Bruxelles, 21/03/2011 (Agence Europe) - Parallèlement à l'opération militaire lancée samedi 19 mars par une coalition internationale dirigée par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis pour imposer une zone d'exclusion aérienne (no-fly zone) au dessus de la Libye et empêcher les troupes de Kadhafi d'avancer vers Benghazi, l'UE a renforcé lundi 21 mars ses sanctions économiques et financières contre le régime à Tripoli. Réunis au Conseil Affaires étrangères, les 27 ont adopté des « mesures restrictives autonomes » supplémentaires qui s'ajoutent aux sanctions déjà en place. « L'interdiction de visa et le gel des avoirs sont étendus à 11 personnes supplémentaires et le gel des avoirs s'applique à neuf entités supplémentaires », lit-on dans des conclusions adoptées par les ministres. La nouvelle liste des personnes et entités économiques et financières libyennes frappées par les sanctions sera publiée au Journal officiel de l'UE de mardi 22 mars. Les mesures sont applicables avec effet immédiat. Dans les prochains jours, l'UE adoptera par ailleurs d'autres sanctions nouvelles, conformément à la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU adoptée le 17 mars. La décision sur ces mesures devrait être prise par le Conseil européen des 24/25 mars.
Soutien militaire à des fins humanitaires. Le Conseil s'est aussi dit prêt à fournir, dans le cadre de la politique de défense et de sécurité commune (PSDC), un soutien militaire à des opérations humanitaires en Libye sous les auspices de l'ONU. À cette fin, les ministres des Affaires étrangères ont chargé Catherine Ashton de poursuivre la planification d'un tel soutien militaire à des fins humanitaires et d'assistance civile, y compris par des moyens maritimes. Le tout en accord avec la résolution 1973 du Conseil de sécurité et en étroite coopération avec l'ONU, l'OTAN et les autres partenaires de la région. Devant la presse, Mme Ashton s'est félicitée du « consensus » des 27 sur ce soutien PSDC. Pour la Haute représentante de l'UE, c'est en matière d'assistance humanitaire que l'UE a sa principale carte à jouer dans le conflit en Libye.
L'UE reste divisée sur l'intervention militaire. Deux jours après le début des bombardements, les 27 ont aussi fait le point sur la situation militaire, à un moment où la Ligue arabe et l'Union africaine, jusqu'ici entièrement derrière l'opération, deviennent de plus en plus critiques. Le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, a en effet critiqué dimanche 20 mars les bombardements, estimant qu'ils s'écartent « du but qui est d'imposer une zone d'exclusion aérienne » (il a néanmoins relativisé ses propos lundi, semble-t-il). Les cinq présidents africains désignés par l'Union africaine pour trouver une solution à la crise libyenne ont, quant à eux, exigé la fin des hostilités, plaidant par ailleurs pour une solution « africaine » au conflit libyen. Face à cette toile de fond, les 27 sont unis pour déclarer le départ « immédiat » de Kadhafi (le Conseil a réitéré cet appel lundi) mais restent, en même temps, divisés sur l'opération militaire proprement dite. Les États membres sont déterminés à agir « collectivement et de manière résolue » pour mettre en œuvre la résolution 1973 du Conseil de sécurité de la semaine dernière, mais ils y contribueront de manière « différenciée », lit-on dans les conclusions du Conseil adoptées lundi. La fracture entre la France et le Royaume-Uni d'un côté et l'Allemagne et la Pologne (notamment) de l'autre côté s'est aussi manifestée lundi au Conseil. Alors que le ministre français Alain Juppé a justifié l'intervention militaire (« si nous n'étions pas intervenus, Benghazi serait devenu un bain de sang »), l'Allemagne a réitéré son refus de participer aux opérations. « Nous avons dit très clairement depuis le début que nous ne participerions pas. Cela signifie que nous estimons qu'il y a des risques avec l'opération en cours, et lorsque nous entendons ce que la Ligue arabe a dit hier (dimanche), malheureusement, nous constatons que nous avions des raisons d'être préoccupés », a commenté le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle. Pour Berlin, le moyen le plus efficace pour combattre Kadhafi est de renforcer davantage les sanctions, en particulier dans le secteur pétrolier et gazier. D'autres pays membres ont également réitéré leur scepticisme. « Notre objectif devrait être de résoudre la crise libyenne d'une manière pacifique, cela devrait être notre objectif, pas au travers d'opérations militaires », a dit le ministre chypriote, Markos Kyprianou. L'Italie refuse aussi « une guerre » contre la Libye, a dit Franco Frattini. (H.B.)