Relations commerciales à clarifier et à réviser. L'évolution progressive des relations de l'UE avec les États-Unis et la Chine (voir cette rubrique d'hier) représente l'aspect le plus spectaculaire de la transformation du rôle de l'Europe dans le monde: mais une réflexion sur le fonctionnement des relations UE/Afrique est, elle aussi, opportune. La prudence est nécessaire, compte tenu de l'ampleur des liens historiques, politiques et économiques entre les deux parties ; quelques orientations générales peuvent quand même être utiles.
Première exigence: la clarification et la révision des relations commerciales. Cette rubrique a exprimé à plusieurs reprises des perplexités sur les régimes théoriquement établis afin de tenir compte des règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce), qui en réalité ne seront jamais concrétisés comme un ensemble uniforme. Le système convenu fonctionne et se développe partiellement avec l'un ou l'autre pays africain, ou avec des groupes limités de pays ; mais l'Afrique ne représente pas un ensemble uniforme et plusieurs États rejettent les mécanismes envisagés. Défendre ce système représente une bataille d'arrière-garde ; je crois que la Commission européenne avait choisi dès le départ une route erronée ; en fait, plusieurs pays africains développent davantage leurs échanges commerciaux avec la Chine qu'avec l'Europe. Certains éléments de la panoplie institutionnelle soigneusement élaborée ne sont qu'une façade. Le système fonctionne sur le plan bilatéral, mais globalement il doit être adapté aux situations réelles. Je ne crois pas à des formules uniformes applicables de manière globale.
Le PE a réagi à la situation de la Somalie. Que dire, dans ce contexte, du cas spécifique de la Somalie ? Le Parlement européen vient de s'exprimer en dépassant largement les simples appels à soulager la situation dramatique de la population, surtout des enfants et des femmes victimes de la sécheresse et de la famine. La résolution que le PE a adoptée à l'unanimité dénonce les responsabilités. Il constitue (je cite notre bulletin n° 10453) « un réquisitoire sans appel contre les actions du mouvement islamiste des Chebab qui entrave l'action humanitaire », réclame « la fin de la spéculation sur le marché alimentaire qui a contribué à la famine actuelle» et demande un « examen critique du processus de paix de Djibouti » (qui devrait en théorie conduire à la paix mais est totalement inefficace). « La nourriture pourrit à Mogadiscio », a témoigné un journaliste qui a enquêté sur place. Le PE déplore aussi explicitement l'attitude du gouvernement de l'Érythrée qui rejette l'aide humanitaire pour sa population. Qui a eu l'occasion de lire cette rubrique du bulletin n° 10451 comprend à quel point je me félicite de la résolution citée. Même si le Parlement laisse de côté le comportement ignoble des pirates somaliens, il reconnaît l'exigence d'un nouveau modèle des relations entre l'UE et la Somalie (et les pays africains en général) fondé sur le respect réciproque et sur la responsabilité des autorités locales.
L'impératif de la transparence. La deuxième évolution qui s'impose dans les relations UE-Afrique concerne une meilleure transparence. Les polémiques à propos d'anciens financements présumés de chefs africains à des forces politiques françaises ont quelque chose de malsain par le fait en lui-même d'exister. Je ne sais évidemment rien sur la réalité des rumeurs et des accusations, mais elles indiquent l'existence de zones d'ombre et de soupçons de corruption. L'UE ne doit d'aucune manière être impliquée, directement ou indirectement, dans des affaires de ce genre. Tout financement européen en Afrique doit être transparent, la réalisation des projets financés par l'Europe doit être contrôlable et contrôlée. On en est encore souvent loin.
Afrique du Sud, un modèle ? Il reste à souligner le cas spécifique des relations entre l'UE et l'Afrique du Sud, qui indique peut-être une voie à suivre en faveur de relations ciblées par pays ou par groupes de pays, à la place du système global actuel qui n'est ni équitable, ni adapté aux situations si souvent différentes. Ce système implique une bureaucratie très lourde ; il multiplie sans résultats visibles les organismes parlementaires qui souvent ne représentent pas les peuples au nom desquels ils devraient s'exprimer, mais plutôt les autorités qui détiennent le pouvoir. L'Afrique du Sud bénéficie du soutien financier de l'UE le plus important dans le cadre de relations bilatérales (voir notre bulletin n° 10450), ses projets sont ciblés et les résultats contrôlés.
Par contre, dans les mécanismes globalisés UE/Afrique actuels, les coûts administratifs et bureaucratiques sont lourds et les résultats souvent décevants ou incontrôlables. L'Europe demeure le principal donneur d'aide à l'Afrique. Certaines réformes permettraient d'améliorer la gestion des projets et le contrôle des résultats, tout en tenant compte des difficultés budgétaires de l'UE et de ses États membres.
Les déficits européens sont critiqués partout et des politiques d'austérité s'imposent ; mais de toute part on réclame davantage de soutiens. Un peu de cohérence serait opportune.
(FR)