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Bulletin Quotidien Europe N° 10618
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La Grèce et l'euro: ni le chantage politique, ni les manœuvres du monde de la finance ne doivent détourner le débat - Respect de la démocratie

Attitudes compréhensibles. Il est justifié, compréhensible et même sage que Jean-Claude Junker, président de l'Eurogroupe, continue à démentir vigoureusement l'hypothèse que la Grèce puisse sortir de la zone euro et qu'il utilise des termes vifs, voire désagréables, à l'égard de ceux qui ne partagent pas son opinion. C'est son devoir pour plusieurs raisons, dont notamment le fait que la sortie grecque ne serait possible que début juillet et qu'elle doit de toute manière être soigneusement préparée. Compte tenu de ce qui a été dévoilé à propos des analyses en cours pour faire face à cette éventualité (voir plus loin), j'estime que l'attitude la plus raisonnable est celle de Mme Merkel (qui samedi dernier, à l'issue de la réunion du G8, avait eu un entretien bilatéral avec Obama): « Il faut arrêter de dire que la Grèce pourrait sortir de l'euro, arrêter d'en parler, ne pas augmenter le bruit de fond, ne pas confondre les idées aux électeurs grecs, aux contribuables allemands, aux épargnants italiens. Le mieux, c'est le silence. »

Les raisons d'un journaliste. On pourrait alors me demander pourquoi je ne suis pas moi-même le sage conseil de Mme Merkel. Ma réponse est double: a) mon opinion n'as pas d'influence sur les évènements, alors que toute déclaration de la chancelière allemande ou du président de l'Eurogroupe ont un écho et une influence immédiats ; b) ma tâche est de m'informer et d'exprimer une opinion.

Quant aux arguments qui m'amènent à prévoir la sortie grecque de la zone euro, je peux en faire un catalogue. Le voici en partie:

1. Un verdict populaire. On ne peut pas accepter les résultats d'une élection lorsqu'ils sont favorables à ses propres convictions et les négliger dans le cas contraire. Respectons la démocratie, les Grecs ont clairement rejeté les engagements que leur gouvernement avait souscrits avec l'UE et le FMI ; il faut s'incliner devant ce verdict populaire. La Commission européenne et l'essentiel des pays de la zone euro l'ont fermement confirmé. La possibilité de quelques ajustements est parfois évoquée, concernant essentiellement le calendrier financier ; mais l'exigence de l'effort grec requis est réaffirmée.

2. Nouvelle votation. L'impossibilité de former à Athènes un gouvernement alternatif impose que les Grecs votent à nouveau le 17 juin. Les experts indiquent toutefois que le résultat ne changera pas beaucoup. Or, toutes les sources européennes et le FMI ont réaffirmé qu'il est impératif que la Grèce respecte ses engagements. Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, a déclaré: « Celui qui affirme que les efforts de redressement peuvent ne pas être respectés ment au peuple hellénique. » Les autorités européennes et celles des principaux États membres doivent donc se préparer à l'évolution et c'est ce qu'elles font (voir le point suivant). Et bien entendu, le monde de la finance spéculative s'agite et en profite.

3. La réflexion allemande. Après quelques vains efforts pour cacher l'existence d'analyses sur la manière de faire face à un échec de la Grèce, les autorités allemandes ont admis que des études à cet égard sont en cours. Schäuble a déclaré que l'exécutif allemand serait un « drôle de gouvernement » s'il ne se préparait pas à faire face aux situations d'urgence (tout en indiquant que le groupe de travail qui s'en occupe est séparé de son ministère).

Premiers résultats des réflexions en cours (c'est toujours le ministre qui parle): a) la Grèce ne devrait pas sortir de l'UE, quoi qu'en pensent certains juristes, et les soutiens communautaire à son économie seraient développés ; b) la sortie éventuelle devrait se réaliser après le premier juillet, lorsque les Fonds européens de sauvetage seraient entièrement disponibles ; c) le retour ultérieur de la Grèce dans la zone euro ne serait pas exclu. D'autres considérations relèvent de la technique financière: traitement des titres grecs que possède la BCE en euros, modalités du rétablissement de la drachme, etc.

