Bruxelles, 15/05/2009 (Agence Europe) - Axée sur l'inclusion sociale, la 8ème rencontre européenne des personnes en situation de pauvreté a permis à leurs représentants d'exprimer leurs besoins et leurs attentes pour sortir de cette situation. Des besoins, des mesures pour y répondre et des propositions qui doivent être entendus par les hommes politiques et les administrations publiques. Des mesures concrètes fondées sur les relations entre les générations, la solidarité entre les riches et les pauvres, ceux qui sont en bonne santé et les malades, les travailleurs actifs et ceux qui ne peuvent pas travailler, des mesures, comme l'a souligné à l'ouverture des travaux Martin Zarsky (ministère tchèque des Affaires sociales et du travail), « qui doivent veiller à la dignité des personnes dans le besoin ». Espace unique pour les échanges, cette 8ème rencontre s'est penchée sur trois sujets intimement liés: l'inclusion financière, l'accès au logement, les services de base.
Marian Hosek, vice-ministre tchèque de la politique sociale, des services sociaux et de la politique familiale, a d'entrée de jeu rappelé que l'accès aux services financiers est une condition indispensable pour vivre dans notre société. Pauvreté implique pas d'accès à des comptes bancaires, et donc à l'emploi. L'exclusion financière a pour corollaire l'endettement et le surendettement, une situation qui perdure vu le bas revenu de la personne endettée, les dépenses urgentes auxquelles elle doit faire face, le trop grand nombre de dettes contractées et la mauvaise gestion de l'argent. Une éducation financière peut remédier à cette situation d'endettement de longue durée, estime Marian Hosek qui prône ce qu'il appelle « l'alphabétisation financière et éducative ».
Dans sa synthèse de l'atelier auquel ont notamment participé Jean-Marc Delizée, secrétaire d'État belge à la lutte contre la pauvreté, le Père Guy Gilbert, Jérôme Vignon, directeur « Protection sociale et Intégration » (Commission européenne), Ludo Horemans, président du réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN), le rapporteur Marie Giudicelli a relevé les difficultés soulevées par les représentants des personnes en situation de pauvreté des différents pays de l'UE au cours de la discussion: (1) les services de base: ils ne sont pas toujours assurés dans les pays dans lesquels ces personnes vivent, l'accès à l'énergie dont les prix ne cessent de croître, le coût beaucoup trop élevé de l'énergie alternative, l'accès aux soins médicaux trop chers eux aussi ou quand ils font l'objet de corruption, l'accès aux crèches avec leur manque de structures d'accueil qui empêche les parents d'aller travailler, les villages « fantômes » où les personnes âgées sont en situation d'extrême pauvreté, l'accès à l'information, l'insalubrité des logements, la chèreté des procédures juridiques ; (2) l'inclusion financière: pouvoir d'achat insuffisant, allocations sociales très faibles dans certains pays, insuffisantes dans d'autres. Salaire minimum trop bas, difficulté d'accès au crédit, lien entre inclusion financière et logement (problème de l'indexation des loyers par rapport aux salaires) ; (3) les logements sociaux qui ne sont pas décents et qui sont insuffisants. Le nombre des sans abris augmente et les loyers deviennent de plus en plus chers. Pour Marleentje Meertens (Pays-Bas), « l'accessibilité à la société est l'élément principal de notre savoir et de la solidarité en général ».
S'exprimant avec sa truculence habituelle, le Père Guy Gilbert (qui s'occupe depuis 43 ans de jeunes mineurs délinquants très difficiles) a déclaré, à propos des services sociaux: « Dans mon travail, les services sociaux sont tous emmerdants parce qu'ils ne tiennent pas compte de ce que nous vivons (...) J'admire les services sociaux mais ce sont souvent des gens qui sont face à des écrans et n'ont aucune connaissance des personnes dans le besoin. Ils devraient venir voir les gens ! ». Critiquant farouchement « le Roi Sarko » qui ne lui donne que « 400.000 euros sur un budget d'1 million d'euros » pour aider les jeunes en difficultés, le Père Gilbert (qui doit chercher l'argent ailleurs, « par mes bouquins entre autres ») a insisté sur le fait que beaucoup d'associations « crèvent quand il n'y a pas d'argent (…) Les pauvres ne sont pas écoutés dans le Royaume de France ! ». Des propos auxquels la Luxembourgeoise Brigitte Weinandy, membre du comité de protection sociale de l'UE, a réagi: « Cela ne résume pas l'essentiel des services sociaux. Il y a aussi, au Luxembourg entre autres, des personnes à respecter, des personnes qui prennent très au sérieux l'engagement vis-à-vis des autres ». Et le Père Gilbert d'enchaîner: « J'admire les personnes qui gèrent des tas de papier mais elles ne voient pas la gueule des gens ! En France, il y a beaucoup de centres de jeunes qui crèvent, et ces jeunes marginaux se retrouvant en prison et ensuite en hôpital psychiatrique! Les pauvres sont les plus atteints par la récession », a insisté le Père Gilbert en lançant: « J'admire le Luxembourg et lui demande d'amener ses méthodes en France ! ».
Un représentant allemand des personnes en situation de pauvreté a, quant à lui, critiqué l'Union européenne et la Commission, « les questions d'ordre financier étant toujours à leur ordre du jour mais on ne parle jamais des gens ! ». Et le Père Guy Gilbert de noter qu'il existe des « plans superbes des différents pays de l'UE, et malgré cela, il y a de plus en plus de sans abris ! Tout le monde a droit à trois repas par jour, à l'eau, à l'électricité. Il faut pousser au cul ces gouvernants ! De plus en plus de gens crèvent dans la rue ! », s'est-il écrié, furieux. Et de rappeler au passage que Nicolas Sarkozy avait déclaré, avant d'être élu président: « D'ici deux ans, il n'y aura plus de sans abris ! Or, ils ont augmenté ! » Et de conclure: « Il faudrait que tout le monde puisse dormir dans un lit ! ».
Dans la perspective de la Présidence belge de l'UE au second semestre 2010, Jean-Marc Delizée a présenté les priorités de ladite présidence: revenu minimal, inclusion active par le travail, accès aux services sociaux et publics pour chaque citoyen. « L'année 2010 est essentielle, c'est la fin de la décennie de la Stratégie de Lisbonne et le début de celle des sujets que sont le revenu minimal, la pauvreté des enfants, une pauvreté qui se reproduit de générations en générations, le logement et le sans abrisme » (…) « Lutter contre la pauvreté, c'est l'affaire de tous. Cela demandera du temps. Il faudra mobiliser tout le monde, de la commune à l'UE, avec le tissu associatif », a conclu le secrétaire d'État belge. (G.B.)