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Bulletin Quotidien Europe N° 10618
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) tunisie

L'aide politiquement conditionnée à la liberté de presse

Bruxelles, 22/05/2012 (Agence Europe) - Selon des informations non confirmées à Bruxelles, Bernardino León, Représentant spécial pour la région du Sud de la Méditerranée, se rendrait bientôt à Tunis pour une « explication franche » avec le gouvernement tunisien au sujet de la liberté des médias. Ces informations sont plausibles compte tenu de la polémique née de déclarations le 7 mai, par l'ambassadeur européen à Tunis, Adrianus Koestenruijter, selon lesquelles l'UE, associée à d'autres bailleurs de fonds conditionnera son aide à la garantie de liberté pour les médias. Dans les déclarations de son ambassadeur à Tunis, l'UE et les autres bailleurs de fonds soutenant la Tunisie [M. Kostenrujter a cité la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale] ont exigé du gouvernement (dirigé par les islamistes d'Ennahda) « l'application des décrets, en rapport avec la liberté de l'information et de la communication, comme préalable à l'octroi des dons et des aides à la Tunisie ». « Cette exigence concerne le don de 100 millions d'euros de l'UE ainsi que le prêt d'un milliard de dollars, partagé entre la BAD et la Banque mondiale pour soutenir les finances de l'État en 2012 », a précisé l'ambassadeur. Reprises par plusieurs médias du pays et abondamment commentées, ces déclarations sont niées par l'intéressé mais non démenties sur le fond.

Dans une réaction diffusée par la télévision tunisienne, le secrétaire d'État aux Affaires européennes. Touhami Abdouli, les a rejetés mettant en avant le devoir de respecter la souveraineté du pays.

Sollicité par EUROPE, l'ambassadeur (qui achève bientôt son mandat, remplacé par Laura Baeza, jusqu'à présent en poste à Alger) rappelle que « cette politique rentre dans notre dialogue sur la bonne gouvernance qui est sujet aux appuis financiers ». Il confirme ainsi la conditionnalité politique citée mais précise que l'UE n'en a pas « aujourd'hui l'intention ».

Pour l'instant, nous a-t-il dit, l'UE a « doublé les efforts et les décaissements financiers pour la Tunisie » (depuis 2011). « Les secteurs concernent tous les secteurs en transition (par exemple, la gestion de l'économie, la justice, la sécurité, l'éducation, le processus démocratique) et le renforcement de l'économie en général avec un accent fort sur le développement des régions pauvres du pays. Et nous avons aussi cherché à soutenir la société civile et ses organisations partout dans le pays ». Il y a certes, nous a-t-il dit, une « grande liberté d'expression, certainement en comparaison avec la situation avant la révolution mais il y a aussi des actes violents dans la société contre les journalistes, notamment contre les femmes, qui risquent de provoquer éventuellement à nouveau une attitude d'autocensure chez des journalistes. Si cela devrait se confirmer ce serait un sérieux retour en arrière et un désengagement au regard des valeurs de la révolution de 2011 ».

Le gouvernement tunisien s'en était ému, d'autant que les propos du chef de la mission européenne « coïncidaient avec une déclaration américaine qui 'menace' de suspendre toute aide américaine si le gouvernement tunisien ne respecte pas les principes de liberté de la presse ».

Dans une déclaration, fin avril, l'INRIC (Instance Nationale de Réforme des Médias et de la Communication,) avait pointé du doigt « l'indifférence » du gouvernement et « l'absence d'un dialogue sérieux » et ses « tentatives de restaurer une mainmise sur le secteur de l'information ». (FB)

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