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Bulletin Quotidien Europe N° 10311
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Naissance (informelle) de la gouvernance économique européenne

Le projet de 'pacte de compétitivité' est une réalité. Si l'on me demandait à bout portant de condenser dans une phrase la signification du Conseil européen de vendredi dernier, ma réponse serait claire: la naissance de la gouvernance économique de l'UE ou du moins de la zone euro. Je n'ignore pas, c'est évident, les divergences qui subsistent, le rejet parfois ferme de certains aspects du projet Merkel-Sarkozy, les négociations qui sont encore nécessaires pour définir le contenu et le fonctionnement de cette politique.

La situation a d'ailleurs été clairement résumée dans le commentaire du directeur de la rédaction, qui ouvre notre bulletin de samedi, avant le compte-rendu des résultats et des débats du Sommet, ainsi que les textes officiels.

Pourquoi je considère qu'en fait la gouvernance économique européenne, vieux rêve qui, il y a quelques mois à peine, n'était qu'une chimère, est aujourd'hui pratiquement acquise? La première raison est que le président du Conseil européen a sereinement annoncé que les 24 et 25 mars la gouvernance économique européenne sera une réalité et il n'est pas homme à parler à tort et à travers. La deuxième raison est que Madame Merkel a quand même admis que son projet de Pacte de stabilité n'est pas dès maintenant défini et intouchable: c'est bien sa position, sans doute fondamentale, mais ce n'est pas un diktat. La troisième raison est que M. Van Rompuy a annoncé qu'il allait réunir les chefs d'État et de gouvernement de la zone euro avant la reprise des négociations générales. Ce n'est pas la première fois qu'il convoque de telles réunions; il considère que c'est une possibilité qui fait partie de ses prérogatives, ce que personne n'a jamais contesté.

Courage et loyauté de deux premiers ministres socialistes. Particulièrement significatif est le comportement de M. Papandreou et de M. Zapatero qui, à mon avis, et je pèse mes mots, ont, par leur attitude, sauvé la dignité des gouvernements socialistes. Ils veulent que leur pays reste dans le groupe de l'euro et ils savent que ceci n'est possible qu'en respectant les règles de la zone, à partir des plus simples et naturelles comme pour les citoyens payer des impôts et prendre leur retraite plus tard. On sait par ailleurs que la Chine a annoncé qu'elle achètera des bons du Trésor grec.

Perplexités institutionnelles. Je reconnais que, du point de vue institutionnel, le caractère intergouvernemental clairement affiché, dans lequel la gouvernance économique est en train de naître, soulève des perplexités: tout transfert de compétence vers l'UE est exclu a priori et le rôle de la Commission européenne reste marginal. Ni Jacques Delors, ni d'autres personnalités de premier plan ne sont sans doute d'accord. Mais je me demande si même cet élément de perplexité, très sérieux je le reconnais, n'a pas lui aussi un aspect utile: confirmer l'échec d'un volet de la réforme institutionnelle du Traité de Lisbonne. Deux aspects fonctionnent: la montée en puissance du Parlement européen et (même trop peut-être) et le poids du président stable du Conseil européen. Ce qui ne fonctionne pas est le rôle de la Haute représentante pour les Affaires étrangères qui est en même temps vice-présidente de la Commission européenne. Je ne parle pas de la personne, mais du rôle. En fait, elle ne participe pratiquement pas aux réunions de la Commission, elle dispose de services pléthoriques dont l'efficacité reste encore à prouver, et ni M. Van Rompuy ni les chefs de gouvernement, qui font de plus en plus eux-mêmes la politique étrangère de l'UE, ne donnent l'impression de s'en soucier. Déclaration de Nicolas Sarkozy à la presse vendredi dernier à l'issue du Sommet: « Ma conception n'est pas que 27 gouvernements doivent se taire parce qu'il y a Mme Ashton ; certains pays connaissent mieux les pays arabes. »

Mais l'objectif de ce commentaire n'est pas d'évaluer le nouveau fonctionnement institutionnel de l'Union, mais d'annoncer qu'en pratique la gouvernance économique de la zone euro existe et sera bientôt officiellement reconnue. (F.R.)

 

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