Bruxelles, 24/01/2011 (Agence Europe) - Massivement critiquée par plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme, la Commission européenne a justifié lundi 24 janvier la rencontre que José Manuel Barroso a eue dans l'après-midi avec le président de l'Ouzbékistan, Islam Karimov, par la volonté de maintenir avec Tachkent un « dialogue critique, prioritairement sur les droits de l'Homme ». Les critiques accusant le président de la Commission européenne de fermer les yeux sur les violations des droits de l'Homme en Ouzbékistan et d'avoir accepté de rencontrer le président ouzbek - responsable du massacre d'Andijan en mai 2005 - dans le seul souci de ne pas compromettre les intérêts énergétique de l'UE sont « non fondées », a dit la porte-parole de la Commission devant la presse. « Les droits de l'Homme ne sont pas négociables. Ils figurent d'ailleurs tout en haut des points à discuter » avec M. Karimov, a-t-elle déclaré, ajoutant que M. Barroso allait aussi évoquer des « cas individuels » de dissidents emprisonnés. Il ne peut donc absolument pas être question de « marchander » les droits de l'Homme contre des intérêts énergétiques ou commerciaux, a insisté la porte-parole. Deux autres sujets étaient au centre des pourparlers entre MM. Barroso et Karimov: la signature d'un mémorandum d'entente (memorandum of understanding) sur l'énergie et l'ouverture prochaine d'une délégation de l'UE à Tachkent. Aucune conférence de presse n'a été organisée après l'entrevue, officiellement pour des « raisons d'agenda ». Rappelons que ni Herman Van Rompuy (le porte-parole du président permanent du Conseil européen invoque lui aussi des « problèmes d'agenda »), ni Catherine Ashton, ni d'ailleurs les autorités belges n'ont souhaité rencontrer le président ouzbek que les défenseurs des droits de l'Homme n'hésitent pas à qualifier de « despote ». Une réunion était toutefois prévue avec le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen.
« Dialogue critique ». Entretenir un « dialogue critique et conditionnel » avec le régime ouzbek est le meilleur moyen pour faire pression en faveur de réformes, y compris dans le domaine des droits de l'Homme, a encore expliqué la porte-parole de la Commission. Cette approche est d'ailleurs en conformité avec l'approche politique décidée par les 27. En effet, dans des conclusions adoptées le 25 octobre 2010, le Conseil Affaires étrangères s'est dit « vivement préoccupé » par la situation générale des droits de l'Homme, de la démocratisation et de l'État de droit en Ouzbékistan. Il avait demandé aux autorités ouzbèkes de prendre sans plus attendre des mesures concrètes pour progresser dans ces domaines, notamment en libérant tous les défenseurs des droits de l'Homme et prisonniers d'opinion maintenus en détention, en autorisant les ONG à travailler sans entrave dans le pays et en garantissant la liberté d'expression et la liberté des médias. Les 27 ont aussi réitéré dans ces conclusions leur souhait de renforcer de manière globale les relations avec l'Ouzbékistan tout en soulignant que l'ampleur et la qualité du dialogue et de la coopération dépendront des réformes et des progrès démocratiques réalisés par l'Ouzbékistan.
« Cette visite est une honte pour l'UE et l'Occident », a déploré Mutabar Tadjibaïeva, une dissidente ouzbèke emprisonnée et torturée en Ouzbékistan avant d'être libérée en 2008. Mme Tadjibaëva, citée par l'AFP, était venue manifester lundi devant la Commission européenne aux côtés d'une vingtaine de militants d'ONG comme Amnesty International. Seize militants des droits de l'Homme demeurent emprisonnés en Ouzbékistan, selon les ONG. Selon l'Association pour les droits de l'Homme en Asie centrale, 39 détenus sont décédés l'an dernier des suites de tortures dans les geôles ouzbèkes. (H.B.)