Le secteur des produits de luxe commence à ressentir l'impact de la crise - Les produits de grand luxe résistent mieux. - Le marché mondial des produits de luxe, qui résiste généralement bien aux crises, commence à ressentir les effets de la récession, indique le cabinet d'études Bain & Company dans une étude sectorielle publiée le 29 octobre. Pour la première fois en six ans, l'industrie du luxe devrait entrer en récession en 2009 avec un recul des ventes de 2%, voire de 7% à taux de change constants, souligne le cabinet, qui a analysé les performances financières et les prévisions des 220 plus grandes entreprises du secteur. Pour 2008, Bain & Company confirme un net ralentissement du marché avec une croissance de 3% contre 6,5% en 2007 et 9% en 2006. « L'impact de la crise financière mènera certains secteurs à la récession. À quel degré et pour combien de temps, cela dépendra en partie de la réaction des entreprises. Celles qui se remettront le plus vite d'aplomb seront celles qui ont des marques internationales et diversifiées », commente Claudia D'Arpizio, l'un des auteurs de l'étude. À plus long terme, l'étude considère toutefois que les dépenses des personnes riches vont progresser au cours des cinq prochaines années, de 20% à 35% dans les pays émergents, comme le Brésil, la Russie, la Chine et l'Inde. Par région, l'étude indique que: 1) Europe: ce continent, qui représente 38% du marché mondial du luxe, devrait voir sa croissance diminuer de moitié en 2008, à 5% contre 10% en 2007, soutenue principalement par les performances des pays de l'Est ; 2) Japon: le marché du luxe japonais, qui représente 12% du marché mondial, est en récession depuis 2007 (-2%). Une situation qui va probablement s'accentuer en 2008 (-7%). Un yen faible par rapport à l'euro en 2007 a poussé les consommateurs japonais à se rabattre vers des produits de luxe moins prestigieux comme les parfums et les chaussures. La crise de la consommation s'est accentuée en 2008, malgré une remontée du yen par rapport à l'euro, ce qui montre que le pays est en profonde récession ; 3) États-Unis : après une croissance de 4% en 2007, le marché américain devrait stagner en 2008. Il s'agira de la première année de stagnation après le ralentissement économique ayant suivi les attentats du 11 septembre 2001. L'impact d'un euro fort combiné à la crise des « sub-primes » a contraint les consommateurs à se détourner des produits de luxe, même pour les marques les plus accessibles comme Tiffany et Coach. Par secteur, l'étude révèle que: 1) les marques les plus accessibles et les moins chères (Coach, Ralph Lauren) seront les premières touchées par la crise. Ce segment a enregistré des performances significativement plus basses en 2007 (+4%) par rapport à 2006, et devrait stagner en 2008 ; 2) les marques représentatives d'un certain standing et d'un niveau de vie confortable (Gucci, Louis Vuitton) sont restées stables en 2007 (+9%) et devraient s'aligner sur les performances générales du marché du luxe en 2008 (+3%) ; 3) les marques représentatives du « super-luxe » (Hermes, Loro Piana), qui s'adressent aux consommateurs les plus riches et à une certaine élite, résistent bien à la crise, avec une croissance de +10% en 2007 et +8% annoncé pour 2008. Par produit, l'étude prévoit encore: 1) une stagnation dans le secteur de l'habillement tant masculin que féminin (+0%), en particulier dans les marques les plus accessibles (les performances des deux autres catégories devraient être un peu meilleures); 2) une baisse des ventes d'articles de joaillerie (de +9% en 2007 à 2,5% en 2008) due à un net ralentissement des ventes en Europe et aux États-Unis. Les montres font exception, car il s'agit du premier article en joaillerie de luxe à être acheté par les consommateurs les plus riches des économies émergentes ; 3) les accessoires tirent leur épingle du jeu: le secteur des chaussures (+8%) et les articles de cuir (+4%) devraient enregistrer une forte croissance en 2008. La mode, qui tend à « accessoiriser » les tenues vestimentaires, a en effet développé les ventes dans ce secteur ; 4) les parfums devraient accuser une baisse de croissance de moitié en 2008, à +2,6%. Les autres produits cosmétiques de luxe devraient être moins touchés. (I.L.)