*** ANTOIN E. MURPHY: John Law. Économiste et homme d'État. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Économie et Histoire", n° 2. 2007, 447 p, 52,90 €. ISBN 978-90-5201-366-4.
Cet ouvrage est hors du commun, tant en raison de la personnalité et de la vie de l'homme qu'il dépeint que du talent et de l'exceptionnelle qualité de la recherche d'Antoin E. Murphy. Il est, en outre, d'une évidente et éclatante actualité, entrant parfaitement en résonance avec la tempête financière mondiale en cours et avec les poussées inflationnistes observées dans l'Union.
Seuls les économistes - et encore, sans doute pas tous… - connaissent John Law, né en 1671 dans la bonne ville d'Edimbourg. Vraiment ? L'auteur avance, dès l'entame de son introduction, que cet homme est, en réalité, né "spirituellement" trois cents ans plus tard, en 1971, année de la rupture entre le système monétaire occidental et la monnaie métallique, lorsque les États-Unis firent tomber les derniers vestiges du système de l'étalon-or en mettant fin à la convertibilité du dollar en or. "Ironie du sort, ce n'est qu'à l'aube du tricentenaire de la naissance de l'économiste écossais que notre monde a adopté le système dont Law avait envisagé l'institution au début du dix-huitième siècle et qu'il parvint à mettre éphémèrement en place en France entre 1719 et 1720", écrit Antoin Murphy, professeur et fellow du Trinity College de Dublin, à l'ouverture de cette biographie intellectuelle d'un personnage fascinant - et l'auteur tombe, à l'évidence, sous son charme - qui, "justement convaincu que le système bancaire pouvait vivre sans être prisonnier de l'or ou de l'argent, avait tout de l'homme du vingtième siècle". Le sujet a tout du personnage de roman: débauché à Londres où il tue un rival en duel, assidu des tables de jeu d'Europe, mais surtout "génie de la finance". Tout en mettant en exergue certains épisodes de la carrière de Law, ce qui fait que l'on se croirait parfois dans un roman, l'auteur met l'accent sur deux éléments essentiels de son travail. D'abord, la nature de sa théorie économique dont il tire la substantifique moelle en étant le premier à avoir exploité les travaux authentiques du précurseur. Ensuite, la façon dont Law a essayé de transformer cette théorie en politique économique quand, aux leviers de commande à Paris, il a développé le Système du Mississippi, acte révolutionnaire qui devait déboucher sur un fiasco. Mais pour Murphy, tout comme Napoléon ne peut être jugé à la seule lumière de la défaite de Waterloo, de même en est-il de celui qui, le premier, a cerné les causes de l'inflation.
Pierre Bouvier
*** DIRK VAN GERVEN, PAUL STORM (sous la dir. de): The European Company. Volume II. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 326111 - Courriel: directcustserve@cambridge.org - Internet: http://www.cambridge .org). Collection "Law Practitioner Series". 2008, 513 p., 80 £. ISBN 978-0-521-86000-0.
Destiné à un public expérimenté, cet ouvrage vise à donner aux chefs d'entreprise les outils juridiques nécessaires à la création d'une société européenne. Concrètement, il s'agit d'une suite de rapports relatifs à l'adaptation des législations nationales au règlement et à la directive du Conseil sur le statut des sociétés européennes. Deux ans après la parution du premier volume, sa suite vient remplir les vides laissés au départ en matière de pays analysés, en se focalisant sur ceux qui ont légiféré en 2005 et 2006. Mis ensemble, ces deux ouvrages contiennent des rapports concernant chacun des vingt-sept États-membres de l'Union, ainsi que les trois pays de l'Espace économique européen. Un travail de longue haleine, effectué en collaboration avec des cabinets d'avocats des quatre coins de l'Europe, et qui devrait permettre aux chefs d'entreprise et aux juristes "de mieux comprendre les règles applicables aux compagnies européennes à travers l'Union européenne et l'Espace économique européen, de faciliter la comparaison et de les aider à choisir un pays dans lequel incorporer une compagnie européenne en accord avec leur projet spécifique et leurs besoins".
(TBa)
*** DEBORAH BRÄUTIGAM, ODD-HELGE FJELDSTAD, MICK MOORE (sous la dir. de): Taxation and State-Building in Developing Countries. Cambridge University Press (voir coordonnées supra). 2008, 294 p., 17,99 £. ISBN 978-0-521-71619-2.
