Bruxelles, 24/01/2011 (Agence Europe) - Une semaine cruciale pour l'issue du round de Doha s'ouvre ce mercredi à Davos, où les ministres du Commerce participant au Forum économique mondial (26-30 janvier) évalueront les moyens de relancer les négociations multilatérales, en vue d'un succès avant la fin de l'année. Après 18 mois d'impasse politique, un vent d'optimisme accompagne le processus, notamment parce que les États-Unis sont davantage déterminés à conclure de laborieux pourparlers lancés en 2001.
Lamy confiant. Depuis qu'il a accédé le 1er septembre 2005 à la tête de l'organisation multilatérale qui régit le commerce mondial, Pascal Lamy n'a jamais renoncé à croire en une issue heureuse pour l'agenda de Doha pour le développement, même dans les plus mauvais moments, comme après l'échec de la ministérielle de juillet 2008 à Genève, où les 153 pays membres de l'OMC avaient un temps flirté avec un accord définitif qui leur échappa finalement, en particulier à cause d'un différend entre les États-Unis et l'Inde sur la question du mécanisme de sauvegarde spéciale pour l'agriculture des pays en développement. Dix-huit mois plus tard, l'optimisme reste de mise du côté de M. Lamy. « Les chances de clore cette année sont nettement meilleures que l'an dernier à la même époque. Nous sommes plutôt dans une période de 'go', après deux d'une période de 'stop', ou du moins d'avancées très lentes », a estimé samedi 22 janvier le directeur général de l'OMC, en marge d'une réunion de ministres de l'Agriculture dans le cadre du salon agricole de Berlin. « Le contexte politique est plus engagé, plus favorable (…) Ce n'est pas infaisable », a ajouté M. Lamy, qui participera cette semaine aux travaux du Forum de Davos. « Le volet agricole de la négociation est bouclé à 90%. C'est plutôt dans d'autres domaines que ça coince. Comme tout est lié, il faut régler les problèmes dans ces autres domaines », précise le patron de l'OMC. Outre l'épineux volet agricole, le round de Doha repose sur deux chapitres majeurs, l'accès au marché non agricole - produits industriels (NAMA) et les négociations sectorielles (sectorals), et la libéralisation du commerce des services.
Davos pour un nouvel élan. Le Forum de Davos, qui s'ouvre cette semaine, constituera une enceinte de luxe pour des discussions informelles sur Doha. À l'appel du commissaire européen au Commerce Karel De Gucht, une réunion programmée le 28 janvier en marge du Forum mettra à l'épreuve la volonté politique des négociateurs en chef des acteurs clés du round, l'Australie, le Brésil, la Chine, les États-Unis, l'Inde, le Japon et l'UE. « À ce stade, il est important de préciser que, tandis que 2011 présente une occasion réelle de conclure le round, cette réunion est seulement une première étape sans préjudice du format de toute réunion future. L'UE espère que cette réunion aidera à redonner de l'élan aux négociations de Doha pour les mois à venir », expliquait la semaine dernière le porte-parole de M. De Gucht, John Clancy. Une autre réunion consacrée à Doha, élargie à d'autres ministres du Commerce, se tiendra également dans le cadre du Forum.
Les États-Unis prêts à conclure… De récents signaux positifs de Washington sont à la source de ce nouvel élan. En marge du Conseil économique transatlantique à la mi-décembre, le commissaire De Gucht s'était dit confiant en la volonté de l'administration du président américain Barack Obama, qui s'était montrée jusqu'alors plutôt réticente en matière de libre-échange, de définitivement boucler le round. « Les États-Unis veulent vraiment faire Doha (…) Il est très difficile de s'engager lorsqu'on n'est pas certain de la volonté d'aboutir de ses partenaires », avait insisté le commissaire au Commerce. Pour générer de la croissance et des emplois aux États-Unis, le président Obama s'est engagé à doubler les exportations américaines d'ici 2015. Un objectif exigeant de son pays qu'il conclue des accords de libre-échange, auxquels la majorité républicaine devrait moins s'opposer que dans un passé récent.
… mais exigent toujours des concessions des émergents. Si la volonté politique américaine de conclure Doha existe, un accord définitif restera difficile à vendre au Congrès par l'administration Obama, si les États-Unis n'ont pas l'assurance d'obtenir de nouvelles opportunités commerciales dans les marchés des pays émergents. Pour que le round de Doha puisse être conclu cette année, il faudra que les grandes économies émergentes, le Brésil, la Chine et l'Inde, « prennent leurs responsabilités » et présentent des offres ambitieuses d'ouverture de leurs marchés industriels et des services, a averti à la mi-janvier à Genève l'ambassadeur américain à l'OMC et représentant adjoint américain pour le commerce, Michael Punke. « S'ils sont disposés à accepter cette responsabilité, nous aurons une issue positive, s'ils ne le sont pas, nous n'en n'aurons pas », a insisté M. Punke, pour lequel il n'y a pas de soutien pour un « petit accord de Doha » à Washington, le chef de l'État américain voulant « soumettre, si cela est possible, un bon accord » au Congrès. (E.H.)