Bruxelles, 08/02/2011 (Agence Europe) - La situation en Égypte mais surtout en Tunisie d'où est revenue le 6 février une mission ad hoc de parlementaires européens au terme d'une visite de 3 jours, a suscité de larges débats aussi bien au sein de la sous-commission des droits de l'homme que de la délégation des relations Mashreq qui organisait une audition sur les droits de l'Homme dans le monde arabe. « La révolution du Jasmin » ou « révolution de la dignité » comme préfèrent dire les Tunisiens, a ouvert la voie à des mouvements de l'opinion d'abord en Égypte ensuite au Yémen et en Algérie et les gouvernements du Maroc et de Jordanie qui semblent vouloir précéder les demandes populaires de crainte d'une remise en cause totale des régimes eux-mêmes. Plusieurs personnes, eurodéputés et invités aux débats ont aussi fait part de « mouvements » au sein des opinions syriennes et libyennes.
La mission ad hoc, présidée par l'eurodéputé PPE espagnol José Ignacio Salafranca et Pier Antonio Panzeri (S&D, italien) a eu la chance, ont dit ses membres, d'être présente à Tunis à un moment crucial et d'assister en direct à des changements majeurs. Le « rapport de première main » qu'elle a ramené a servi pour alimenter le débat lundi après-midi à la sous-commission des droits de l'Homme présidée par Heidi Hautala (Verts/ALE, finlandaise) avec, comme invité principal, Kamel Jendoubi, opposant tunisien connu et président du REMDH (Réseau euroméditerranéen des droits de l'Homme) et le lendemain, lors de l'audition sur le monde arabe, en présence de M. Jendoubi et de Hugues Mingarelli, directeur exécutif en charge de la Méditerranée au sein des services de Catherine Ashton.
Il ressort principalement de tous ces débats, assez fournis et larges, que la révolution tunisienne a surpris et, selon un intervenant, même l'imprévisible est arrivé. La joie d'enregistrer une si prodigieuse avancée dans la démocratie, que l'UE a constamment appelée de ses vœux, est réelle mais elle demeure teintée d'inquiétude. La principale crainte est d'assister à l'émergence de courants extrémistes hostiles, mais cette crainte a été plus d'une fois relativisée. Se référant à la menace islamiste supposée, M. Jendoubi a déclaré que la « génération Facebook » ne permettra pas le totalitarisme, qu'il soit séculier ou religieux.
Au plan politique, la recommandation des parlementaires, comme les initiatives annoncées par M. Mingarelli, tendent à appuyer davantage l'implication des sociétés civiles et à ne plus réserver le dialogue des Européens aux seuls gouvernements. Le directeur exécutif a reconnu que les plans d'action anciens (politique de voisinage) ont failli à prévoir le bond en avant tunisien et la mobilisation de la rue égyptienne, précisément parce qu'ils n'ont pas suffisamment pris en compte cette dimension. Le Parlement s'est, par ailleurs, engagé à ce qu'un programme d'aide conséquent soit défini et demandé à Mme Ashton de le consulter. L'immédiat est de préparer un paquet d'aide pour le processus électoral selon un avis unanime. (F.B.)