Bruxelles, 04/09/2008 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 4 septembre, de conserver inchangés les taux d'intérêt de la zone euro. Le taux de soumission minimal appliqué aux opérations principales de refinancement reste ainsi à 4,25% et les taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt à respectivement 5,25% et 3,25%. Les services de la BCE ont également dévoilé leurs prévisions de croissance qui révisent à la baisse ces prévisions pour la fin de l'année.
« Nous avons décidé de laisser inchangés les principaux taux d'intérêt de la BCE », a déclaré Jean-Claude Trichet à l'issue de la réunion mensuelle du Conseil des gouverneurs de la banque. Selon les informations à la disposition de la BCE, l'inflation demeurera bien au-dessus du niveau compatible avec la stabilité des prix pour une période prolongée et les risques haussiers pesant sur cette stabilité des prix continuent à prédominer.
M. Trichet a également confirmé l'affaiblissement de la croissance du produit intérieur brut (PIB) mi-2008 dans la zone euro. Les projections de septembre des services de la BCE situent désormais la croissance du PIB dans une fourchette située entre 1,1% et 1,7% en 2008 et entre 0,6% et 1,8% en 2009. Une situation qui reflète notamment les effets atténuants pour la croissance des prix élevés des matières premières. « En comparaison avec les projections de juin (…), les chiffres de la croissance du PIB sont plus faibles », a reconnu M. Trichet. Il y a trois mois, les services de la BCE tablaient en effet sur une croissance moyenne du PIB entre 1,5% et 2,1% en 2008 et entre 1% et 2% en 2009 (voir EUROPE n°9676). Mais, s'il situe la croissance actuelle de la zone euro dans une « dépression » où les prix énergétiques demeurent élevés et les tensions sur les marchés financiers pourraient se poursuivre, le président de la BCE observe quand même pour 2009 « des signes de reprise progressive » avec le repli actuel des prix pétroliers, le maintien d'un chômage faible et une croissance mondiale résistante qui soutiendra la demande extérieure.
« À l'avenir, sur la base des prix actuels des matières premières, le taux annuel de l'inflation devrait rester pendant un certain temps bien au-dessus d'un niveau compatible avec la stabilité des prix, et diminuer de façon modérée et graduelle seulement dans le courant 2009 », a observé M. Trichet. Les services de la BCE tablent désormais sur une inflation située dans une fourchette entre 3,4% et 3,6% en 2008 et entre 2,3% et 2,9% en 2009. Ces projections reflètent le cours encore élevé des prix énergétiques et, dans une moindre mesure, des prix alimentaires et des services.
Plusieurs fois, M. Trichet a rappelé que « l'objectif premier » de la banque consistait à garantir la stabilité des prix à moyen-terme. La lutte contre l'inflation est la seule aiguille de notre boussole, a-t-il souligné. À ce titre, il a fait état de la forte préoccupation du Conseil des gouverneurs face aux possibles effets de second tour issus des prix énergétiques et alimentaires élevés qui s'ajouteraient aux risques inflationnistes. « Le Conseil des gouverneurs suit avec une attention particulière les mécanismes de fixation des prix et les négociations salariales dans la zone euro ; (il) a de manière répétée exprimé sa préoccupation concernant l'existence de systèmes d'indexation salariale sur les prix à la consommation ; (il) appelle à une suppression de ces mécanismes », a expliqué M. Trichet.
Sur le plan de la politique budgétaire, le président de la BCE a appelé les pays de la zone euro en proie à des déficits publics importants à mettre en place des « mesures de consolidation budgétaire bien plus ambitieuses et concrètes, surtout dans le domaine des dépenses ». Les États membres ayant déjà atteint leurs objectifs de réduction des déficits à moyen terme sont eux incités à maintenir des situations budgétaires saines. Une telle attitude permettrait, selon la BCE, de contenir les pressions inflationnistes. Tous les pays de la zone euro, surtout ceux ayant enregistré une perte significative de leur compétitivité et une remontée du chômage, devraient stimuler la productivité en investissant davantage dans l'éducation et l'innovation, selon M. Trichet. (M.B.)