Bruxelles, 02/07/2012 (Agence Europe) - Les principaux groupes politiques du Parlement européen ont réagi favorablement aux décisions prises par le Conseil européen afin d'affronter l'urgence, notamment sur les capacités accrues des fonds européens de sauvetage (EUROPE n°10645). D'après eux, cela ne devrait pas suffire à résoudre la crise de la dette souveraine, mais juste à gagner encore du temps.
« En adoptant des propositions de la Commission européenne sur la croissance, qui peinait jusque-là à les faire valider, les Vingt-sept ont pris de bonnes décisions. Ces dernières reposent en grande partie sur l'utilisation de fonds existants, afin de financer des investissements nouveaux », déclare le président du groupe PPE, le Français Joseph Daul, dans un communiqué. Son homologue du groupe S&D, l'Autrichien Hannes Swoboda, se félicite de l'action des leaders socio-démocrates visant à adosser la discipline budgétaire à « des mesures concrètes pour promouvoir la croissance et l'emploi ». « Ce sommet a dit adieu à l'alliance 'Merkozy' », lance-t-il, convaincu que l'étroitesse d'esprit conservatrice commence à fléchir en Europe.
Pour le co-président des Verts/ALE, l'Allemand Daniel Cohn-Bendit, le Pacte pour la croissance ne représente en revanche qu'« une goutte d'eau dans l'océan qui en l'état n'apporte guère de ressources ni de solutions nouvelles ». Une relance réelle ne passera que par « un véritable budget européen et la création de ressources propres », estime-t-il. Le groupe GUE/NGL est le plus critique. « Les leaders européens échouent alors que la confiance bornée dans l'austérité persiste », estime son leader, l'Allemand Gabi Zimmer. Il critique les montants « simplement trop faibles » consacrés au Pacte pour la croissance.
UEM. Selon M. Daul, les mesures sur la croissance sont utiles « mais elles ne changent nullement la donne ». Elles constituent juste « une nouvelle bouffée d'oxygène ». « On ne pourra pas attendre dix ans, soit 2022 », pour réaliser l'intégration budgétaire, fiscale et sociale, prévient-il.
M. Swoboda voit d'un bon œil les mesures décidées concernant « les dettes, les taux d'intérêt et les 'spreads' ». Rappelant que les États membres avaient déjà refusé la proposition du PE, il y a deux ans, de réaliser l'union bancaire, il a promis que son groupe ferait tout son possible pour adopter les textes spécfiques que la Commission mettra sur la table après l'été. Néanmoins, l'eurodéputé est d'avis que l'UE devrait sérieusement envisager la mise sur pied d'un « fonds de rédemption » qui permettrait de mettre temporairement (25 ans ?) en commun la dette excessive des pays de la zone euro tout en conservant la responsabilité individuelle de chaque pays sur sa propre dette. Le PE a inclus un amendement réclamant ce fonds dans le paquet législatif '2 pack' complétant le Pacte de stabilité révisé (EUROPE n°10633). « C'est le seul moyen de vaincre les crises à long terme », estime M. Swoboda.
Guy Verhofstadt se félicite particulièrement de la décision d'autoriser les États membres en difficulté à accéder aux fonds européens de sauvetage (FESF, MES) pour injecter des capitaux directement dans leur secteur bancaire. Même chose pour la décision de créer un superviseur unique pour les banques de l'Eurozone. Malgré cela, « les leaders européens ont-ils réellement saisi le besoin de changements encore plus fondamentaux ? », s'interroge le président du groupe ADLE. Selon lui, le temps acheté devra être utilisé à bon escient afin d'élaborer les textes menant à « l'union politique, budgétaire, bancaire et économique ».
De l'avis des Verts, le Conseil européen a pris « les décisions importantes et nécessaires pour éviter l'effondrement de l'euro, mais beaucoup reste à faire pour assurer une sortie de crise ». Il n'y a « pas de proposition allant dans le sens d'une Union économique et fiscale à la hauteur des enjeux », estime l'Allemande Rebecca Harms. Et d'ajouter: « Une véritable supervision des banques au niveau de l'Union européenne par le biais d'un rôle accru de la BCE est un point crucial, à condition qu'elle soit accompagnée d'un véritable contrôle démocratique ». Pour M. Cohn-Bendit, les États membres doivent reconnaître que seule « une Europe fédérale » apportera des solutions durables à la crise, la première étape étant celle « d'une mutualisation de la dette ». Quant au Belge Philippe Lamberts, il s'inquiète « de la capacité réelle du FESF/MES de s'acquitter de ses nouvelles missions en l'absence d'une augmentation de ses moyens ou, mieux, de l'octroi d'une licence bancaire qui lui donnerait accès aux facilités de liquidité de la BCE ».
La GUE/NGL est d'avis que les décisions sur l'union bancaire et les compétences des fonds européens allègeront certes la pression sur certains pays mais les bénéfices attendus seront rognés par des politiques économiques nationales axées sur l'austérité. M. Zimmer pointe aussi du doigt la question de la légitimité démocratique du renforcement de l'UEM, le PE devant, selon lui, au centre des travaux. (MB)