Bruxelles, 06/05/2009 (Agence Europe) - Après avoir présenté mardi aux députés européens leurs attentes pour le Conseil européen de juin, le vice-Premier ministre tchèque Alexandr Vondra et le Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, se sont exprimés sur les préparatifs du Sommet de l'emploi de ce jeudi 7 mai à Prague. S'en est suivie une discussion commune sur les rapports de: (1) Gabriele Stauner (PPE-DE, allemande) sur l'extension du champ d'application du Fonds européen d'ajustement à la mondialisation aux situations de crise économique et financière, adopté par 538 voix pour, 35 contre et 37 abstentions ; (2) de José Silva Peneda (PPE-DE, portugais) concernant l'agenda social renouvelé, adopté par 403 voix pour, 51 contre et 12 abstentions ; (3) de Jean Lambert (Verts/ALE, britannique) sur l'inclusion active des personnes exclues du marché du travail, adopté par 256 voix pour, 19 contre et 129 abstentions. Notons qu'une résolution alternative présentée par le PPE-DE concernant le rapport Lambert a été rejetée. Le PPE-DE n'était pas d'accord avec la demande de Mme Lambert d'un revenu minimum pour l'inclusion active équivalent à 60% du salaire national moyen.
Après une présentation des travaux qui se sont se tenus dans les ateliers préparatoires au Sommet de l'emploi et de ses attentes pour la réunion (EUROPE n° 9895), le vice-Premier ministre tchèque sortant s'est félicité du rapport de José Silva Peneda qui demande un agenda social ambitieux. Ce rapport reconnaît l'importance du développement de nouvelles aptitudes, le recours aux nouvelles formes d'organisation du travail, la nécessité d'une meilleure conciliation entre vie professionnelle et familiale, et « tout ceci est repris dans notre agenda pour le Sommet de l'emploi », a constaté M. Vondra. Le rapport de Jean Lambert qui plaide pour une inclusion active des personnes exclues du marché du travail est également de première importance selon le ministre Vondra, qui rappelle qu'une telle approche faisait partie des objectifs de la Présidence tchèque (au même titre que celui de créer des emplois à long terme). Toutefois, pour Alexandr Vondra, « le besoin le plus urgent, c'est de veiller à ce que les conclusions des ateliers soient traduites en actions ».
Prenant ensuite la parole, le président de la Commission a mis en exergue « le coût social et humain de la crise. Le chômage est un phénomène local, national et européen (…) Il faut apporter une réponse sous l'angle européen. La Commission travaille sans relâche à la lutte contre le chômage et à trouver une issue à la crise », a-t-il rappelé. Pour M. Barroso, il faut envoyer un signal clair aux citoyens, à savoir que « l'Union comprend bien la crise et comprend bien qu'il s'agit du bien-être des citoyens. L'Europe peut vraiment changer les choses », a-t-il martelé. Et de rappeler que le Fonds social européen aide ceux qui sont frappés par la crise. « Il faut aider les moins qualifiés, les handicapés, les groupes vulnérables. Il faut les inclure de manière active dans la société. Il faut tenir compte des jeunes pour qu'ils ne se retrouvent pas au chômage dès qu'ils arrivent à la fin de leurs études », a conclu José Manuel Barroso.
Gabriele Stauner s'est félicitée du compromis atteint avec le Conseil en avril dernier sur les nouvelles conditions qui devront être remplies pour que les travailleurs licenciés aient accès à l'aide du FEM (EUROPE n° 9877/N° 9880), et plus particulièrement sur la question de la participation financière du FEM et du cofinancement des budgets nationaux, qui est de 50-50. « Ce n'est qu'à titre exceptionnel que le taux d'intervention du Fonds pourra atteindre 65% », a précisé Gabriele Stauner.
« Nous sommes vraiment dans une crise de confiance », a enchaîné José Silva Peneda en présentant son rapport (EUROPE n° 9879). « Il y a plus d'exclusion sociale, de pauvreté, de chômeurs, de criminalité, de désespoir. L'emploi, c'est plus qu'une simple question de revenus », a poursuivi le rapporteur. Pour lui, l'Europe doit avoir des normes sociales. Il faut également une flexibilisation des Fonds structurels européens pour que l'UE puisse faire face au changement et un renforcement du dialogue social. « Il faut aussi que la politique sociale rejoigne la politique économique. Il faut une reprise économique mais sans oublier le plan social », a-t-il conclu.
