Pourquoi inéluctable ? Pourquoi la sortie de la Grèce de la zone euro paraît inéluctable ? Parce qu'elle n'est pas en mesure d'en respecter les disciplines. Son comportement a coûté très cher à la gestion de l'euro et, pourtant, rien n'a vraiment changé. La Grèce a reçu l'équivalent de 80 000 euros par famille ; mais, selon les experts, «ils ont été donnés et reçus tellement mal que la crise s'est aggravée». On a constaté récemment dans le pays un certain nombre d'initiatives positives, mais les conditions pour une participation normale à l'euro restent lointaines. Le respect des engagements souscrits continue à représenter, pour les autorités de la zone euro, la condition indispensable pour recevoir les financements ultérieurs. Le calendrier convenu pourrait être allégé ; mais ce ne serait pas suffisant. Les missions de la Commission européenne et du FMI, ainsi que les résultats des élections du 6 mai et les nombreuses enquêtes sur place, aboutissent à la même conclusion: la Grèce ne respectera pas ses engagements. Rien n'est décidé formellement, mais c'est bien l'abandon par la Grèce de l'euro que les responsables de la zone préparent, même si cet abandon ne serait pas définitif.
L'extrême gauche grecque veut « tout renégocier » avec l'UE. Avant de rédiger ce commentaire, j'ai attendu qu'un responsable de Syriza, le parti d'extrême gauche arrivé deuxième aux élections du 6 mai, s'exprime. L'interview de la parlementaire Rena Dourou est explicite. Elle réclame « un changement radical de la politique économique et monétaire européenne ». Mme Dourou démolit la bureaucratie telle qu'elle existe dans son pays depuis quarante années sous l'égide des partis au pouvoir (Pasok et Nouvelle démocratie) et réclame des mesures permettant de « restaurer la confiance entre les jeunes entrepreneurs et l'État, sapée par la corruption: si le jeune entrepreneur sait qu'il n'a pas à verser des pots-de-vin à tout bout de champ, cela changera radicalement le climat… L'État grec actuel est fondé sur le clientélisme et la corruption économique ». Ces revendications ne concernent pas l'UE. Il s'agit de transformations internes qui relèvent de décisions nationales. Si la situation en Grèce évolue, l'UE en tiendra compte. Mais sur l'aspect concernant l'UE, Mme Dourou est tout aussi explicite: elle rejette le Mémorandum souscrit par son pays et par les créanciers institutionnels à propos des conditions de la poursuite des financements européens. Elle a déclaré: «Dès le début, notre parti Syriza a répété que la Grèce doit se débarrasser du Mémorandum menant à la catastrophe la société grecque et la zone euro (…) Nous revendiquons de tout renégocier ».
Sur le point de savoir si l'État doit maigrir, elle a répondu: « Je constate des manques criants de personnel dans les hôpitaux ou l'éducation. En même temps, le Mémorandum impose 150 000 suppressions d'emplois publics. Pasok et ND affectent des gens dans des bureaux, loin des besoins des gens. Ce favoritisme politique a ruiné les finances publiques ». À première vue, des questions essentielles (réduction du nombre des fonctionnaires, cadastre à créer, guerre à l'évasion fiscale, etc.) n'ont pas eu de réponse.
Il revient au peuple grec de décider d'ici deux semaines quelles forces politiques dirigeront le pays. Mais pour les responsables de la gestion de l'euro, l'essentiel est de savoir si la Grèce est en mesure de respecter les règles de la zone ; il faut éviter que tout le système explose.
L'opinion d'un protagoniste. Il faut rester prudent et même se méfier des confidences: ce sont parfois des ballons d'essai visant à lancer l'une ou l'autre idée personnelle ; le nombre des indiscrétions qui ne durent qu'une journée est incommensurable. Je préfère reprendre quelques phrases de Philippe Maystadt qui, pendant dix ans, a fait de la BEI un instrument-clé de la relance économique envisagée et qui, s'étant retiré, peut aujourd'hui s'exprimer librement. À son avis (interview de la semaine dernière à Le Soir), si la Grèce confirmait ses engagements, il faudrait « revoir le calendrier de l'assainissement budgétaire, qui est un peu trop serré, et restructurer le remboursement de la dette, qui doit être étalé dans le temps (…) Mais on ne peut pas renoncer à ce que la Grèce fasse les reformes qu'elle doit faire même si elle était hors de la zone euro: le cadastre, la collecte d'impôts, les privilèges injustifiés. Et on doit imposer que les salaires n'augmentent pas plus que la productivité. »
M. Maystadt a ajouté que, même si le 17 juin les Grecs votent contre les réformes, « il sera utile que l'UE annonce fin juin un pacte de croissance approuvé par les chefs d'État et de gouvernement. Cette simple annonce limiterait très fort les risques de contagion. J'en suis convaincu et je ne suis pas le seul ».
Cette semaine, plusieurs péripéties, parfois très vives, ont perturbé le dossier grec avec des répercussions en Europe. Cette rubrique y reviendra.
(FR)