4. Les vraies victimes. Les premiers perdants du comportement de la Grèce sont les autres pays de la zone euro et leurs populations, car chaque soubresaut en Grèce se répercute sur la situation financière des autres pays en difficulté budgétaire et la spéculation se déchaîne. Il est incompréhensible, voire irresponsable, que des personnalités politiques et des commentateurs adoptent des positions qui réclament l'indulgence permanente à l'égard du comportement de la Grèce, alors que les victimes de ses défaillances sont les populations d'autres États membres et les grands bénéficiaires en sont les spéculateurs financiers.

5. Des chiffres hallucinants. Le coût des défaillances grecques n'est nulle part officiellement indiqué, mais les chiffres qui circulent font forte impression, même en admettant qu'ils soient en partie exagérés. Le dernier numéro de l'hebdomadaire français « Le Nouvel Observateur » affirme: « Chaque européen a déjà prêté l'équivalent de 600 euros à la Grèce. » D'autres sources font des calculs différents et les résultats sont tout autant impressionnants, par exemple en calculant non pas le coût pour les autres, mais ce que chaque citoyen grec aurait reçu si le soutien à son pays lui avait été versé directement, au lieu d'être englouti pour l'essentiel par la spéculation internationale.

Le monde de l'information a aussi ses responsabilités, en répercutant de manière presque automatique ce que le monde de la finance veut bien lui suggérer. Je cite cette remarque du dernier livre de Jean Quatremer: « Il est dans l'intérêt de certains acteurs des marchés financiers d'accroître la panique et donc que la presse valide une version alarmiste des faits, afin de valider leurs paris et d'encaisser de substantiels profits. »

6. Et les efforts de la Grèce ? Il ne semble pas que le pays concerné ait accompli des efforts efficaces pour redresser sa situation et pour faire face à ses engagements. On constate à présent plusieurs initiatives intéressantes, visant la relance du tourisme, la simplification administrative, la production agricole. Mais les enquêtes des journalistes envoyés sur place, et surtout les analyses du bataillon de fonctionnaires dépêchés par la Commission européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne, ont constaté en même temps: a) l'insuffisance et parfois l'absence totale des transformations attendues ; b) l'impression qu'une partie de la population a touché les limites de ce qu'elle peut supporter. Certains comportements ont dépassé en négatif les confins de ce qui aurait été raisonnable, par exemple en matière de hausse des salaires et de gonflement de la fonction publique. En même temps, les progrès en matière de lutte contre l'évasion fiscale ne sont pas du tout évidents. Des problèmes spécifiques se sont ajoutés, comme les fournitures de pétrole en provenance d'Iran qui pourraient être interrompues et qui n'ont pas été payées depuis quelques années.

Le soutien de l'UE subsisterait en changeant de nature. Les autorités communautaires et celles des États membres impliqués sont unanimes pour affirmer que la zone euro fera face à ses engagements si la Grèce en fait autant de son côté. Les déclarations de MM. Barroso et Van Rompuy (en partie individuelles, en partie communes), ainsi que celles des autorités nationales, sont pour l'essentiel unanimes: le lien entre le soutien de la zone euro tel que prévu est subordonné au respect par la Grèce de ses engagements. Ce cordon est clairement affirmé. Plusieurs observateurs estiment que quelques allégements pourraient être envisagés ; mais aucune renégociation globale comme la réclame le principal gagnant des élections grecques récentes, Alexis Tsipras, n'est envisageable.

En résumé: la position de l'UE est ferme. En Allemagne, on souligne que la zone euro s'est consolidée et qu'elle est actuellement en mesure de faire face à toutes les hypothèses. Les complications d'une sortie éventuelle de la Grèce seraient nombreuses et il faudrait du temps pour y faire face. Mais si elle est inévitable, on devra l'affronter. Toutefois, certains chefs de gouvernement estiment qu'on pourra encore l'éviter: MM. Hollande et Monti l'on dit clairement.

La Grèce restera de toute manière un pays de l'UE, avec les soutiens et les avantages implicites.

(FR)

 

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