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Bulletin Quotidien Europe N° 10629
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La zone euro ne peut pas renoncer à ses objectifs et à sa politique pour faciliter la tâche de MM. Obama et Cameron

La zone euro n'est pas responsable des difficultés américaines et britanniques. Dans le continent européen, on commence à en avoir assez. La suprématie de la langue anglaise, compréhensible et inéluctable, a eu comme résultat que l'opinion publique continentale a été envahie ce jeudi d'informations en provenance de Londres et des États-Unis (et en partie d'Asie), à propos du comportement des autorités responsables de la gestion de l'euro. On dirait, à les lire, que si le monde est en difficulté, la responsabilité leur revient. Que cela soit clair: la presse et les autres moyens d'information américains et britanniques font leur métier, et très bien ; ils sont vraiment libres, font preuve de courage lorsqu'il en faut et n'hésitent jamais à critiquer la classe politique de leur pays. Je ne me réfère donc ni aux commentaires, ni aux sources d'information d'Outre-Manche ou d'Outre-Atlantique, mais à la place qui a été faite dans la presse continentale aux positions de MM. Obama et Cameron dans les affaires de l'euro, sans que les positions et les explications des organes communautaires responsables de la gestion de la monnaie unique (dont les Britanniques, on le sait, ne font pas partie) aient reçu un accueil analogue (peut-être pour des raisons d'espace ou d'horaire).

Ce que prétendent MM. Obama et Cameron. Les moyens d'information continentaux de ce jeudi étaient donc remplis de critiques des milieux politiques américains et britanniques sur le comportement des autorités responsables de l'euro: une avalanche d'accusations, à l'encontre de l'Allemagne en particulier. Voici comment le quotidien de Bruxelles le plus lu (Le Soir) a rendu compte des événements: « Barack Obama et David Cameron demandent à l'UE de cesser de tergiverser et de se mettre d'accord sur un plan immédiat pour sortir de la crise (…) MM. Obama et Cameron, qui craignent les retombées d'une aggravation de la crise européenne sur leurs économies et sur leur institutions financières, veulent des actes. » Une porte-parole britannique a déclaré que MM. Obama et Cameron « sont tombés d'accord sur la nécessité d'un plan immédiat pour résoudre la crise et restaurer la confiance des marchés, ainsi que sur une stratégie à long terme pour assurer l'existence d'une monnaie unique forte ». En outre, M. Obama a contacté par téléphone M. Monti et Mme Merkel ; M. Cameron rencontre ce jeudi la chancelière allemande et réclame que le Mécanisme européen de stabilité (MES) soit doté des moyens suffisants et non seulement des 500 milliards d'euros prévus. À se demander pourquoi lui et M. Obama ne réclament pas leur place dans la gestion de l'euro. Un commentateur s'est demandé ce matin si le premier souci des chefs américain et britannique n'était pas surtout d'améliorer les sondages, en désignant comme responsable de leur faible cote de popularité la gestion de l'euro…

Les réponses de Mario Draghi. Le président de la BCE a reconnu que la situation est grave (mais pas autant, à son avis, que lors de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers qui avait suscité la crise financière de 2008) et que la zone euro a sans doute ses responsabilités. Mais avec d'autres pays: les États-Unis, par exemple, en raison de leur endettement. Au prochain G20 de Mexico, chaque pays devra reconnaître ses propres difficultés et sa part de responsabilités, en vue d'un engagement global de collaboration internationale. Par ailleurs, selon M. Draghi, les responsabilités de l'UE ne relèvent pas toujours de la gestion monétaire: « La politique monétaire ne peut pas compenser l'inertie d'autres institutions. » Pour expliquer ces phrases du président de la BCE, quelques observateurs ont rappelé qu'aux États-Unis le chômage est au taux de 8,2%, niveau auquel aucun président n'a jamais été réélu. En Grande-Bretagne, M. Cameron a dans les sondages 15 points de retard sur son rival travailliste Ed Miliband. Et surtout, sans la fuite spéculative d'argent de la zone euro vers Londres, les taux des Bons du Trésor britanniques seraient beaucoup plus élevés ; c'est l'attitude de la City de Londres, en permanence contre la monnaie unique, qui sauve ce taux.

Les responsables de la zone euro continuent à considérer que leurs pays trop endettés doivent réduire radicalement, et à un rythme rapide, leur endettement. Cette zone poursuivra et augmentera ses efforts pour respecter le parallélisme entre les redressements budgétaires et la relance économique. Elle ne renoncera à aucune de ces deux exigences pour rendre service aux difficultés internes de MM. Obama et Cameron.

(FR)

 

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