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Bulletin Quotidien Europe N° 10009
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/conseil europÉen

Le débat sur les « postes » gagne en dynamique

Bruxelles, 29/10/2009 (Agence Europe) - La liste des responsables dont les noms sont évoqués - et sans doute discutés jeudi soir 29 octobre et vendredi dans les coulisses du sommet - pour les postes de président stable du Conseil européen et de Haut représentant (HR) pour les Affaires étrangères s'est encore allongée ces dernières heures.

Après que la Lettonie a annoncé, mercredi 28 octobre, la candidature de son ancienne présidente, Vaira Vike-Freiberga (EUROPE n° 10008), pour la plus haute fonction de l'UE, on a appris, jeudi, que le représentant de la Commission à Washington, l'ancien Premier ministre irlandais John Bruton, a envoyé une lettre de candidature aux représentants des 27 États membres dans la capitale américaine pour annoncer son « intérêt » à devenir le premier président stable du Conseil européen et pour solliciter le soutien des gouvernements. M. Bruton plaide, dans sa lettre, pour un président à profil bas dont la principale responsabilité serait de préparer et de présider le Conseil européen en étroite coopération avec tous les États membres « indépendamment de leur taille ». L'ancien Premier ministre finlandais, le social-démocrate Paavo Lipponen, s'est également lancé dans la course sans toutefois officiellement annoncer sa candidature. Sa carte blanche publiée dans le Financial Times du 29 octobre sur l'avenir institutionnel de l'UE ressemble toutefois très fort à une déclaration d'intérêt pour le poste de président du Conseil européen. Tout comme M. Bruton et Jean-Claude Juncker, M. Lipponen estime que le président devra avant tout agir vers l'intérieur, c'est-à-dire travailler avec tous les États membres pour préparer les sommets européens et faire avancer l'intégration européenne. Dans cette fonction de « coordinateur », le président devra « avoir le temps d'écouter les gouvernements des pays membres » et régler d'éventuels problèmes (« troubleshooter »). En revanche, rien concernant les « postes » n'a filtré du dîner Sarkozy/Merkel qui a eu lieu mercredi soir à Paris. Tandis que le président Sarkozy semble toujours appuyer Tony Blair, la chancelière allemande tarde à dévoiler ses cartes ; sa position pourrait être décisive, notent les observateurs. Alors que les deux candidatures « extrêmes » de MM. Blair et Juncker semblent s'éliminer mutuellement, des « candidats de compromis » pourraient percer, peut-être dès ce Conseil européen (même si les décisions formelles ne seront prises que plus tard, sans doute lors d'un sommet extraordinaire vers la mi-novembre). Dans ce rôle, sont notamment cités le Premier ministre néerlandais Jan-Peter Balkenende (bien qu'il ait dit mercredi qu'il n'était « pas candidat »), le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt (qui, depuis le début de la Présidence suédoise, a fait très bonne impression), l'ancien chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, la présidente finlandaise Tarja Halonen, ou encore l'ancienne présidente d'Irlande, Mary Robinson et, plus rarement, l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt. Quant au Haut représentant, les noms les plus évoqués sont ceux de David Miliband (ses chances sont réelles si M. Blair est écarté de la course à la présidence du Conseil européen), Carl Bildt, Olli Rehn, Paavo Lipponen ou même la ministre suédoise des Affaires européennes, Cecilia Malmström.

Jeudi, au début du sommet, le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a plaidé pour que le premier président stable du Conseil européen soit une femme.

José Luis Zapatero, Herman van Rompuy et Gordon Bajnai veulent un président fort
et qui fasse avancer l'intégration européenne

Lors de la conférence de presse du trio présidentiel hispano-belgo-hongrois (voir autre nouvelle), José Luis Zapatero a dit que la famille socialiste avait une préférence pour le Haut représentant de l'UE, mais il n'a pas voulu citer de noms pour les postes à pourvoir, le débat devant d'abord porter sur les critères. « Ce que moi je veux, c'est un président européen, avec une vocation européenne (…) qui veut renforcer l'Union européenne, qui soit capable de lancer de nouveaux processus », a dit le président du gouvernement espagnol. Tout en reconnaissant que « nous avons besoin de temps pour trouver un consensus », le Premier ministre hongrois Gordon Bajnai s'est prononcé pour « un président qui peut représenter l'UE de manière très forte à l'extérieur », tout en étant « quelqu'un qui soit prêt à écouter tout le monde et qui sache comment trouver de bons compromis (…) quelqu'un aussi qui connaisse bien les mécanismes, les institutions ». « L'avenir de l'Europe, ce n'est pas que des personnes », a observé le Premier ministre belge Herman van Rompuy non sans affirmer, lui aussi, que « le nouveau président devra être un Européen convaincu » qui sache « rechercher l'accord et respecter le fragile équilibre entre les institutions ».

