Bruxelles, 01/10/2008 (Agence Europe) - La Présidence française a présenté, mardi 30 septembre, en région parisienne, un manuel à destination des personnels de prison pour prévenir la radicalisation terroriste. Cette radicalisation, en particulier islamique, est un phénomène « que nous constatons depuis quelques années, qui touche aujourd'hui un peu plus d'une centaine de prisonniers » en France, a rappelé la ministre française de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, à l'occasion d'une réunion d'experts européens, à Saint-Denis. La ministre, qui s'exprimait en ouverture d'un séminaire européen consacré à la radicalisation dans les prisons de l'UE, organisé par l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) de la police française, a ajouté que ce phénomène existait également dans « d'autres pays tels que l'Allemagne et l'Autriche », selon AFP.
Lancée sous Présidence autrichienne en 2007, la réflexion sur ce thème devrait être finalisée d'ici la fin de la Présidence française, fin décembre. Lors de la rencontre, la ministre a présenté un « manuel, à destination de l'ensemble des personnels pénitentiaires » de l'UE, recensant « un certain nombre d'indicateurs » annonciateurs d'un début de radicalisation et proposant « des recommandations ». Parmi ces « indicateurs », figure notamment « ce qui peut être d'ordre extérieur, vestimentaire ou barbe qu'on laisse pousser », a souligné Mme Alliot-Marie, y ajoutant d'autres signes quant à eux « moins visibles », comme par exemple, « le refus d'obéir à des ordres donnés par les personnels féminins » de l'administration pénitentiaire. Le manuel regroupe aussi des « recommandations pour essayer d'interrompre le processus, de rétablir un discours, d'empêcher l'enfermement (sur soi-même) qui préside souvent à la radicalisation », a précisé la ministre. Selon elle, ce document invite aussi à « ne pas avoir une attitude de rejet d'une religion, assurer la liberté religieuse ». Ce séminaire a également réuni des représentants de l'Algérie, avec qui « nous voulons travailler », a affirmé la ministre, parce que « l'UE ne peut seule, lutter contre l'extrémisme ou le terrorisme ». Enfin, Mme Alliot-Marie a jugé que si les prisons étaient « un lieu où on peut déceler, agir » contre la radicalisation, il en allait de même pour d'autres qui permettent « l'échange de formation ou d'informations », citant les universités ou Internet.
Le commissaire européen chargé de la Justice, de la Sécurité et de la Liberté, Jacques Barrot, également présent lors de la réunion, a salué la présentation par la Présidence française de ce manuel de bonnes pratiques. « La Commission européenne continuera à soutenir des initiatives comme celles-ci car elles ont d'importants effets pratiques dans les États membres et contribuent à donner forme à la politique de l'UE en matière de prévention du terrorisme », a indiqué la Commission, dans un communiqué. La Commission a publié mardi sur son site Internet quatre études financées par elle sur: - les facteurs de création ou de modification des processus de radicalisation violente, chez les jeunes en particulier ; - les croyances, l'idéologie et les discours des radicaux violents ; - les tactiques utilisées pour mobiliser et recruter à l'intérieur du mouvement islamiste militant en Europe ; - les meilleures pratiques dans la coopération des autorités publiques et de la société civile pour prévenir et lutter contre la radicalisation violente. Pour plus d'informations: http: //ec.europa.eu/justice_home/fsj/terrorism/prevention/fsj_terrorism_ prevention_prevent_en.htm). Il était également prévu que la Commission publie en 2008 une communication sur la radicalisation et le recrutement du terrorisme. Toutefois, la présentation de ce document ne figure plus dans le programme de travail de la Commission, alors même que le Conseil européen avait, en juin dernier, appelé la Commission à présenter « dans les plus brefs délais » sa communication. « Cela n'ajoutait pas une valeur ajoutée d'un point de vue concret », a souligné un porte-parole de la Commission. Une source européenne a toutefois indiqué que le document préparé par les services de la Commission n'avait pas reçu l'aval politique nécessaire. « Un blocage a eu lieu au niveau du cabinet par peur de blesser la communauté musulmane. Il en allait aussi du devoir de neutralité de la Commission vis-à-vis des questions religieuses », a indiqué cette source. (B.C.)