Bruxelles, 20/09/2011 (Agence Europe) - Aucune information n'a filtré de la visite éclair au siège de la Commission européenne, lundi 19 septembre à Bruxelles, du vice-premier ministre russe Igor Shuvalov, venu s'entretenir avec le commissaire au Commerce Karel De Gucht sur l'adhésion de la Russie à l'OMC, les deux hommes s'étant refusé à tout commentaire. « C'est prématuré », s'est contenté de dire M. Shuvalov à la presse russe. Même son de cloche du côté des services de M. De Gucht.
À trois mois de la 8ème conférence ministérielle de l'OMC, à la mi-décembre à Genève, qui pourrait officialiser l'entrée au sein de l'organisation multilatérale de la dernière grande puissance économique encore non membre, l'optimisme n'est pas vraiment de rigueur. N'en déplaise au patron de l'OMC Pascal Lamy, qui jugeait le 17 septembre « désormais sérieuse » la probabilité d'une adhésion de la Russie d'ici fin 2011.
L'accélération des négociations à l'OMC cet été, stimulée par les accords bilatéraux sur l'accès au marché conclus fin 2010 à l'OMC entre la Russie d'une part, les États-Unis et l'UE d'autre part, n'a en effet pas permis de régler des questions majeures qui doivent encore être résolues, au plan multilatéral comme bilatéral. Même Moscou semble perplexe. « La probabilité de conclure les négociations d'ici à la fin de l'année, comme prévu, est très mince, mais elle existe encore », déclarait vendredi la ministre russe de l'Économie, Elvira Nabioullina, citée par l'agence Interfax, ajoutant: « Pour le moment, il y a encore des chances, mais elles se réduisent de jour en jour ». Au risque que les pourparlers « se poursuivent assez longtemps » par-delà 2011.
Outre l'écueil de la Géorgie, avec laquelle Moscou doit s'accorder, avec la médiation de la Suisse, sur la mise en œuvre de structures douanières communes en Abkhazie et en Ossétie du Sud, deux dossiers importants restent en suspens: d'une part, les mesures sanitaires et phytosanitaires russes, souvent mises en avant pour bloquer l'importation de produits agricoles et de marchandises, d'autre part le régime russe pour l'investissement dans le secteur automobile. Pour protéger un marché automobile prometteur, Moscou a en effet mis sur pied des mesures, comme les réductions de taxes à l'importation pour les pièces détachées, pour pousser les grands groupes mondiaux à fabriquer sur place en partenariat avec des firmes russes, en échange du développement de sites de production en Russie et de l'utilisation de pièces produites sur place.
De son côté, Moscou est formelle. L'adhésion de la Russie à l'OMC sera de nouveau reportée si le différend sur l'assemblage automobile n'est pas réglé au plus vite, a confirmé en fin de semaine dernière le négociateur russe à Genève, Maxime Medvedkov. « Pourtant, il est tout à fait évident que notre position aux négociations reste inchangée. Nous ne sacrifions pas la qualité à la rapidité d'adhésion. Nous n'abandonnons pas la ligne générale et les conditions auxquelles nous entrons dans l'OMC nous importent beaucoup », a-t-il averti, précisant que la question des quotas sur la viande est inévitablement liée au règlement de ce dossier. « Nos partenaires sont au courant puisqu'à l'OMC, il n'y a d'accord sur rien tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout. Nous avons préparé les accords sur la viande, mais ils prendront corps dès que nous serons parvenus à des accords acceptables pour la Russie », a expliqué M. Medvedkov, cité par l'agence Itar-Tass.
Pour le chef du groupe de travail à l'OMC sur l'adhésion russe, l'ambassadeur d'Islande Stefan Johannesson, la conclusion des négociations avec Moscou, lancées en 1993, est techniquement possible cette année, le plan d'achèvement de l'adhésion d'ici décembre, approuvé en juillet, étant en passe d'être accompli grosso modo. Mais les 153 pays membres devront à cette fin adopter le paquet final des accords avec la Russie fin novembre au plus tard. La réunion finale du groupe de travail des 10-11 novembre sera cruciale. (EH)