Les socialistes européens veulent négocier avec le PPE pour obtenir « l'un des deux postes »,
avec une préférence pour le HR

Les chefs de gouvernement et dirigeants de partis appartenant au Parti socialiste européen (PSE), réunis en pré-sommet jeudi après-midi à Bruxelles, ont chargé un « trio » composé de José Luis Zapatero (Premier ministre espagnol), Werner Faymann (chancelier autrichien) et Poul Nyrup Rasmussen (président du PSE) de négocier avec le Parti Populaire Européen (PPE) et les gouvernements de centre-droit l'octroi « d'un des deux postes » créés par le Traité de Lisbonne à une personnalité appartenant à la famille socialiste. C'est ce qu'a annoncé M. Rasmussen jeudi quelques heures avant le début du Conseil européen à Bruxelles. Martin Schulz, le chef du groupe socialiste au PE, a toutefois souligné devant des journalistes que le PSE a une préférence très claire pour le poste de Haut représentant pour les affaires étrangères. À ce stade, le PSE est encore divisé aussi bien sur une éventuelle candidature de Tony Blair à la présidence du Conseil européen (le travailliste britannique aurait seulement l'appui de Gordon Brown) que sur la question de savoir lequel des deux postes la famille socialiste devrait réclamer (là aussi, M. Brown semblait assez isolé au PSE à préférer la tête du Conseil européen … pour M. Blair). Il nous reste deux semaines avant le probable Conseil européen extraordinaire de mi-novembre pour trouver une « position commune » des socialistes européens sur la question des nominations, a affirmé M. Rasmussen devant la presse. Grâce aux consultations que va mener le « trio », nous sommes confiants de pouvoir y arriver, a dit le président du PSE qui refuse toutefois de citer les noms des possibles candidats socialistes. « Il est trop tôt pour citer des noms », estime M. Rasmussen. Le travailliste David Miliband, actuel ministre britannique des Affaires étrangères, semble avoir de réelles chances de passer comme HR, si, comme cela semble de plus en plus probable, M. Blair se voyait refuser la présidence du Conseil européen.

Les libéraux n'ont pas renoncé à obtenir un poste

En dressant le profil du poste de futur président du Conseil européen et en affirmant qu'un des leurs devra occuper cette fonction ou celle de Haut représentant, les libéraux démocrates européens affichent leurs ambitions, sans abattre leurs cartes. « Nous pensons que le futur président du Conseil européen devra être le président des réunions, le coordinateur de ces réunions et qu'il devra aussi avoir la possibilité de convoquer des réunions extraordinaires du Conseil européen en cas de circonstances exceptionnelles », a clairement énoncé, jeudi 29 octobre, Annemie Neyts-Uyttebroeck, à l'issue de la traditionnelle réunion pré-Sommet du parti ELDR. Une approche qui revient quasiment à fermer la porte à Tony Blair. Centré sur l'organisation en interne des activités de l'UE un tel descriptif s'éloigne en effet de celui que font les partisans d'une candidature de l'ancien Premier ministre britannique, dont les qualités de représentation internationale sont principalement mises en avant.

Toujours est-il que si les libéraux démocrates ne souhaitent avancer aucun nom à ce stade, ils demandent que l'un des postes à pourvoir en cas d'entrée en vigueur du traité de Lisbonne leur revienne. « La famille libérale devrait être représentée parmi les quatre postes principaux dans l'UE », a souligné Mme Neyts-Uyttebroeck. Sachant que la présidence de la Commission européenne et celle du Parlement européen ont déjà été attribuées à des membres du PPE, les libéraux démocrates veulent hériter du poste de président du Conseil européen ou de celui de Haut représentant. « Notre aide a été décisive dans l'élection du président de la Commission européenne », rappelle opportunément leur présidente. (H.B./A.B./O.J.)

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