Bruxelles, 31/01/2012 (Agence Europe) - Mettant de nouveau en garde, au Forum de Davos, contre la tentation de conclure des accords commerciaux sur une base bilatérale plutôt que multilatérale, le patron de l'OMC Pascal Lamy a déploré le manque de volonté politique pour conclure le round de Doha.
Un mois après avoir entériné, lors de la dernière conférence ministérielle de l'OMC, en décembre 2011 à Genève, le constat d'impasse des pourparlers de Doha depuis l'été 2008, les ministres du Commerce des principaux pays acteurs du round ont évoqué le dossier la semaine dernière, en marge du Forum de Davos, et affiché un optimisme prudent quant à la possibilité d'insuffler rapidement un nouvel élan. Le patron de l'OMC Pascal Lamy n'a, lui, pas caché son agacement devant l'absence de volonté politique à aller de l'avant pour conclure Doha. « Les petits pays sont en situation de désavantage dans des négociations bilatérales par rapport à un cadre multilatéral », a-t-il expliqué le 26 janvier, en réponse aux appels de dirigeants présents à Davos à privilégier la voie bilatérale. Tel le premier ministre britannique David Cameron qui, le jour même, encourageait l'UE à « conclure des accords bilatéraux plutôt que d'essayer d'impliquer tout le monde en même temps ». Les gains résultant de ce genre d'accords sont « marginaux », a insisté M. Lamy, soulignant que leur conclusion sera, en outre, loin d'être facile, comme l'illustre l'accord négocié par l'Europe avec le Mercosur, sans succès à ce stade. « Il faut beaucoup d'énergie politique pour faire des choses multilatérales et cette énergie n'est tout simplement pas disponible. Elle est rare, tout comme elle l'est en matière de lutte contre le changement climatique », déplorait-il encore le 28 janvier. « Au lieu de se concentrer sur les négociations de l'OMC, les gouvernements concentrent leurs énergies sur des accords bilatéraux ou régionaux », ajoutait-il, prévenant que l'OMC va maintenant rester en mode silence, tenter de faire avancer les choses et de rétablir la confiance nécessaire pour s'attaquer aux grands problèmes.
Aucune idée nouvelle, aucun engagement nouveau n'a émergé de Davos, où les ministres présents ont semblé camper sur leurs positions. Ainsi, le représentant américain au Commerce Ron Kirk a promis que son pays ne renonçait pas au round de Doha, mais répété qu'il était nécessaire d'explorer de nouvelles façons d'aller de l'avant, et souligné qu'en réalité, il était plus facile de négocier des accords bilatéraux. Karel De Gucht a de son côté insisté sur un « blocage politique » au sein même de l'OMC, où les nations émergentes sont désormais des « acteurs majeurs », sous entendant ainsi qu'elles devaient assumer leurs responsabilités à l'échelle globale. Également présents à Davos, le Sud-africain Rob Davies, le Brésilien Alessandro Teixeira et l'Indien Anand Sharma n'ont pas manqué de réaffirmer leur déception relative à l'impasse des pourparlers multilatéraux, insistant sur la nécessité de résister au protectionnisme, et sur celle, pour les pays riches, d'éliminer leurs subventions, dans l'agriculture, qui continuent à compromettre les perspectives des pays en voie de développement, notamment les moins développés d'entre eux. L'Australien Craig Emerson, lui, reste optimiste: « Doha n'est pas mort. Je pense qu'il y a assez de vie dans le round pour persister ». (EH)