Paris, 29/11/2011 (Agence Europe) - Nous ne pouvons pas désigner un seul coupable pour la crise que nous connaissons aujourd'hui et pour la « panique généralisée » qui s'en suit, mais les dirigeants européens ont tout autant leur part de responsabilité en n'agissant pas suffisamment vite. Le système qui a été construit autour de l'union monétaire est biaisé dans sa construction actuelle, car il ne dispose pas de réelle gouvernance économique, a déclaré Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, à l'occasion de la réunion extraordinaire du groupe II (Groupe des travailleurs) du Comité économique et social européen (CESE), qui s'est tenue à Paris mardi 29 novembre.
L'Union économique et monétaire doit pouvoir avancer plus loin dans l'intégration et « accroître et sa personnalité et les moyens dont elle dispose », à travers le mécanisme de coopération renforcée par exemple, a ainsi suggéré M. Delors. Ceci permettrait de ne pas devoir recourir à un consensus au niveau des 27 pour chaque initiative et de créer notamment « un instrument financier de régulation » pour la zone euro. La « différenciation entre la zone euro et les 27 » est inévitable et indispensable pour que l'UE « puisse fonctionner ». Cette distinction « aurait dû être faite depuis longtemps », mais ne pas faire la faire est « commode et permet de ne pas mettre en colère les dix qui ne sont pas dans l'Union économique et monétaire », a déploré Jacques Delors.
Aujourd'hui, « personne ne maîtrise plus rien » et, en même temps, l'union autour de l'euro doit faire face à un double défaut: elle ne dispose pas d'un pilier quant à la stabilité financière (M. Delors a toutefois rejeté l'idée de crée un ministre des Finances de la zone euro, jugeant que le nombre de « présidents » et « haut responsables » est déjà une source suffisante de confusion) et la mission de la Banque centrale européen (BCE) est beaucoup trop restreinte. On a tout autant besoin aujourd'hui de « pompiers » que d'« architectes », afin d'une part de mettre en œuvre des projets, telle que la mutualisation (du moins partielle) de la dette, c'est-à-dire l'émission des euro-obligations par la BCE afin de stabiliser la situation sur les marchées financiers, et d'autre part de construire un système européen qui soit fondé sur « un modèle qui inclut la prévention, les actions communes et les sanctions ».
Or, les dirigeants européens, agissant dans une certaine « cacophonie qui affole les marchés », sont maintenant trop focalisés sur les seules sanctions, même si celles-ci sont indispensables pour faire « des avancées ». La prévention à fait défaut, alors que les signes annonciateurs d'un problème structurel et de dettes souveraines non maitrisées dans certain État étaient déjà visibles en 2005 et 2006. « Il est quand même ahurissant qu'entre eux, les gouverneurs de la Banque centrale ne se soient pas demandés si l'endettement ne devenait pas excessif en Espagne » ou ailleurs, a jugé l'ancien président de la Commission. Finalement, la réponse à la crise actuelle ne peut se faire par des politiques de relance classique de la croissance. Le cas de la Grèce en est la parfaite illustration, une approche décrite par M. Delors comme menant à « mourir guérit ». La relance doit intégrer une forte composante européenne. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui et risque de rendre à terme l'UE impuissante et même menacer l'intégration européenne. (JK)