Bruxelles, 08/02/2011 (Agence Europe) - Le rapport sur la Conférence européenne de consensus sur le sans-abrisme, des 9 et 10 décembre derniers, a été présenté mardi 8 février à Bruxelles, par le ministre d'État belge et président du jury Frank Vandenbroucke à S.A.R. la Princesse Astrid de Belgique, au commissaire Laszlo Andor (Emploi, Affaires sociales, Inclusion) et au secrétaire d'État belge à l'intégration sociale et à la lutte contre la pauvreté Philippe Courard. Le rapport met en exergue l'importance de la participation des sans-abri au niveau de la prestation de services ainsi qu'au sein de la politique et souligne la nécessité d'une stratégie européenne de lutte contre le sans-abrisme. Véritable aboutissement de la Conférence de consensus, ce rapport formule un ensemble de recommandations politiques visant à fournir une base solide pour poursuivre et renforcer les progrès enregistrés sur la question du sans-abrisme au sein de l'UE, et plus particulièrement dans le cadre de la nouvelle stratégie UE 2020 et de la plateforme européenne contre la pauvreté et l'exclusion sociale (EUROPE n° 10279 et n° 10280).
Le rapport comporte les réponses et recommandations du jury à six questions relatives au sans-abrisme, présentées comme suit par Frank Vandenbroecke:
(1) « Que signifie l'absence de chez soi »? Le sans-abrisme ne se limite guère aux personnes qui dorment dans la rue. Il s'agit d'un processus « complexe, dynamique et différencié dont les voies d'entrée, les issues ou les parcours varient selon les personnes et les groupes ». Une approche plus globale du sans-abrisme est recommandée; (2) « Mettre un terme à l'absence de chez soi: un objectif réaliste ? ». Le sans-abrisme est une grave injustice et une violation des droits humains fondamentaux qui peut et doit cesser. Pour le jury, des mesures continues de prévention et d'intervention, dans le cadre de stratégies nationales/régionales intégrées de lutte contre le sans-abrisme, peuvent empêcher les personnes de tomber dans une telle situation ; (3) « Les approches politiques dirigées vers le logement constituent-elles les méthodes les plus efficaces de prévention et de lutte contre l'absence de chez soi ? » Le jury préconise le passage progressif des centres d'hébergement et logements de transition en tant que solution principale au sans-abrisme vers des approches orientées vers le logement, approches consistant à élargir l'accès aux logements permanents et à renforcer la capacité de prévention et le soutien approprié aux personnes dans leur logement en fonction de leurs besoins ; (4) « Comment assurer une participation significative des personnes sans chez soi à l'élaboration de politiques de lutte contre l'absence de chez soi ? » Le jury demande que les sans-abri soient habilités à participer au processus décisionnel qui affecte leur vie. Il met également en lumière des problèmes importants faisant obstacle à la pleine participation des sans-abri aux processus d'élaboration de politiques et suggère des solutions pour y remédier ; (5) « Dans quelle mesure les personnes doivent-elles pouvoir accéder aux services pour les personnes sans chez soi indépendamment de leur statut juridique et de leur citoyenneté » ? Cette question concerne l'accès aux services d'aide aux sans-abri, particulièrement pour les migrants et les citoyens de l'UE non nationaux qui peuvent se heurter à des obstacles en raison de leur statut administratif ou juridique. Pour le jury, il est nécessaire de réaliser une étude, à l'échelle européenne, sur les relations entre le sans-abrisme et l'immigration ainsi que sur les contextes de la libre circulation dans l'UE. Une étude qui devra tenir pleinement compte du caractère sexospécifique des expériences de migration ainsi que de la situation particulière de certaines migrantes ; (6) « Quels doivent être les éléments d'une stratégie de l'UE en matière de lutte contre l'absence de chez soi » ? Le jury conclut à la nécessité d'avoir une véritable stratégie européenne du sans-abrisme qui servira de cadre pour l'élaboration de stratégies nationales/régionales dans les États membres et permettra de progresser dans la lutte contre le sans-abrisme. Le cadre fondamental de l'UE et les stratégies nationales/régionales doivent adopter une approche intégrée qui rassemble tous les domaines pertinents tels que le logement, les affaires sociales, la santé et l'emploi.
Philippe Courard, pour qui « on ne peut pas faire de politique au niveau de la pauvreté et du sans-abrisme sans impliquer et écouter les personnes concernées », s'est réjoui du passage sur la « participation ». Celui-ci mentionne que la participation des sans-abri est essentielle tant au niveau de la prestation de services qu'au sein de la politique. « C'est la preuve que ce que nous faisons depuis des années au sein des autorités fédérales est essentiel et important pour la qualité des services et la politique d'une part ainsi que pour l'épanouissement des personnes concernées », a affirmé Philippe Courard. D'accord avec les autres éléments du consensus, Philippe Courard a insisté sur le fait que « le sans-abrisme ne se limite en effet pas à vivre en rue. Les personnes qui vivent dans un logement insalubre ou inadapté doivent également être comptées parmi les sans-abri ». Dans le cadre de la stratégie UE 2020 et de la plateforme européenne de lutte contre la pauvreté, Philippe Courard s'est dit « convaincu que le consensus constituera le document de référence pour la politique européenne contre le sans-abrisme ». (G.B.)