Cherchant à expliquer pourquoi certains gouvernements sont incapables d'exercer une autorité efficace sur leur peuple, les auteurs de cet ouvrage examinent la piste de leur mode de financement, le gouvernement étant considéré ici comme le "pilier central" de la puissance de l'État. A partir d'études de cas concrets (Chine, Afrique de l'est, Ile Maurice, Chili, ainsi qu'une comparaison des régimes fiscaux de la Pologne et de la Russie postcommunistes), ils tentent d'adapter des théories historiques européennes aux conditions actuelles des pays les moins avancés, pour ensuite formuler des conclusions à destination des décideurs politiques. Les liens entre fiscalité, bien-être des populations et pouvoir de l'État sont disséqués, tandis que les auteurs cherchent à expliquer l'échec des solutions envisagées jusqu'à présent pour aider ces pays. Ils reviennent ainsi sur le succès de la réforme fiscale globale incarnée par la mise en place du Fonds monétaire international, tout en soulignant son point faible: un agenda focalisé sur les priorités des pays riches, qui s'intéresse plus aux dimensions économiques de la fiscalité qu'à son impact sur la construction des États et où "les pays les plus pauvres, qui sont plus diversifiés que les nations les plus riches, ont été marginalisés". Un ouvrage passionnant, qui ouvre la voie à une compréhension plus large de la fiscalité et de son impact sur la construction des États et des sociétés.
(TBa)
*** JUHA M. ALHO, SVEND E. HOUGAARD JENSEN, JUKKA LASSILA (sous la dir. de): Uncertain Demographics and Fiscal Sustainability. Cambridge University Press (voir coordonnées supra). 2008, 282 p., 55 £. ISBN 978-0-521-87740-4.
Alors que les pays développés semblent convaincus de la menace que représente le vieillissement global de leur population, cet ouvrage collectif tente de déterminer l'impact de l'incertitude démographique sur l'économie et les finances publiques. En effet, selon les auteurs, les scénarios d'évolution et autres indicateurs démographiques mis en avant par la plupart des pays ne sont que poudre aux yeux: c'est omettre que "les prévisions démographiques sont, en fait, très incertaines". Se basant sur cinq ans de recherches menées à l'échelle européenne, les auteurs s'inquiètent, dès lors, de la viabilité des systèmes de pensions, de soins de santé ou de prise en charge des personnes âgées. Ils tentent aussi de déterminer "comment les stratégies politiques et les politiques spécifiques peuvent être façonnées de manière à réduire les menaces causées par de telles incertitudes". L'ouvrage est divisé en quatre parties: questions démographiques (défauts des instruments de prévision utilisés), questions de mesure (au vu de l'incertitude démographique, à quel point les projections de coût sont-elles incertaines ?), questions politiques (effets des mesures prises par les États) et questions méthodologiques (directions à prendre dans la combinaison des outils économiques et démographiques). Chaque partie est composée de plusieurs travaux de recherche originaux et se conclut sur un essai de réflexion. Une étude pointue, qui brise les idées reçues et avance des pistes de réflexion intéressantes.
(TBa)
*** FRANCESCO GAROBALDO, VOLKER TELLJOHANN (sous la dir. de): New Forms of Organisation and Industrial Relations in Southern Europe. Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.de - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "Labour, Education & Society", n° 8. 2008, 350 p., 55,80 €. ISBN 978-3-631-53605-6.
Regroupant un ensemble de papiers d'universitaires venant de France, d'Espagne, du Portugal, de Grèce et d'Italie, cet ouvrage s'intéresse au "manque de dissémination des nouvelles formes d'organisation du travail dans le sud de l'Europe". Cette lacune, déjà constatée dans le "Livre vert sur le partenariat pour une nouvelle organisation de travail" publié par la Commission en 1997, semble a priori aberrante: l'organisation du travail améliore la compétitivité, augmente les taux d'emploi et contribue à la qualité de la vie professionnelle. Pourquoi, dès lors, ce manque de dissémination ? C'est la question à laquelle les auteurs ont tenté de répondre. A cette fin, ils ont procédé en plusieurs étapes. La première est consacrée à l'analyse et à la critique: analyse du "Livre vert" de la Commission, évaluation des politiques publiques encourageant la dissémination des nouvelles formes d'organisation du travail, raisons pour lesquelles le "Livre vert" n'a pas influencé le sud de l'Europe, problèmes des politiques publiques mises en place, des relations industrielles et de la gestion des processus de restructuration… La seconde partie, quant à elle, reprend toute une série de suggestions et de propositions afin de "réaménager le cadre général, la méthodologie et les outils des programmes d'innovation organisationnelle" et d'arriver à un processus de changement. Un travail très abouti, où rien n'est laissé au hasard.(TBa)