La question fondamentale. L'Europe progresse avec détermination, et plus vite que prévu, dans la définition et la mise en place de sa gestion économique et financière (voir cette rubrique d'hier). Mais le chemin est encore long, et le moment venu reviendra sur le tapis la question fondamentale: les pays de la zone euro seront-ils tous en mesure d'accepter les nouvelles disciplines et de les respecter ? Il n'est pas question d'établir en commun les plans nationaux ; chaque peuple choisit librement le régime politique qu'il souhaite, avec les orientations économiques qui en résultent. Mais la participation à l'euro implique nécessairement le respect des règles qui existent et de celles qui sont en élaboration ; et le recours à la dévaluation monétaire est impossible si la monnaie est unique. C'est vrai qu'en théorie la participation à l'euro est obligatoire pour les États membres qui réunissent les conditions nécessaires ; mais c'est une fiction. Le Royaume-Uni et le Danemark ont obtenu une dérogation, et la Suède utilise une astuce juridique pour rester en marge jusqu'au moment où un référendum national en décidera autrement. La vérité est que la zone euro réunira les pays qui le souhaitent et qui en acceptent et en respectent les disciplines.
Un sondage de la société américaine Bloomberg auprès des analystes et des investisseurs, ses clients, indique que: 41% des réponses prévoient que la Grèce sortira de l'euro, un certain nombre estime que le Portugal en fera de même et quelques-uns le prévoient aussi pour l'Irlande, voire pour l'Espagne. Je crois, quoi qu'en disent certains media, que ce sondage n'a aucune signification. Il a été fait aux États-Unis, le nombre des réponses n'est pas représentatif (moins de 1.000) et les analystes sont souvent plus habiles à expliquer le passé qu'à prévoir l'avenir. En fait, les facteurs déterminants seront, pour chaque pays de la zone euro, la capacité de combattre l'évasion fiscale et la corruption et l'importance que l'opinion publique attribue à la stabilité monétaire, donc sa disponibilité à accepter efforts et discipline.
Que penser de l'hypothèse que ce soit l'Allemagne qui souhaite la fin de l'euro ? Un conseiller du gouvernement allemand a déclaré: « Si une bonne fée nous redonnait le deutsche Mark, il s'apprécierait immédiatement de 20%, et tous les gains de compétitivité engrangés en dix ans s'évanouiraient d'un coup ».
Je crois qu'il faut retenir comme hypothèse de départ que tous les pays de la zone euro continueront à en faire partie parce qu'ils le souhaitent. Mais la preuve avec les nouvelles règles n'est pas encore faite.
Le taux de change de l'euro. Les querelles sur la valeur de l'euro sont mal placées. L'attitude préférée des media est de présenter comme une défaite toute baisse par rapport au dollar ; mais les autorités responsables, de M. Trichet à M. Juncker, rejettent toute préoccupation à ce sujet, et la tendance se diffuse à considérer que le taux de change autour de 1,20 euros (et même un peu moins) pour un dollar est appropriée. Ce sont les États-Unis et la Chine qui s'agitent et demandent des correctifs lorsque la valeur de l'euro décline.
L'hypothèse d'un «Conseil européen de la zone euro» est rejetée. L'idée, attribuée à Nicolas Sarkozy, d'un Sommet institutionnalisé de la zone euro, avec son secrétariat, a été sèchement rejetée par Herman Van Rompuy. Ayant rappelé qu'il avait lui-même convoqué deux fois, en mars et en mai, en marge du Conseil européen, les chefs d'État et de gouvernement de cette zone, il a ajouté: « Je crois que nous devons conserver cette façon pragmatique d'agir ; nous n'avons pas besoin de nouvelles institutions ». C'est clair, pour quelqu'un qui déclare ne pas aimer les prises de positions personnelles.
La Grèce allégera dès que possible les dépenses militaires. Cette rubrique a déjà évoqué le problème des dépenses militaires qui alourdissent le budget de la Grèce. Le Premier ministre, tout en soulignant que la sécurité nationale est une exigence incontournable, a évoqué cet aspect dans un entretien avec son homologue turc. Les effets seront nécessairement lents et progressifs, mais le résultat pourrait être, le moment venu, un allégement sensible du budget grec qui contribuerait, de manière stable, à la réduction du déficit.
Le PE en marge ? Le Parlement européen n'entend pas rester exclu de l'accouchement de la gouvernance économique européenne et il a réaffirmé l'exigence que la « méthode communautaire » soit respectée, sans glisser vers un système purement intergouvernemental. Pervenche Berès avait souhaité que le PE crée un groupe de sages parallèle à la Task force de M. Van Rompuy ; M. Lamassoure a proposé que le volet communautaire du « Fonds de stabilisation financière » soit inscrit dans le budget de l'UE; ce jeudi même, les présidents des principaux groupes politiques ont demandé que le PE soit impliqué dans la création de la gouvernance économique européenne et dans le renforcement du Pacte de stabilité.
(F.R.)