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Bulletin Quotidien Europe N° 10315
Sommaire Publication complète Par article 38 / 39
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 902

*** CÉCILE LECONTE: Understanding Euroscepticism. Palgrave Macmillan (Houndmills, Basingstoke, Hampshire RG21 6XS, UK. Tél.: (44-1256) 329242 - fax: 479476 - Courriel: orders@palgrave.com - Internet: http://www.palgrave.com ). Collection « The European Union Series ». 2010, 307 p.. ISBN 978-0-230-22807-8.

Ayant pour géniteur médiatique le très conservateur quotidien The Times en 1985, trois ans à peine avant que Margaret Thatcher n'aille délivrer au Collège d'Europe à Bruges un discours dont l'Europe a très longtemps porté les stigmates, le néologisme euroscepticisme et, plus encore, le sobriquet dont sont désormais affublés ses servants, les eurosceptiques, se sont désormais imposés dans le jargon européen. Pourtant, ne s'agit-il pas de mots-tiroirs qui, en réalité, cachent des significations bien différentes selon les pays et les régions de l'Union ? Alors que le désamour entre l'Europe communautaire et ses citoyens ne cesse apparemment de croître (à titre d'exemples, c'est ce qu'incitent à penser, entre autres, les référendums négatifs qui se succèdent, en France et aux Pays-Bas pour la « Constitution », en Irlande pour le Traité de Lisbonne, sans parler des urnes sans cesse davantage boudées au fil des scrutins pour le Parlement européen), cette question méritait d'autant plus d'être posée que des réponses qui lui sont apportées dépendra le cours à venir - et dès à présent, par les décisions qui le pavent au jour le jour - de la construction européenne. La politologue Cécile Leconte a eu l'excellente idée de consacrer à cette problématique un ouvrage appelé sans nul doute à faire référence en la matière, tant il est exhaustif et empreint de rigueur scientifique.

Le mérite de l'auteur n'est pas mince tant le concept d'euroscepticisme est flou et complexe. Ainsi, si ce concept né en Grande-Bretagne se réfère, dans ce pays, « à une forme d'anti-européanisme culturel plus large » qu'un scepticisme envers la seule Union, Cécile Leconte montre bien qu'il n'est pas ou plus l'apanage de ce pays, mais que sa signification varie aussi en fonction des contextes nationaux, sans parler des contextes temporels. Maître de conférences en science politique et patronne du Département d'Études européennes de l'Institut d'études politiques de Lille, elle montre aussi de manière très convaincante que cette notion malléable à souhait est, « tout comme le populisme, compatible avec n'importe quelle position idéologique, de l'extrême gauche à l'extrême droite », n'étant en rien une « idéologie ». En outre, ce mot à tiroirs est aussi un concept fourre-tout, tant il est vrai que toutes les personnes cataloguées « eurosceptiques » n'ont ni le même pedigree, ni les mêmes motivations. Ainsi, explique-t-elle avec pertinence, la notion de subsidiarité n'a pas du tout le même sens dans le projet de Constitution d'Altiero Spinelli, qui voyait en elle, en 1984, la pierre angulaire d'une Europe enfin fédérale, que dans le programme 2009 de la CSU bavaroise, lorsqu'elle devient « un mot codé pour la rapatriation des pouvoirs de l'Union vers les États ou les régions ». Ainsi aussi, certains « eurosceptiques durs » relèvent plutôt de la catégorie des « europhobes », étant hostiles au principe même de l'intégration européenne, alors que l'auteur s'intéresse plutôt, dans ces pages, aux « eurosceptiques doux », à savoir ceux qui, sans remettre en cause l'appartenance de leur pays à l'Union, manifestent leur hostilité ou, du moins, leurs réticences par rapport aux arrangements politiques sur lesquels se fondent l'action de celle-ci.

En dix chapitres d'une très grande lisibilité (l'auteur montrant au passage qu'un universitaire peut traiter scientifiquement d'un sujet pour le moins complexe sans se délecter dans un jargon abscons), Cécile Leconte offre une analyse générale aussi convaincante que mesurée du phénomène eurosceptique, multipliant les angles de vue - les élites, les partis politiques, les électeurs, les médias, les institutions nationales et européennes, les acteurs de la société civile… - afin d'offrir le tableau le plus précis et le plus fidèle de la réalité des choses. Dans son chapitre de conclusion, elle discerne trois scénarios qui pourraient marquer l'euroscepticisme à l'avenir. Le premier est celui de la « marginalisation », lié notamment au fait que, ainsi que l'a montré le parti Libertas lors des dernières européennes, la capacité transnationale de l'euroscepticisme ne va pas de soi, sa diversité en étant la cause, sans compter que le Traité de Lisbonne a prévu certaines réformes de nature à couper l'herbe sous le pied des contestataires. Le deuxième scénario est celui de « l'intégration » des idées eurosceptiques par le biais de partis politiques nationaux traditionnels se laissant contaminer par ces idées. Le troisième est celui d'une « réorientation réformiste » qui, partant du constat que les eurosceptiques ne peuvent présenter d'alternative valable, consisterait en des réformes internes visant, entre autres, à renouer le lien avec le citoyen - ce que le Traité de Lisbonne a déjà amorcé. Sur cette base, l'auteur développe enfin trois réponses possibles, dans le chef de l'Union, aux défis posés par les eurosceptiques. La plus crédible d'entre elles est, bien entendu, celle qui consisterait à clarifier le but final de l'aventure européenne. Mais les responsables européens d'aujourd'hui - ou, du moins, certains d'entre eux - sont-ils prêts à suivre les traces laissées par Robert Schuman dans sa déclaration fondatrice, celles qui conduisaient, à terme, à une Fédération européenne ? Qu'ils le sachent: à ne pas le faire, c'est à prendre le risque de caresser les eurosceptiques dans le sens du poil qu'ils se résignent.

