne sera pas simple. Le système qui permettra aux États membres de ne pas inscrire dans leurs déficits budgétaires certaines catégories d'investissements doit être clarifié par la Commission européenne d'ici la fin de l'année. Le marché unique de l'énergie devrait se concrétiser en 2014. Le brevet européen est débloqué grâce au compromis sur le siège, mais il faudra du temps pour qu'il soit opérationnel. Les mécanismes si difficilement arrachés par Mario Monti pour maîtriser les taux d'intérêt abusifs sur les bons du Trésor de certains États membres doivent être précisés et concrétisés.

Il faudra du temps, du courage et beaucoup de volonté pour aboutir à ce monde plus subtil et intelligent où la spéculation financière sera maîtrisée et qui rendra l'UE plus efficace et plus démocratique.

Le rôle de Mario Monti. J'ajoute quelques mots à propos du coup de théâtre de la nuit de jeudi à vendredi, lorsque le Premier ministre italien a refusé, avec l'appui du Premier ministre espagnol, de souscrire les résultats qui avaient déjà été atteints. Ce n'était pas une surprise pour tous, car M. Hollande et quelques chefs de gouvernement ont ensuite indiqué qu'ils en avaient été informés. M. Monti avait annoncé la veille à Rome qu'il aurait prolongé la discussion jusqu'au dimanche, son objectif étant que l'accord sur l'instrument qu'il demandait soit atteint avant l'ouverture des marchés financiers de ce lundi. Il expliquera ensuite qu'il n'avait pas l'intention d'utiliser ce garde-fou, mais qu'il recherchait « l'effet d'annonce qui pousserait les taux d'intérêt dans le bon sens ». On sait que toute la nuit avait été nécessaire pour que le nouveau mécanisme soit mis au point et accepté en principe.

L'objectif est d'éviter que « le marché » puisse imposer des taux d'intérêt abusifs sur les bons du Trésor d'un pays de l'euro qui respecte ses engagements en matière de déficit budgétaire. Cette condition (le respect des engagements) est essentielle, mais souvent négligée. Aucun pays de la zone euro ne serait protégé par le « mécanisme Monti » s'il ne corrige pas lui-même ses erreurs anciennes et ses lacunes budgétaires.

À mon avis, la position de Mario Monti comporte une lacune sur un point: la terminologie. Au lieu de parler du marché en général, il devrait être plus explicite et dénoncer ouvertement la spéculation financière et les comportements de ceux qui l'exercent. Je reviendrai sur cet aspect, qui n'est pas une question de forme, mais se réfère au fléau qui est en grande partie responsable des déséquilibres actuels et qui doit être combattu en tant que tel.

(FR)

 

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