Bruxelles, 24/01/2011 (Agence Europe) - L'UE se prépare à apporter une aide directe à la Tunisie pour assurer la relance des activités économiques et sociales et, aussi, pour préparer les élections déjà annoncées. Elle attend cependant que les autorités locales expriment formellement leurs besoins. L'envoi d'une aide humanitaire d'urgence n'a pas été jugée utile par ECHO car le pays serait régulièrement approvisionné et une reprise de l'activité économique y est constatée selon divers témoignages locaux de chefs d'entreprises européennes. La situation sur place n'est plus sous la menace d'attaques armées, la plupart des bandes diversement composées de partisans de l'ancien président (garde présidentielle, miliciens de l'ex-parti unique et simples délinquants relâchés par la police restée loyale à l'ancien président Ben Ali) ont été maîtrisés. Mais les rues demeurent - pacifiquement - agitées par la persistance des manifestations exigeant une « décontamination » complète du système politique.
L'UE espère un retour rapide à la normalité et, dans cette attente, elle a déjà mis au point une série de mesures. La Commission en soumettra le détail cette semaine au Comité des représentants permanents. Premier élément: une mobilisation de ressources au titre de l'IEDH (initiative européenne des droits de l'Homme) pour faciliter la transition, dont un appui direct aux trois commissions formées à Tunis, l'une sur les réformes institutionnelles, une autre sur la crise qui a conduit à la mort de près d'une centaine de citoyens, selon des chiffres non officiels, et une troisième sur les faits de corruption dont se sont rendus coupables les membres de la « famille » (celle du président déchu) et probablement aussi de l'ex-parti unique qui a vécu sur un système de clientélisme dans des pratiques en marge de la légalité ou par l'intimidation.
L'UE est également disposée à offrir son assistance pour l'organisation des futures élections, présidentielle d'abord, législative ensuite, et elle propose d'y envoyer des observateurs si les autorités tunisiennes n'y voient pas d'inconvénient.
Le plus important, pour le moyen et le long terme, sera d'ouvrir des discussions avec le gouvernement tunisien pour revoir les priorités du programme indicatif national (PIN, doté de240 millions d'euros) - déjà fixées avec le gouvernement précédent. Il en ira de même concernant le commerce. On ne devrait cependant pas s'attendre à un infléchissement marquant. Toutefois, la Tunisie a choisi au lendemain de son ère nouvelle de préserver la continuité dans la conduite de sa politique économique par le maintien du Premier ministre, lui-même économiste, et des deux ministres de la coopération internationale en charge des négociations sur le volet économique, de son collègue chargé de la politique des entreprises, Afif Chelbi et, surtout du ministre des Affaires étrangères, Kamel Morjane, avec lequel l'UE doit reparler de la mise en place d'un dialogue politique et des libertés sur lequel butaient les négociations sur le « statut avancé ». M. Füle, le commissaire chargé du dossier, a clairement répété devant le Parlement européen à Strasbourg que l'UE ne fera pas l'impasse sur ce chapitre lié aux droits de l'Homme. À relever: le gouvernement tunisien, composé désormais d'opposants, a proclamé une amnistie générale et libéré les prisonniers politiques. Mais la situation politique demeure encore fragile.
Pour sa propre part, l'UE a lancé une procédure de recherche d'informations sur les avoirs de la famille du président limogé par la rue. La France notamment a décidé le gel de leur argent placé dans ses institutions financières. Tous les États membres devraient suivre et la décision a fait l'objet d'un premier examen par le groupe du Conseil (« MaMa », Maghreb-Mashraq) lequel doit encore finaliser, en ces premiers jours de la semaine, ses recommandations qu'examinera ensuite le Coreper pour une décision du Conseil, le 31 janvier ou même avant par voie de procédure écrite si l'urgence le requiert. Car si les fonds incriminés atteignaient un paradis fiscal, la recherche n'en serait que plus difficile.
Selon des informations de sources informelles, une aide pour compenser les pertes subies par le secteur du tourisme, qui compte pour une large part dans les recettes en devises du pays, serait envisagée. Sans l'exclure, la Commission attend d'en discuter avec les nouvelles autorités tunisiennes parmi toutes les mesures d'urgence qu'elle est prête à prendre, « dès que nous aurons un interlocuteur ». Il est vrai qu'à Tunis, le gouvernement, incomplet et encore contesté par des franges politiques, a plus à faire pour calmer les esprits et assurer la reprise totale du travail et des études scolaires, qu'à négocier avec ses partenaires extérieurs. (F.B.)