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Bulletin Quotidien Europe N° 10177
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) pe/commerce

Au Parlement, la reprise des négociations avec le Mercosur suscite de grandes préoccupations en matière agricole

Strasbourg, 08/07/2010 (Agence Europe) - À la veille du sommet UE/Brésil le 14 juillet à Brasilia, où la question sera à l'ordre du jour, le Parlement européen a confirmé, lors de sa réunion plénière du jeudi 8 juillet à Strasbourg, les inquiétudes soulevées ces dernières semaines sur les risques pour l'agriculture européenne de la reprise des négociations pour un accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay et Venezuela). Proposée début mai par la Commission européenne (EUROPE n° 10133) et convenue en marge du sommet UE/Amérique latine du 18 mai à Madrid, la reprise des pourparlers est formellement intervenue lors d'une réunion au niveau des hauts fonctionnaires, du 29 juin au 2 juillet à Buenos Aires.

Tous groupes politiques confondus, les députés de la commission agriculture avaient critiqué, lors de leur réunion du 1er juin, la décision de la Commission de relancer ces négociations (EUROPE n° 10158). À l'origine d'une question orale à la Commission, l'Irlandaise Mairead McGuinness (PPE), les Britanniques George Lyon (ADLE) et James Nicholson (ECR), le Français José Bové (Verts/ALE) et le Portugais Luis Manuel Capoulas Santos (S&D) ont de nouveau tiré la sonnette d'alarme jeudi, en présence du commissaire au Commerce Karel De Gucht. « Beaucoup ont été surpris par cette décision. La Commission aurait mieux fait de consulter le Parlement au préalable. Si vous poursuivez sur cette voie, nous allons dresser des barricades », a averti M. Nicholson, mettant en avant les lacunes, côté sud-américain, en matière de traçabilité, de normes sanitaires et de bien-être animal. « Rouvrir les négociations avec le Mercosur alors que l'UE s'apprête à redéfinir sa politique agricole révèle un manque de cohérence dangereux de la part de la Commission (…) qui, une nouvelle fois, brade son agriculture et ses paysans pour obtenir des contreparties aléatoires pour des entreprises de services », a renchéri M. Bové. « La réouverture des négociations suscite beaucoup d'inquiétudes. Nous devons préserver nos modes de production », a poursuivi M. Lyon. « Notre Parlement impose des normes élevées pour la production alimentaire. Nous ne pouvons pas permettre que cet accord soit conclu au détriment de la production de l'UE, au moment où nous réformons notre PAC. Il n'y a pas de cohérence entre notre politique commerciale et notre politique agricole », a déploré Mme McGuiness, dénonçant, pêle-mêle, la caducité du mandat de négociation octroyé en 1999 à la Commission, la non-présentation par la Commission d'une évaluation d'impact, les pertes d'emplois qu'engendrerait un accord à travers l'Europe rurale, ainsi que les problèmes de déforestation et de changement d'affectation des sols dans les pays du Mercosur.

Son collègue grec du PPE, Georgios Papastamkos, a rappelé que l'UE enregistre déjà un déficit de sa balance commerciale agricole vis-à-vis du Mercosur. « La Commission a décidé, sans débat public préalable, de relancer des négociations dont les conséquences risquent d'être catastrophiques pour notre agriculture, en particulier notre élevage. Les importations de viande bovine vont augmenter de 70%, celles de viande de volaille de 25%, elles vont déferler sur l'Europe à un coût moindre puisqu'elles ne sont pas produites avec le même niveau d'exigences sociale, sanitaire et environnementale », a ajouté la Française Marielle de Sarnez (ADLE). « Nous sommes inquiets. Il est à craindre qu'un accord porte un coup difficile à de nombreuses filières agricoles », a poursuivi le Français Elie Hoarau (GUE/NGL), exhortant la Commission à mener une étude d'impact. « Si ces négociations aboutissent à un accord, les producteurs agricoles européens seront confrontés à des problèmes dans de nombreux secteurs - viande bovine, volaille, fruits et légumes et viande de porc », a prévenu le Français Marc Tarabella (S&D), mettant en garde contre « une concurrence déloyale ». « Alors que l'UE est pionnière en matière d'exigences sanitaires, de traçabilité, de respect de l'environnement et de normes sociales, et impose à ses producteurs une conditionnalité très contraignante, en acceptant les importations des pays du Mercosur qui ne répondent pas aux normes européennes, nous risquons de devoir assumer une lourde responsabilité dans la défense des intérêts de nos consommateurs et de pénaliser nos producteurs », a-t-il ajouté.

Face aux critiques, M. De Gucht a souligné l'apport « essentiel » d'un accord avec le Mercosur, tant au plan politique, puisque l'accord d'association participera au renforcement de l'intégration régionale en Amérique du sud, qu'au plan économique, puisqu'il générera des gains importants pour les deux régions. « Il s'agit d'un partenaire en croissance pour nos exportations, qui est aussi important que l'Inde, le Canada ou la Corée du Sud », a-t-il expliqué, précisant que les exportations de l'UE vers le Mercosur enregistrent déjà une hausse de 15% par an, et que le bloc sud-américain est une terre d'accueil pour l'investissement européen plus important que la Chine, l'Inde et la Russie réunies. Le commissaire a également souligné les intérêts offensifs agricoles substantiels de l'UE dans les secteurs des vins, fromages, fruits et légumes, et sur la protection des indications géographiques. Défendant la validité du mandat de négociation, M. De Gucht a aussi promis de consulter les autres institutions, et indiqué que l'offre agricole de l'UE au Mercosur serait décidée entre ses services et ceux de son collègue à l'Agriculture, Dacian Ciolos. Enfin, le commissaire a assuré que la relance des négociations avec le Mercosur « ne sape nullement l'engagement de l'UE à conclure le round de Doha ». (E.H.)

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