Michel Theys

*** NATHANIEL COPSEY, TIM HAUGHTON (sous la dir. de): The JCMS Annual Review of the European Union in 2009. State of the Union: The Financial Crisis and the ECB'S Response 2007-09. Wiley-Blackwell Publishing (The Atrium, Southern Gate, Chichester, West Sussex, PO19 8SQ, UK. Tél.: (44-1243) 779777 - fax: 775878 - Courriel: customer@wiley.co.uk - Internet: http://www.wiley.com ). 2010, 285 p.. ISBN 978-1-4051-9703-8.

Publiée pour la deuxième fois, cette Revue annuelle du Journal des études du Marché commun porte sur une année qui a été riche en événements susceptibles d'influencer radicalement le cours de la construction européenne. Ce n'est pas pour rien si les coordinateurs de l'ouvrage se demandent, dans le titre de leur éditorial, si 2009 ne sera pas « un tournant pour l'Europe », tant il est vrai, écrivent-ils, que cette année sera peut-être un jour perçue « comme un tournant dans l'histoire du capitalisme européen » et que rien ne garantit que la solidarité au sein de la zone euro y résistera. Ce n'est pas pour rien, dès lors, si la tribune d'honneur, nommée « état de l'Union », a été confiée cette fois à Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne y expliquant les réponses qui ont été apportées à Francfort pour faire face, en Europe, à la crise économique et financière qui a déferlé sur le monde. Toutefois, 2009 a aussi été l'année de l'entrée en vigueur, en décembre, du Traité de Lisbonne, ce qui pourrait aussi avoir une influence notable sur la manière dont l'Union se développera à l'avenir. À cet égard, le Pr. Kalypso Nicolaïdis (Université d'Oxford) fait valoir que l'ère des querelles institutionnelles doit impérativement arriver à son terme, de telle sorte que les Européens - et leurs dirigeants politiques en particulier - puissent enfin chercher à bâtir une « intégration durable en déplaçant radicalement leur attention des discrets accords intergouvernementaux vers des accords publics inter-sociétaux, et d'accords internationaux de court terme à des accords intergénérationnels de long terme ». Toujours dans la foulée du Traité de Lisbonne, Tony Barber, chef du bureau du « Financial Times » à Bruxelles, s'intéresse à la manière dont Herman Van Rompuy et Catherine Ashton ont été choisis, ce qui l'amène à souligner « la difficulté d'engranger les nécessaires compromis entre vingt-sept pays conduits par des gouvernements de tendances politiques variées ». Ce qui renvoie à un jugement largement partagé par les auteurs de cet ouvrage, à savoir que le succès du Traité de Lisbonne pour ce qui est de « créer une Union plus efficace et effective dépendra d'une qualité absente dans la formulation du traité: la volonté politique ». Une remarque imparable !

(MT)

*** MORTEN RASMUSSEN, ANN-CHRISTINA L. KNUDSEN (sous la dir. de): The Road to a United Europe. Interpretations of the Process of European Integration. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Euroclio », n° 48. 2009, 380 p., 37,70 €. ISBN 978-90-5201-560-6.

