Bruxelles, 22/05/2012 (Agence Europe) - Un dîner informel, ce mercredi 23 mai, en préparation du Conseil européen de juin, pour parler « sans tabous » de croissance, emploi et investissements: Conseil et Commission ont expliqué mardi 22 mai au Parlement européen ce qu'ils attendent de ces échéances, et les parlementaires ont réagi parfois vivement.
Nous défendons une approche double, misant à la fois sur la discipline et la croissance, a confirmé au nom du Conseil le ministre danois des Affaires européennes, Nicolai Wammen, en précisant qu'il s'agit maintenant de prendre des mesures concrètes favorisant la croissance, en agissant sur plusieurs plans: des budgets davantage ciblés sur la croissance, y compris le budget de cohésion, la recherche d'une consolidation budgétaire laissant une marge suffisante pour la reprise économique, le développement de la politique économique extérieure par une meilleure utilisation des partenariats stratégiques, la mobilisation de la BEI pour soutenir les PME et les projets d'infrastructure. Il a rappelé aussi l'accord sur une « phase pilote des project bonds » (voir autre nouvelle)
La Commission européenne, a annoncé Olli Rehn, commissaire aux Affaires économiques, va présenter le 30 mai des recommandations pour l'Union dans son ensemble et par pays, avec un paquet de croissance fondé sur la durabilité à long terme et prenant en considération les caractéristiques de chacun. M. Rehn plaide aussi pour que les États membres donnent à la Commission un mandat pour des négociations sur la fraude fiscale (deux États sur vingt-sept bloquent à ce jour cette initiative) ainsi que pour des négociations commerciales avec les pays tiers afin de mieux profiter des chances qu'offre l'économie mondiale (les exportations vers les pays tiers ont baissé de 20% en 2011, a-t-il rappelé).
Euro-obligations liées aux projets, développement de sources énergétiques renouvelables, initiatives permettant aux pays qui sont « pénalisés par l'ère numérique » de pouvoir en profiter pleinement: Olli Rehn veut également agir dans ces domaines. Sans oublier la lutte contre le chômage et la création d'emplois. Un mot sur la Grèce: elle fait partie de la famille européenne et de la zone euro, si le moment est difficile, la Commission confirme toute la solidarité de l'Union et invite les Grecs à faire un choix responsable lors des prochaines élections.
Si tous sont d'accord sur la nécessité de relancer la croissance, la façon d'y arriver divise les élus. Au nom du groupe PPE, la Néerlandaise Corien Worthmann-Kool a insisté sur des réformes susceptibles d'assainir la base même des économies européennes, sur l'innovation et l'allègement de la bureaucratie, ainsi que sur des objectifs contraignants pour lutter contre le chômage des jeunes. Contre « l'énorme catastrophe » du chômage, l'Autrichien Johannes Swoboda, président du groupe S&D, souhaite un rôle accru de la BEI, une taxe sur les transactions financière, la réduction du coût du crédit, le lancement d'euro-obligations. Les socialistes européens, a précisé M. Swoboda en conférence de presse, suggèrent d'assouplir le calendrier du retour des déficits des États membres sous la barre des 3% du PIB, pour tenir compte de la récession, en insistant sur le fait qu'il ne s'agit que de reporter le délai pour atteindre cet objectif, sans le mettre en question.
C'est le 18ème Conseil extraordinaire depuis le début de la crise, constate le président du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, et pourtant la situation a empiré et, après la Grèce (qui ne représente que 2% du RNB européen), ce sont maintenant la troisième et la quatrième économie de l'Union, Italie et Espagne, qui sont en danger. Il a réclamé une initiative de la Commission européenne sur trois plans: - mutualisation de la dette avec un fond de rédemption permanent pour permettre aux taux d'intérêt de baisser ; - lancement d'un plan de croissance concret ; - décision sur les 'project bonds', mais avec un financement suffisant: « Vous proposez 230 millions, c'est de milliards dont nous avons besoin », s'est-il écrié.
C'est le traitement infligé à la Grèce qui indigne la co-présidente du groupe Verts/ALE, l'Allemande Rebecca Harms. Pour elle, le Conseil européen doit parler ouvertement des fautes commises dans le passé et donner à la Grèce davantage de temps pour stabiliser sa situation. La Grèce doit rester dans la zone euro, affirme-t-elle. Le Belge Philippe Lambert, dans le même groupe, accuse le commissaire Karel De Gucht, avec ses propos sur une sortie de la Grèce de la zone euro, d'avoir contribué à la « panique bancaire » récemment connue par ce pays.
Pour les eurosceptiques britanniques, la sortie de la crise ne réside pas dans un renforcement de l'intervention de l'État. Au nom du groupe CRE, Martin Callanan mise sur la dérégulation, un commerce extérieur fort et la compétitivité. Nigel Farage, au nom du groupe EDF, va plus loin, en souhaitant carrément la fin de la zone euro.
L'Allemande Gabriele Zimmer (au nom du groupe GUE/NGL) a dénoncé la « recette inhumaine » appliquée par le Conseil et Commission, et défendu plutôt le « modèle Hollande » de croissance plutôt que le « modèle Merkel ».
Pervenche Berès (S&D, française) a défendu la « fenêtre d'opportunité » qu'offre le président français, mais en précisant qu'en Europe, il n'existe pas de modèle unique. « Nous sommes une union dans la diversité », a-t-elle dit. Pour elle, la stratégie de croissance ne peut se fonder exclusivement sur le développement du marché intérieur, mais doit comprendre une véritable politique industrielle.
Le Français Jean-Pierre Audy (PPE) a regretté une des conséquences de l'introduction de la présidence stable: depuis cette innovation, nous ne voyons pas assez M. Van Rompuy, mais nous avons moins de contacts avec les représentants des gouvernements, a-t-il constaté. Sur le fond, pour dégager des fonds pour la croissance, il propose un audit sur l'efficacité de la dépense publique, avec la participation des institutions européennes et des parlements nationaux
Le commissaire au Marché intérieur Michel Barnier a souligné enfin la « situation paradoxale du marché unique, à la fois première victime de la crise et premier atout pour en sortir ». La Commission propose depuis des mois des mesures formant « le corps de ce qui pourrait être l'initiative de croissance » (quarante propositions). M. Barnier aimerait que l'on retrouve l'audace des fondateurs de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier), en lançant par exemple un livret d'épargne européen et en assurant la sauvegarde des technologies stratégiques sur lesquelles l'Union doit défendre son indépendance. « Qu'est-ce qui a cassé la croissance ? », s'interroge M. Barnier, en mettant en cause « certains banquiers qui n'ont toujours rien compris », en donnant une image caricaturale du libéralisme. Les marchés financiers doivent se fonder sur des bases saines ; ils doivent travailler, a conclu M. Barnier, pour l'économie réelle. (LG)