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Bulletin Quotidien Europe N° 9870
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Ce que sous-entend la polémique pour ou contre un Conseil européen « social »

Objectif partagé, stratégies opposées. La transformation de ce qui avait été d'abord annoncé comme un Conseil européen consacré aux aspects sociaux de la crise en une rencontre entre la Présidence et les parties sociales a suscité de nombreuses réactions, parfois très vives. John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), a parlé d'un « mauvais signal aux citoyens et aux travailleurs », donnant l'impression que « les décideurs européens ne se soucient pas suffisamment du chômage » (voir notre bulletin n° 9868). Martin Schulz, président du groupe socialiste du Parlement européen, a parlé d'une « erreur fatale au moment où des millions de citoyens craignent de perdre leur emploi », et il a demandé que la session extraordinaire du Conseil européen soit rétablie afin que « les États membres montrent à l'opinion publique que l'emploi est au cœur de leur action ». Le président du Conseil européen et le président de la Commission ont confirmé qu'ils auraient préféré une véritable session supplémentaire du Conseil européen, M. Barroso invitant tous les chefs de gouvernement qui le souhaitent à participer de toute manière à la réunion, quelle qu'en soit la forme (voir dans notre bulletin d'hier le compte rendu du débat au sein du Parlement européen).

Ce qui est curieux dans cette affaire est que les adversaires d'une session spéciale du Conseil européen invoquent les mêmes raisons que ceux qui en déplorent le « déclassement ». Les uns et les autres expliquent leur attitude par le souci de prouver aux opinions publiques que l'objectif prioritaire de toute l'action européenne face à la crise est justement de soutenir et sauvegarder l'emploi. D'après les indications disponibles, une nette majorité des chefs d'État et de gouvernement avaient expliqué leurs réticences à l'égard de cette initiative en estimant qu'elle aurait donné l'impression que les plans de relance, européen et nationaux, négligeaient l'aspect « emploi » et qu'un Sommet européen spécifique aurait été nécessaire pour montrer qu'ils s'en préoccupent. Il faut au contraire qu'il soit clair, à leur avis, que la défense de l'emploi et la lutte contre le chômage représentent depuis le commencement l'objectif de tout ce qui est discuté et décidé. D'après plusieurs témoignages, c'est le Premier ministre belge Herman Van Rompuy qui avait été, pendant la discussion au dernier sommet, le plus efficace et convaincant en ce sens. La presse belge avait d'ailleurs été la première à annoncer que le Conseil européen « social » était annulé et remplacé par une rencontre avec les partenaires sociaux ; d'autres chefs de gouvernement avaient préféré indiquer qu'il revenait à la Présidence tchèque de prendre, et annoncer, les décisions appropriées.

L'UE doit faire comprendre que… Les positions pour et contre répondent donc au même souci mais en suivant deux stratégies différentes: soit en essayant de faire comprendre qu'il en est ainsi depuis le début, soit en convoquant un sommet ad hoc. Les situations nationales et la campagne électorale qui commence jouent leur rôle. Mais les positions sont parfois imbriquées ; nous avons cité la vigueur critique du président du groupe parlementaire socialiste, alors que les partis socialistes sont au pouvoir au Royaume-Uni, en Espagne et dans d'autres États membres, et partiellement en Allemagne. Le problème pour l'UE est de faire comprendre que: a) son action et ses interventions ne visent pas à sauver les banques et leurs dirigeants responsables du désastre mais que leur but est d'obtenir que le système bancaire soit en mesure de financer l'économie réelle et de protéger les épargnants en garantissant leurs dépôts ; b) les financements du budget communautaire ainsi que les prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI) soutiennent les infrastructures et les projets qui relancent certaines activités et préparent l'avenir. Ce n'est pas facile, car les opinions publiques ont parfois l'impression que les interventions publiques profitent surtout aux nantis sans garantir les emplois.

Un vieux débat à relancer. Le débat sur les grandes orientations et sur les principes est très vif et les positions sont tranchées. Mais lorsque l'on passe à l'examen de projets spécifiques, les clivages doctrinaires sont parfois surmontés. Par exemple, la position du Parlement européen sur le soutien à l'industrie automobile a été appuyée par les trois principaux groupes politiques (PPE, socialistes, libéraux), obtenant 413 voix favorables contre 44, et ce sont les verts presque isolés qui ont vivement contesté le texte adopté, en affirmant qu'il soutient les fabricants, leurs dirigeants et les actionnaires au lieu de viser l'évolution de ce secteur dans un sens qui garantirait la pérennité de l'emploi. C'est un exemple des choix opérationnels qui déterminent l'avenir. Ce n'est pas un Conseil européen supplémentaire qui apporterait les réponses, qui sont en partie liées à la vraie signification de l'industrie manufacturière pour l'Europe, vieux débat qui est à nouveau d'actualité et qui devrait être relancé. (F.R.)

 

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