On ne soulignera jamais assez combien fut excellente l'initiative prise par les promoteurs du réseau Richie - pour Réseau international de jeunes chercheurs en histoire de l'intégration européenne. Ce nouvel ouvrage collectif, prolongement d'une conférence féconde tenue à Copenhague en décembre 2006, montre que ces jeunes chercheurs, pour la plupart doctorants, ont la capacité de regarder avec un œil neuf les faits historiques, anciens ou proches, relatifs à la construction de l'Europe communautaire. Plusieurs des contributions qui composent ce livre innovent, en tout cas, en explorant des territoires historiques fort peu explorés jusqu'à présent, ce qui apporte utilement de nouvelles nuances au tableau d'ensemble. L'ouvrage est structuré sur la base de cinq thématiques identifiées en son temps par le grand historien britannique Alan S. Milward pour bien comprendre l'histoire de la construction européenne. La première partie porte sur le rôle qu'a pu jouer « l'idée européenne comme force motrice » dans l'Europe de l'après-guerre. Carol Bergami revient ainsi « sur les racines et sur la portée d'un européisme pluraliste à la française » à la lumière de l'héritage proudhonien tandis que François-Xavier Lafféach convie à une nouvelle exploration du rôle joué par la Jeunesse européenne fédéraliste dans l'émergence d'une conscience européenne, les deux autres contributions de cette première partie étant consacrées à la manière dont Jean Monnet a perçu le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958 et à la vision européenne d'Edward Heath. La deuxième partie étudie la véracité de l'assertion selon laquelle l'intégration européenne aurait contribué au « sauvetage de l'État-nation », ce notamment à la lumière des conséquences des premières années de la Politique agricole commune en France, de la stratégie improductive que poursuivit l'Angleterre lorsqu'elle tenta d'associer le Commonwealth à la Communauté économique européenne et de la politique européenne menée par la Grande coalition allemande à la fin des années 60. La troisième partie voit des auteurs envisager « l'intégration européenne comme une partie de et comme une réponse à la mondialisation de l'économie internationale », notamment à la lumière de l'assistance militaire apportée par les États-Unis à l'Italie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de la réaction diplomatique européenne au premier « choc pétrolier » et aux revendications sociales des syndicats allemands et britanniques dans les années 80 et 90. Dans la quatrième partie, l'intégration européenne est ensuite envisagée « comme de la politique étrangère traditionnelle », certaines contributions revisitant ainsi notamment la crise de la chaise vide et les débuts de la Coopération politique européenne. La dernière partie aborde enfin l'intégration par le biais de nouvelles politiques - information, culture, environnement, égalité entre les hommes et les femmes… - qui ont été lancées à partir de 1958 sur la base des impulsions données par les institutions.

(MT)

*** ERIC BUSSIÈRE, EMILIE WILLAERT: Un projet pour l'Europe. Georges Pompidou et la construction européenne. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Georges Pompidou - Archives », n° 4. 2010, 447 p., 38,90 €. ISBN 978-90-5201-596-5.

Œuvre de deux historiens renommés, cet ouvrage présente des documents qui permettent de situer la pensée et l'action de Georges Pompidou, tant lorsqu'il était le Premier ministre du général de Gaulle que lorsqu'il accéda à son tour à la Présidence. La première partie porte précisément sur l'affirmation de sa pensée européenne (dans sa préface, Jean-René Bernard, qui fut l'un de ses plus proches collaborateurs, rappelle que Georges Pompidou a eu, « très jeune, le sentiment de l'urgence d'une organisation de l'Europe », à tel point « que la seule association à laquelle il ait jamais adhéré ait été, dès les années 1930, la vénérable Union paneuropéenne de Coudenhove-Kalergi ») alors que, Premier ministre, il se retrouvait « face à l'Europe du général de Gaulle ». En réalité, l'ouvrage montre bien que les affaires européennes étaient, même sous le général, un sujet où le chef de gouvernement avait la possibilité, avec le temps, d'élargir son champ d'action et de gagner en autonomie. Et les deux historiens de constater que ce fut, pour Pompidou, « une volonté », sa prise d'autonomie ayant coïncidé avec la crise de la chaise vide. De la sorte, les auteurs peuvent montrer que l'affirmation selon laquelle Pompidou se serait borné à poursuivre la politique européenne du général de Gaulle en l'adaptant aux circonstances constitue une « simplification abusive », tant il est que si les deux hommes étaient d'accord pour considérer que la finalité du projet européen devait être politique et pas économique, l'action de l'un a débouché sur le refus du plan Fouchet là où l'autre a obtenu le lancement de la Coopération politique, préfiguration lointaine de la Politique étrangère et de sécurité commune. En clair, résument Eric Bussière et Emilie Willaert, cette avancée pompidolienne n'a été rien d'autre que le résultat d'une « tentative de renouer, sur des bases tactiques et institutionnelles plus prudentes, avec le projet d'Europe politique du Général ». Voilà qui leur permet aussi d'observer, dans la foulée, que le schéma européen de Pompidou était « plus élaboré » que celui du Général car, avec lui, « à la prudence de la mise en œuvre, qui s'appuie sur les données économiques et politiques du moment, se trouve associée une visée intellectuelle et politique à plus long terme ». En guise de conclusion, les deux historiens avancent notamment que Pompidou appartenait à la « catégorie des néo-fonctionnalistes qui souhaitent contrôler et orienter un processus dont ils connaissent (…) la force d'entraînement ». À noter encore, ainsi que le rappelle Jean-René Bernard, que Pompidou « imagina, le premier, les termes apaisants d'Union européennes ».

(MT)

*** GEORGE MAUDE: Aspects of the Governing of the Finns. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Studies in Modern European History », n° 66. 2010, 314 p., 54,20 €. ISBN 978-1-4331-0713-9.

Déjà auteur d'un Dictionnaire historique de Finlande paru en 2006, George Maude récidive avec ce livre qui le voit étudier les impacts politiques et économiques des actions de certaines forces nationales et internationales sur le pays. De la sorte il revisite toute l'histoire contemporaine de ce pays, de la révolution contre la Russie bolchévique de 1918 à l'adhésion à l'Union et aux inquiétudes actuelles que suscite, à ses yeux, un capitalisme de plus en plus envahissant.

(PBo)

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