Bruxelles, 25/04/2012 (Agence Europe) - Le président de la BCE Mario Draghi verrait d'un bon œil la mise sur pied d'« un pacte pour la croissance » sur la base de l'actuel pacte budgétaire afin de stimuler les réformes structurelles tout en poursuivant la consolidation budgétaire. « Nous avons un pacte budgétaire. (…) Nous devons revenir en arrière et en faire un pacte pour la croissance », a-t-il déclaré mercredi 25 avril lors d'un dialogue monétaire avec les eurodéputés de la commission des Affaires économiques et monétaires. Cette affirmation donne des arguments aux détracteurs de politiques économiques qui seraient uniquement basées sur l'austérité des dépenses publiques, comme le candidat socialiste François Hollande, à la lutte avec le président sortant Nicolas Sarkozy dans les élections présidentielles en France.
Mario Draghi arrive « un peu tard », a réagi le président du PE Martin Schulz, en rappelant les appels incessants du Parlement européen en faveur d'une véritable stratégie européenne pour la croissance. L'impression qui ressort des Conseils européens, c'est que l'assainissement des finances publiques est « obligatoire » alors que les investissements pour la croissance le sont moins, a-t-il considéré, sans remettre en cause la « discipline budgétaire ». Selon lui, « le budget européen » doit servir à cofinancer les investissements dans les secteurs d'avenir comme « les énergies renouvelables, la politique régionale, les réseaux transeuropéens, les technologies d'information ». Même son de cloche du côté de la Commission européenne. « La réponse, c'est la croissance », a souligné son président José Manuel Durão Barroso, convaincu que des mesures pour la croissance doivent « compléter » la consolidation budgétaire.
Sylvie Goulard (ADLE, française) a estimé que la difficulté de nombreux États membres à atteindre leurs objectifs budgétaires, tels que l'Espagne ou les Pays-Bas, crée un débat. M. Draghi n'a pas nié que l'austérité a un effet récessif à court terme. Mais, selon lui, celle-ci est incontournable pour convaincre les marchés d'acheter à nouveau de la dette souveraine de pays de l'Eurozone.
LTRO. M. Draghi a fait le point sur les deux opérations 'LTRO' d'injection massive (1000 milliards d'euros) de liquidités au secteur bancaire, à 3 ans et à des taux d'intérêt minimes. L'objectif affiché visait à encourager les banques y faisant appel à renforcer leurs bilans, à investir dans les obligations souveraines et à prêter davantage à l'économie réelle. « Crucial », ce dernier point a constistué « la motivation principale de la BCE », a assuré l'ancien gouverneur de la Banca d'Italia. Notant qu'un nombre « très élevé » de petites banques locales avaient participé aux opérations, il s'est dit « confiant » que les liquidités de la BCE se sont rapprochées de l'économie réelle, sans provoquer de poussée inflationniste.
La BCE a d'ailleurs publié, mercredi, sa nouvelle étude trimestrielle sur l'octroi de crédit dans l'Eurozone qui montre que les conditions de crédit continuent à se resserrer, mais à un rythme moindre que les trimestres précédents. Cette détente observée au 1er trimestre 2012 s'explique principalement par la baisse des pressions sur les banques de la région. L'étude montre notamment que le recul de la demande de crédit, important au 1er trimestre, provient essentiellement de la baisse des demandes de prêts des entreprises non financières (-30%), des prêts immobiliers des ménages (-43%) et de crédits à la consommation (-26%). Les banques s'attendent à ce que le phénomène de resserrement du crédit ralentisse encore au 2ème trimestre 2012.
Dette souveraine. Comment éviter une fragmentation nationale des marchés de dette souveraine, a demandé Mme Goulard. Sans nier ce phénomène, M. Draghi a estimé que les opérations 'LTRO' avaient au moins permis que les banques recommencent à acquérir de la dette souveraine, la décision d'investir leur appartenant exclusivement. Il a rappelé que le programme de rachat de titres souverains de l'Institut de Francfort « existe sans être éternel ni infini », saluant au passage les efforts entrepris en Espagne. Il a souligné l'importance pour la BCE d'agir dans la limite de son mandat défini par le traité, qui interdit le financement direct des États membres, afin de préserver « sa crédibilité », « l'une des dernières choses restantes »...
Déséquilibres macroéconomiques. M. Draghi a fustigé l'accumulation, ces dernières années, de « déséquilibres macroéconomiques très importants » au sein de la zone euro nés « d'une discipline budgétaire insuffisante, d'excès financiers, de l'échec à mettre en œuvre les réformes structurelles, particulièrement mais pas exclusivement des marchés du travail, et de pertes importantes de compétitivité ». Cette situation requiert un ajustement « urgent et résolu » mais ce n'est pas à la BCE d'en prendre la responsabilité car elle n'a pas pour vocation d'affronter les disparités entre États au sein l'Eurozone, a-t-il souligné. Il a appelé les États membres à agir pour remédier aux « faiblesses » observées dans les domaines « budgétaire, financier et structurel », notamment en stimulant la création d'entreprises. « Sur ce point, les gouvernements doivent être plus ambitieux », a-t-il souligné. Au niveau européen, le président de la BCE a insisté sur la nécessité de disposer d'un cadre institutionnel fort pour les politiques monétaire et économique. « S'assurer de la compétitivité de tous les pays de la zone euro devrait être considéré comme une responsabilité conjointe », notamment en raison de l'impact d'une politique nationale sur les autres pays de la zone. (MB)