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Bulletin Quotidien Europe N° 10177
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques raisons d'avoir confiance en l'Union économique et monétaire

Contre une image fausse de l'UE. Après trois commentaires consacrés à différents aspects de la gouvernance économique et de la surveillance de l'activité financière, j'ajoute quelques remarques plus personnelles.

On reproche parfois à cette rubrique son ton globalement positif et relativement optimiste, alors que dans la plupart des opinions publiques, ce sont le mécontentement et le pessimisme à l'égard de l'Europe qui dominent. En fait, je m'efforce de rétablir un certain équilibre. Je m'insurge en premier lieu contre la fausse image d'une UE qui serait une espèce de monstre imposant sa volonté et engloutissant les identités nationales. La porte de sortie est ouverte: tout État membre a la faculté de quitter l'UE, et elle n'a jamais pris l'initiative d'aucune candidature. Elle réunissait au départ six pays ; toutes les adhésions ultérieures ont été fortement voulues, et souvent invoquées, par les candidats. Le Royaume-Uni a surmonté trois veto ; l'Espagne a négocié avec patience pendant dix ans ; les candidats continuent à se presser à la porte et ils sont admis s'ils remplissent les conditions et respectent les règles. L'image d'un monstre qui phagocyte les pays tiers est ridicule ; on insiste pour entrer, chacun a sa voix dans les institutions, les plus faibles sont aidés. Et le départ est libre.

Deuxième élément: je crois que l'Europe traverse une période difficile mais créative pendant laquelle elle jette les bases, parmi d'énormes difficultés, de ce que seront demain la gouvernance économique commune et la maîtrise de l'activité financière. Elle les veut et elle les aura ; si l'un ou l'autre pays n'en accepte pas les règles, il peut rester en marge. Le monstre européen dévorateur est une invention de ceux qui trouvent plus commode de lui attribuer leurs défaillances et leurs comportements erronés.

Malgré les difficultés, on avance. Cela dit, il est évident que tout n'est pas parfait, que le fonctionnement institutionnel est complexe et partiellement en rodage et qu'il n'est pas simple de mettre d'accord 27 pays et les diverses forces politiques qui composent le Parlement européen. La dramatisation des positions respectives est inévitable et en partie compréhensible, car chacun est convaincu que sa position est la bonne. Mais on avance. Il y a quelques semaines, M. Barroso avait invité à constater combien de résultats récemment acquis paraissaient impossibles quelques mois plus tôt. Le mois dernier, M. Van Rompuy a invité à ne pas considérer que le Conseil européen soutient, par sa nature, les thèses intergouvernementales: l'institution qu'il préside est capable de conduire une politique plus ouverte que celle qui résulte des intérêts nationaux ; ce n'est pas parce que l'on représente un État que l'on n'a pas le sens de l'intérêt général européen, certaines décisions des pays de la zone euro l'ont prouvé. En début de semaine, Joseph Daul, président du groupe parlementaire le plus nombreux, a invité à « envoyer aux Européens des signes de confiance dans la capacité de l'Europe à innover, à renouer avec la compétitivité et donc la croissance ». Mercredi 7 juillet, le Parlement a mis au point sa position sur la surveillance des activités financières ; l'accord avec le Conseil ne sera pas aisé, mais ceux qui déjà annoncent l'échec devront peut-être faire marche arrière. D'autres progrès significatifs dans la discipline financière sont intervenus, concernant les règles applicables aux bonus pour les banquiers ou les orientations pour un Fonds européen de stabilité financière. Ce sont des signaux qui invitent à la confiance.

L'évolution allemande est une réalité. Je crois par ailleurs qu'il faudrait arrêter de reprocher à l'Allemagne son attitude de 2004/2005, lorsqu'elle avait obtenu, avec la France, l'affaiblissement du Pacte de stabilité dans le but d'éviter de se retrouver en infraction. Je crois qu'il faudrait au contraire se féliciter de l'évolution de l'attitude allemande, acceptant l'intervention européenne coordonnée en faveur des pays de la zone euro en difficulté, parallèlement au renforcement des sanctions. Face aux réticences de l'opinion publique et de certaines forces politiques en Allemagne, l'évolution n'était pas facile ; quelques semaines ont été nécessaires à Angela Merkel. Il est vrai que la mise en place du système européen de soutien et de protection aurait été plus efficace et moins coûteuse si elle avait été plus rapide. Mais une révolution en moins de trois mois, c'est vraiment si lent que ça ? Sans une Allemagne convertie et convaincue, rien n'aurait été possible ; elle demeure le pilier essentiel de l'édifice ; et le débat sur des évolutions ultérieures est entamé.

On prépare le financement futur. En même temps, est pratiquement ouvert le dossier des perspectives financières futures de l'UE, compliqué mais essentiel, lié à celui des ressources propres européennes, relancé après des années de silence. Alain Lamassoure, président de la commission parlementaire des budgets, a des idées et des projets, et les liens entre le Parlement européen et les parlements nationaux, vitaux en ces domaines, se renforcent. Autant de raisons pour ne pas choisir le pessimisme systématique en le confondant avec les progrès de l'unité européenne. (F.R.)

 

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