Pour Jean Lambert, « l'inclusion active doit être remplacée par l'inclusion sociale laquelle vous donne le sentiment que vous avez un rôle à jouer dans la société ». Il faut également avoir un revenu qui vous permette de vivre dans la dignité. Les États membres doivent envisager l'établissement d'un salaire minimal et ne pas oublier « les travailleurs pauvres qui sont devenus LE problème en Europe ! », a poursuivi Mme Lambert en insistant aussi sur l'importance d'avoir un marché du travail de plus en plus inclusif, de bénéficier d'une éducation et d'une formation scolaire. Elle a appelé à « avoir une approche de plus en plus individualisée, à savoir centrée sur l'individu » et à lutter contre le chômage à long terme et celui des personnes âgées. Un leitmotiv: ceux qui sont exclus du marché du travail doivent y être inclus, a-t-elle conclu (EUROPE n° 9878/N° 9894).
Au nom de la commission Environnement, Anne Ferreira (PSE, française) a insisté sur le rôle de l'économie sociale. Pour la commission Développement régional, Monica Giuntini (PSE, italienne) s'est félicitée de l'accord intervenu en première lecture sur le FEM et a estimé que la Commission devrait faire une évaluation des nouvelles dispositions d'ici 2011. Pour la commission Culture, Cornelis Visser (PPE-DE, néerlandais) s'est félicité, dans le rapport sur l'agenda social, du « lien fait entre le lieu du travail et d'éducation. Il faut des passerelles entre le monde de l'éducation et celui de l'entreprise », a-t-il insisté. Pour la commission des Droits de la Femme, Maria Panayatopoulos-Cassiotou (PPE-DE, grecque) a félicité Jean Lambert « qui a fait preuve de beaucoup d'ouverture afin de tenir compte de l'avis de la commission Droits des Femmes en matière d'égalité des sexes et d'insertion sociale » mais aussi pour avoir mis l'accent sur le soutien aux membres de la famille et sur l'aide intergénérationnelle.
Othmar Karas (PPE-DE, autrichien) a félicité les trois rapporteurs pour avoir bien mentionné les termes « mode de vie, modèle social, dialogue social ». Jan Andersson (PSE, suédois) s'est référé aux propos tenus en marge de l'Eurogroupe par le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker comme quoi « la crise est aussi sociale et celle du chômage ». 25 millions de personnes risquent d'en être touchées dans les années à venir, c'est cela la situation, a affirmé Jan Andersson. Et de poser la question: le Conseil Emploi deviendra-t-il une Troïka Emploi ? L'emploi est-il une question importante pour le Conseil ou pas ? Pour le député, « il s'agit d'investissements à long terme - apprentissage tout au long de la vie, efficacité énergétique, etc. - C'est cela qu'il faut pour permettre aux gens de se former et de trouver un emploi. Il faut agir sur les marchés du travail en Europe, sur la mobilité géographique, physique et interprofessionnelle ». Ona Jukneviciene (ADLE, lituanienne) a félicité Gabriele Stauner « pour avoir contribué à un accord en première lecture sur le FEM ». Pour Brian Crowley (UEN, irlandais), il faut préserver les emplois existants et anticiper l'avenir. Il faut que toutes les politiques sociales se fondent sur les résultats à fournir aux personnes. Il faut aussi avoir un niveau de vie décent. Jean Lambert a estimé qu'il fallait voir ce qu'il en est des programmes de l'OIT et de la CES (syndicats européens). Et de s'interroger sur le secteur des soins de santé « qui est souvent mis de côté ». Gabriele Zimmer (GUE/NGL, allemande) a déploré que le Sommet sur l'emploi de ce jeudi « ait été réduit à une mascarade (…) On va être bien embarrassé d'un tel Sommet ! ». Pour lutter efficacement contre la pauvreté, il faut démanteler les disparités du marché de l'emploi et des normes sociales, a-t-elle affirmé en concluant: la lutte contre la pauvreté exige un grand effort international. Derek Clarke (IND/DEM, britannique) a émis des doutes sur la qualité de la directive aménagement du temps de travail. « Est-elle vraiment sociale ? », a-t-il demandé. Carl Lang (NI, français) a critiqué la Commission et les chefs d'État et de gouvernement de l'UE « pour ne pas avoir pris conscience de l'ampleur de la crise » et cela « malgré le choc économique et social qui y est lié ». « Croyez-vous que les centaines de milliers de chômeurs le sont parce qu'ils sont inaptes à travailler ? Cette sorte de pensée unique, de théorie économique du marché ouvert du libre-échange, c'est socialement et économiquement criminel ! », s'est-il écrié.
Réagissant dans un communiqué à l'adoption du rapport Stauner sur le FEM, José Manuel Barroso s'est félicité « de cette forte décision de la part du Parlement. C'est une bonne décision prise juste avant le Sommet sur l'emploi de Prague. L'Union place l'emploi en tête de son agenda (…) En cette période de crise économique et financière, le FEM a un rôle clé à jouer dans la limitation des conséquences de la crise sur l'emploi et en redonnant confiance à nos citoyens ». (G.B.)