Strasbourg, 06/05/2009 (Agence Europe) - Ouvrant, mardi soir à Strasbourg, un feu nourri contre le mélange de vins blancs et rouges préconisé par la Commission européenne, la démocrate-chrétienne luxembourgeoise Astrid Lulling s'est insurgée contre la concurrence déloyale qui risque de pénaliser les producteurs européens qui ont cherché au cours des dernières décennies à améliorer la qualités des vins rosés. Elle a demandé à la Commission de prendre le temps d'une nouvelle évaluation et d'une concertation avec les professionnels de la filière. Le Français Patrick Louis (IND/DEM) a fustigé une « hérésie fatale aux viticulteurs européens » et qui ne sert qu'à absorber la production croissante des pays tiers. « Il est impératif d'interdire le coupage avant le 7 juin ! », s'est-il exclamé. Citant Pierre Dac, Anne Lapperouze (ADLE, française) a demandé à la commissaire pourquoi elle n'avait pas encore envisagé de greffer des rosiers sur les vignes pour produire du rosé naturel. « Le vin n'est pas seulement un produit agricole. Il représente aussi notre culture et nos traditions », a dit l'élue italienne d'Alleanza Nazionale Cristiana Muscardini, pour qui « il n'y a pas de qualité sans tradition ». Les nouvelles pratiques que l'on veut introduire entraînent un risque pour la qualité et peut-être aussi pour la santé, a-t-elle poursuivi en estimant que si l'on continue sur cette voie, on finira par accepter l'ajout d'eau, d'arômes artificiels et de bien d'autres « pratiques de petits alchimistes ». Agitant une bouteille contenant de l'eau additionnée à du jus de betterave, une autre forme de rosé pour l'avenir, le socialiste français Gilles Savary s'en est pris à « la contrefaçon alimentaire » que la Commission Barroso cherche à introduire en Europe. Le cinquième de la production mondiale qui se fait par coupage « ne doit pas mettre en coupe réglée » le reste de la production, a-t-il estimé. Et s'il faut donner un nom à ces mélanges, « appelez les bibines, cela correspond mieux à la qualité du produit », a-t-il ajouté.
« Il n'y a pas de définition du vin rosé, ni dans l'UE, ni dans les organisations internationales », s'est défendue Mariann Fischer Boel avant de prendre l'exemple du champagne rosé qui est issu du mélange de vins issus de raisins blanc et noir (la Commissaire à l'Agriculture a ainsi omis que les champagnes eux-mêmes sont issus de mélanges de plusieurs cépages, les blancs pouvant contenir des vins issus de raisins noirs, et à l'exception des vins millésimés, des vins provenant de plusieurs récoltes: NDLR). Elle a ensuite rappelé que lors d'un vote indicatif, une série d'États membres, y compris la France, ont voté pour la levée de l'interdiction de coupage. Mariann Fischer Boel a souhaité un vote en comité de réglementation le 19 juin, de façon à permettre l'entrée en vigueur des nouvelles pratiques dès le 1er août. Elle a estimé qu'il n'était pas nécessaire de réaliser de nouvelles évaluations et affirmé que les rosés traditionnels qui bénéficient d'une appellation n'entreront pas en concurrence avec les vins de table produits par coupage. De plus, la Commission propose deux options d'étiquetage: rosé traditionnel et rosé par coupage.
Les déclarations de la commissaire n'ont pas apaisé Agnès Schierhuber (PPE, autrichienne) qui s'est opposée au coupage qui « n'est pas un procédé œnologique ». Évoquant « un patrimoine menacé », Alessandro Battilocchio (PSE, italien) s'est inquiété du risque de baisse de la qualité de la production européenne. « On avait déjà le chocolat sans cacao (…) on a failli avoir le poulet à l'eau de javel et maintenant on va avoir le coloriage du vin blanc avec du vin rouge», a déploré le non inscrit français Jean-Claude Martinez en parlant d'une « agression culturelle ». « Je suis en colère après vous avoir entendu. Il est inadmissible que vous vous permettiez d'autoriser le coupage », a renchéri l'élu française de l'UMP Françoise Grossetête, pour qui ce « vin mélangé » est « une insulte aux viticulteurs ». « Dans mon pays, on produit du vin depuis 3000 ans », a dit le démocrate-chrétien grec Ioannis Gklavakis qui craint « une dégradation de l'image du vin européen », alors qu'on a déjà accepté « l'ajout de sciure et de sucre ».
En dépit de nouvelles interventions virulentes de Mme Lulling, qui a apostrophé la commissaire en lui demandant « quelle mouche l'a piqué pour faire cette proposition », Mme Grossetête, qui lui a reproché de « rester sourde à tous les arguments », et de M. Savary qui lui a reproché une « reddition devant tout ce qui vient d'ailleurs », Mariann Fischer Boel a estimé qu'elle préconisait « une approche équilibrée » qui permettra aux producteurs européens d'entrer en concurrence avec les vins de coupage d'autres origines qui sont autorisés par l'OIV. Il appartiendra aux États membres d'indiquer s'ils veulent mentionner sur les étiquettes que le vin provient d'un coupage. (O.J.)