Bruxelles, 17/12/2010 (Agence Europe) - L'Union européenne achève une année difficile, traversée par les crises grecque et irlandaise et marquée par les hésitations de l'Allemagne à montrer sa solidarité concrète: elle le fait par un accord qui crée les conditions pour un mécanisme permanent apte à protéger tant l'euro que l'eurozone des attaques de la spéculation et des doutes des leaders politiques et de leur pays. À la fin du Conseil européen des 16 et 17 décembre, qui nous amène à la fin du semestre de présidence de la Belgique, les chefs d'État ou de gouvernement des 27 pays membres de l'UE ont déclaré unanimement leur satisfaction. La chancelière allemande Angela Merkel estime que le résultat le plus important obtenu est que « nous sommes tous d'accord sur le fait que l'euro est notre monnaie commune et que nous avons tous intérêt à ce qu'il soit fort et stable ». Et le président français Nicolas Sarkozy a dit que « la fin de l'euro serait la fin de l'Europe » et veut que l'eurozone « aille plus loin ». Par ailleurs, les pays qui envisagent d'y entrer, comme l'Estonie, sont encouragés par l'accord de Bruxelles: « Nous n'avons pas de craintes: l'euro est une monnaie forte », a dit le Premier ministre estonien Andrus Amsip ; et les pays qui n'y sont pas encore prêts, comme la Pologne, n'excluent pas leur participation au mécanisme: mieux vaut être protégés que de ne pas l'être.
Les articles dans les pages qui suivent détaillent les conclusions du Conseil européen, qui sont même intégralement reprises en annexe de ce bulletin, et les déclarations des leaders à la fin de leurs travaux. L'entente « très cordiale » de ce Sommet, où il n'y a eu ni polémiques ni altercations, est le résultat d'un travail de préparation bien mené par le président Herman Van Rompuy, mais aussi de la conviction, mûrie par les chefs d'État ou de gouvernement tout au long de cette année difficile, de la nécessité de sauvegarder l'euro et sa stabilité. Les 16 pays de l'Eurozone se disent prêts « à faire tout ce qui est nécessaire pour garantir la stabilité dans leur ensemble » et indiquent sept points sur lesquels ils s'engagent: mettre en œuvre pleinement les programme existants, pour la Grèce et pour l'Irlande ; ne pas relâcher la vigilance budgétaire ; accélérer les reformes structurelles qui favorisent la croissance ; renforcer le pacte de stabilité et de croissance et mettre en œuvre un nouveau cadre de surveillance macroéconomique à partir de l'été 2011 ; garantir la mise à disposition d'un soutien financier suffisant dans le cadre du FESF, dans l'attente de l'entrée en vigueur du mécanisme permanent ; renforcer davantage le système financier ; exprimer leur soutien sans réserve à l'action de la BCE, qui vient de doubler son capital.
Les conclusions du Conseil tombent à l'heure même où le directeur général du FMI, le Français Dominique Strauss-Kahn, déclare son manque de confiance en la capacité de l'Union d'obtenir des résultats et critique la méthode « trop fragmentée » et la lenteur des décisions communautaires. Pour une fois, il semble que M. Strauss-Kahn ait été démenti, mais il reste beaucoup à faire pour traduire en pratique la disponibilité « à tout faire pour la stabilité de l'euro » dont a témoigné M. Van Rompuy. Les négociations à venir, sous la houlette de la Hongrie, qui va prendre la relève de la Belgique le 1er janvier et qui va assumer la présidence tournante du Conseil de l'UE pour la première fois de son histoire, ne seront pas faciles ni sans accrochages. Le président de la Commission européenne José Manuel Durão Barroso assure que les pays membres sont prêts à remplir leur « engagements concrets »: on verra dans quels termes et avec quels délais, « mais pour l'instant, les Cassandre qui misaient contre l'euro se sont trompés ». Les échéances sont connues: la modification au Traité doit être chose faite d'ici le mois de juin 2011, afin que les ratifications puissent se conclure en temps utile pour l'entrée en vigueur le 1er janvier 2013 ; et que le mécanisme permanent anti-crise soit prêt au plus tard six mois plus tard, quand le mécanisme provisoire en place va expirer.
Et, pendant qu'il négocient de nouvelles contraintes et de nouveaux engagements, les États membres doivent continuer à alléger leur dette, à réduire leurs déficits budgétaires, à essayer de développer des réformes pour favoriser et accélérer une croissance qui, pour l'instant, n'arrive pas à produire de la nouvelle richesse et, surtout, de nouveaux emplois: l'UE, comme d'ailleurs les États-Unis, n'a pas encore récupéré tout ce qu'elle a perdu dans la crise de 2008. Le chef de file de l'Eurozone, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a cru bon de rappeler, à la fin du Sommet, que l'Europe ne peut pas se réduire à la gouvernance économique et, dans ce contexte, à l'harmonisation fiscale: il lui faut aussi un coté social, un rapprochement des politiques sociales.
Pour une fois, et cela n'a pas été une première, le Conseil européen n'a pas cherché une voie de sortie des problèmes internes à l'Union dans la situation internationale: les chef d'État et de gouvernement se sont essentiellement consacrés à leurs problèmes économiques et monétaires et n'ont pas lancé de messages au monde, tout en reconnaissant au Monténégro le statut de pays candidat à l'adhésion et en exprimant leur souci et leur impatience à l'égard de la situation en Côte d'Ivoire (voir article en Journée politique). (Gp).