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Bulletin Quotidien Europe N° 10408
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Après la Croatie, problèmes et difficultés d'adhésion d'autres pays balkaniques

Opinions divergentes. Le «oui» du Conseil européen à la conclusion des négociations d'adhésion avec la Croatie n'a pas seulement ouvert la porte de l'UE à un pays des Balkans occidentaux (même si les chefs d'État et de gouvernement ont pris quelques précautions impliquant une certaine surveillance de la phase finale), mais il a aussi relancé le débat sur les adhésions ultérieures d'autres pays de la même région. Ce n'est pas un débat fondé sur des bases unanimes: l'UE est ouverte en principe à tous les pays européens, c'est évident, mais sur les conditions d'élargissements ultérieurs les opinions divergent. La présidence du Conseil qui se termine ce jeudi appuie en principe toutes les candidatures ; elle insistait sur le respect des conditions prescrites lorsqu'elle s'exprimait officiellement au nom de l'UE, mais les prises de position personnelles du Premier ministre hongrois allaient explicitement dans le sens d'une ouverture aussi large que possible, jusqu'à défendre une conception - comment dire ?- généreuse des frontières de l'Europe ; l'adhésion de la Moldavie a été explicitement citée ! En revanche, d'autres institutions et forces politiques insistent davantage sur le respect des conditions, certaines allant jusqu'à considérer que les adhésions de la Bulgarie et de la Roumanie avaient été prématurées. Plusieurs pays de la file d'attente ne paraissent pas proches de remplir les conditions nécessaires pour devenir États membres, telles qu'elles résultent des textes et qui sont conçues par la Commission européenne et par la majorité du Parlement européen. Sans oublier que, de toute manière, le moment venu, chaque adhésion devra être ratifiée par tous les parlements nationaux des États membres.

Les dangers de la thèse simpliste. À côté de la tendance à la rigueur, existe une tendance plus laxiste, pour laquelle l'unité européenne est surtout une question de principe: l'objectif prioritaire est de réunir tous les pays européens (avec une certaine élasticité dans l'interprétation géographique du mot Europe) dans le but de rendre impossibles les conflits et de diffuser des concepts fondamentaux comme la démocratie et la liberté.

Des arguments, à mon avis, valables s'opposent toutefois à cette conception simpliste et quelque peu ingénue. Je les résume de manière schématique: a) l'organisation qui réunit tous les pays européens (avec une souplesse qui permet d'étendre le concept d'Europe jusqu'à la Sibérie, à l'Anatolie et à une partie du Caucase) existe déjà, c'est le Conseil de l'Europe, très rigoureux pour surveiller le respect des droits de l'homme ; b) toute adhésion de pays qui ne sont pas encore en mesure de respecter les règles communautaires affaiblit l'UE, car elle rend impraticables le fonctionnement institutionnel et les politiques communes ; c) le nombre des régions de l'UE qui bénéficient des financements de la politique de cohésion serait radicalement réduit car les nouveaux États membres (balkaniques ou Turquie) entraîneraient une réduction sensible des critères et modes de calcul. Le Comité des Régions en est-il conscient ?

Succès et échecs. On cite souvent la Slovénie comme exemple d'adhésion réussie d'un pays issu de l'ancienne Yougoslavie. Mais en réalité la Slovénie n'est pas vraiment un pays balkanique: l'histoire et la géographie la situent plutôt dans la Mitteleurope. La Croatie a été en mesure de se libérer des conflits avec les pays voisins et sa situation se rapproche de la slovène. Les différents conflits qui ont suivi la désagrégation de l'ancienne Yougoslavie ont abouti à différents États fondés sur des critères ethniques, avec des minorités inexistantes, ou minimes (ancienne République yougoslave de Macédoine). Le seul État multiethnique, pratiquement imposé par l'Occident, est la Bosnie-Herzégovine, et on sait comment il fonctionne, ou plutôt comment il ne fonctionne pas ; c'est une situation de non-coopération qui serait ridicule si elle n'était pas dramatique. Le Kosovo a proclamé son indépendance sur la base de critères ethniques (il refuse toutefois de rendre à la Serbie la petite partie de territoire habitée par des Serbes !), mais il n'est pas reconnu par une dizaine d'États membres de l'UE, situation évidemment absurde par rapport à l'ambition européenne de construire une politique étrangère commune.

La viabilité économique de certains États (Monténégro, le Kosovo lui-même) est problématique, pour ne pas dire inexistante, et certaines situations internes (en Albanie par exemple) n'ont aucun rapport avec l'hypothèse d'adhérer à l'UE. Comme premier pas, le souhait des habitants de ces pays est parfois modeste: par exemple, avoir accès à la «zone Schengen» sans besoin de visa. Mais il arrive que les citoyens «balkaniques» bénéficiant de cette situation demandent ensuite le droit d'asile ! Inadmissible.

Idées et formules. Face à cette situation confuse et mouvante, je ne prétends pas avoir la formule magique, mais la conviction que les principes de la construction européenne doivent être sauvegardés. Des idées et formules circulent ; cette rubrique en rendra compte demain. (F.R.)

 

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