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Bulletin Quotidien Europe N° 10041
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La volonté d'assainir le monde de la finance dépasse les clivages politiques

Au-delà des partis. Ce n'est plus une question d'orientation politique, droite contre gauche, dirigisme contre libéralisme, et ainsi de suite. Désormais, au niveau européen, les critiques aux banquiers sont aussi vives au sein du PPE que chez les socialistes, parmi les libéraux que parmi les verts (je ne parle pas des extrémistes dont l'objectif commun, à l'extrême droite comme à l'extrême gauche, n'est pas d'améliorer mais de démanteler la construction européenne). Les partis politiques n'aiment pas cet amalgame car ils tiennent logiquement à leur identité, et les différences qui les séparent demeurent ; ma remarque n'a en rien un caractère général: elle se réfère explicitement à l'attitude spécifique à l'égard des « banquiers à bonus ». Elle sauvegarde aussi la distinction entre les activités bancaires, lesquelles sont positives pour la croissance économique et donc aussi pour les travailleurs lorsqu'elles financent les investissements, les infrastructures, la recherche ; elles deviennent abusives lorsqu'elles se concentrent sur la spéculation, à l'avantage des grands banquiers et des traders spécialisés. Malheureusement, l'hypothèse de séparer nettement les deux types d'activité rencontre des difficultés et des obstacles (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10016); il est toutefois évident que la condamnation généralisée se réfère à l'activité spéculative. Et c'est ainsi que Gordon Brown et Nicolas Sarkozy prennent des initiatives communes, et que les socialistes et les verts se félicitent (voir notre bulletin d'hier) des conclusions du Conseil européen.

Il est par ailleurs significatif que, parmi les nombreuses prises de position contre les abus des banquiers, l'une des plus fermes soit due au prochain commissaire européen à l'Énergie, Günther Oettinger, allemand de nationalité, PPE d'appartenance politique. Les banques n'ont tenu compte que des rendements en ignorant les risques et aucune instance n'a rempli sa tâche de surveillance, a-t-il déclaré à l'occasion du Congrès du Parti populaire européen à Bonn (voir notre bulletin n° 10037). Encore plus significatif est le ton très ferme des critiques du président de la Banque centrale européenne au comportement des banquiers, d'autant plus que M. Trichet est en général modéré, avec une tendance à la dédramatisation.

Trois mesures d'assainissement. Il semble évident, en particulier, que les autorités politiques ont été choquées, voire blessées par la manière dont des banques puissantes se sont précipitées pour restituer aux États les financements qu'ils avaient auparavant demandés, dans le but avoué de récupérer leur pleine liberté d'action et leur faculté de distribuer autant de bonus qu'elles le souhaitent, comme si rien ne s'était passé ces deux dernières années. À se demander jusqu'à quel point elles avaient vraiment besoin d'aides financières ! Leur situation est confortable: elles se financent à taux nuls, ou presque, et réclament la faculté de revenir aux opérations compliquées du genre des spéculations de 2007 ou 2008 sur le pétrole et les denrées alimentaires. Les dirigeants des banques et les traders s'enrichissent scandaleusement sur le dos des finances publiques et de la population. Le texte commun de Nicolas Sarkozy et Gordon Brown annonçant la taxation extraordinaire des bonus au Royaume-Uni et en France, publié par le Wall Street Journal, rappelle explicitement que les bonus 2009 résultent en partie du soutien apporté par les États au système bancaire. Le problème est que la taxation ainsi que les deux autres mesures en gestation ont besoin, compte tenu du caractère mondial des marchés financiers, d'une application généralisée. Je rappelle que les trois mesures concernent:

1. Le super-impôt sur les « bonus ». Le Royaume-Uni et la France ont décidé de l'appliquer aux bonus de cette année-ci. L'intention serait de les prolonger ensuite, mais deux incertitudes subsistent: le résultat des prochaines élections britanniques et le comportement des autres pays, notamment à l'intérieur de l'UE. Mme Merkel a jugé cette idée attrayante, mais pour la concrétiser elle a besoin de certains éclaircissements juridico-constitutionnels et de l'accord du parti libéral. À défaut d'être généralisé, cet impôt nuirait à l'attractivité des places financières de Londres et de Paris. Et si les conservateurs gagnent les prochaines élections, il faudra voir ce qu'en pense M. Cameron.

2. La taxe sur les transactions financières. L'exigence d'une application universelle est encore plus indispensable, car une taxe Tobin qui ne serait pas imposée partout risquerait de déplacer les opérations vers les marchés financiers qui ne l'appliquent pas. La négociation ne peut donc être que mondiale.

3. La supervision des activités financières. En ce domaine, l'UE avance pour son compte et un compromis a déjà été atteint au sein du Conseil ÉCOFIN. S'agissant toutefois d'un domaine législatif, le Parlement européen est directement impliqué, sur un plan d'égalité avec le Conseil. Cette rubrique reviendra demain sur les perspectives de cette négociation, qui ne sera pas simple.

(F.R.)

 

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